USA / AFRIQUE – La visite de Barack Obama en Afrique vue d’Afrique

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, a effectué du 25 au 28 juillet, sa première visite au Kenya – la patrie de son père – en tant que président et en Ethiopie, un pays allié des Etats-Unis – siège de l’Union africaine (UA) -, mais par ailleurs et symboliquement le cœur de l’Afrique. Cette visite de Barack Obama sur la « terre de ses ancêtres » comme plusieurs médias, à travers le monde, se sont plus à le rappeler a été diversement appréciée en Afrique même. Explications.

 

Le président américain, Barack Obama à l'Union africaine (UA).Le président américain, Barack Obama à l’Union africaine (UA).

 

Il ne faut guère se leurrer, les Africains ne sont pas dupes. En appelant de tous leurs vœux dans plusieurs pays du continent à l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche en son temps, ils ne rêvaient pas que le Kenyan d’origine de par son père et le Hawaien d’origine de par sa mère allaient vider les caisses des Etats-Unis au profit du développement de l’Afrique. Qu’on ne s’y méprenne point. Les Africains et surtout les Noirs en particulier, reconnaissaient par ce fait même le poids discriminant que l’homme Noir continue de porter sous les regards des autres peuples du monde et espéraient tout simplement que cette consécration de Barack Obama aiderait, un tant soit peu, à corriger la vision qu’ils ont des Noirs. Comme des lunettes correctrices savent bien aider l’œil à voir les choses autrement.

 

Barack Obama est donc tout un symbole pour tous les peuples Noirs du monde entier, même s’il ne l’est, en vérité, qu’à moitié. Et qu’il ait réussi ses deux mandats présidentiels ou pas pour les Américains, il restera pour les Africains tout ce symbole. Et même si, dans les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique, rien n’a vraiment bougé. En Afrique, on est toujours fier de ses enfants qui ont réussi, même s’ils ne vous donnent rien. Il est une expression très ancienne que tous les peuples africains utilisent dans toutes les langues et que l’on retrouve aussi en Inde et qui traduite dit : « Ton fils ou ta fille fera pour que ton nom reste à jamais ». C’est d’ailleurs pour cela que, philologiquement, le vocable « gloire » est associé à « nom ».

 

La déception de Kogelo

A Kogelo, les habitants ont été partagés au sujet de l’impossibilité pour Barack Obama de visiter leur village. Si d’aucuns comprennent que c’est uniquement pour des raisons de sécurité, d’autres sont cependant déçus. Mais la plus proche famille s’est déplacée à Nairobi pour le rencontrer, notamment la matriarche Sarah Obama.

 

Barack Obama au milieu de sa grand-mère Sarah Obama et de sa demi-soeur, Docteur Auma Obama.Barack Obama au milieu de sa grand-mère Sarah Obama et de sa demi-soeur, Docteur Auma Obama.

 

Pour les Luo du Kenya et particulièrement ceux de Kogelo, le village d’origine du père de Barack Obama, la venue de ce dernier devait être une occasion non seulement pour le célébrer mais également se célébrer. Ils espéraient ainsi que son bref passage allait redonner aux Luo ce sentiment de fierté que l’on éprouve de compter un homme comme lui au sein de leur communauté. Celui d’avoir enfanter l’homme qui est devenu le 44ème président des Etats-Unis et dont le parcours personnel et la réussite suscitent l’admiration de plus d’un à travers le monde.

 

Le Show d’Auma Obama, la demi-sœur de Barack Obama

Le Docteur Auma Obama, la demi-sœur de Barack Obama aura, sans doute, été la vedette de la visite de son frère au Kenya. Dans sa brillante introduction de celui-ci, elle ne s’est pas fait faute de souligner : « c’est une personne qui m’est très très chère », « Mon frère, Barack, n’est pas perdu », il continue d’être proche de nous. Et d’ajouter : « Nous sommes heureux de le partager avec le monde. Parce qu’il n’est pas qu’à nous seuls ». Allusion est ainsi faite à ceux qui considèrent le président américain comme très éloigné du Kenya, de l’Afrique au sens propre comme au figuré, dans tous les sens du terme.

 

Droits des homosexuels et divergences entre Barack Obama et Uhuru Kenyatta

En arrivant au Kenya, tous les observateurs attentifs aux questions sociétales et le discours occidental actuel au sujet des homosexuels savaient que la question ne serait pas occultée. Surtout que le vice-président kényan, William Ruto, est ouvertement homophobe.

 

Le président américain Barack Obama et son homologue kényan Uhuru Kenyatta.Le président américain Barack Obama et son homologue kényan Uhuru Kenyatta.

 

Au discours de Barack Obama sur l’égalité des droits pour les homosexuels lors de la conférence de presse commune, le président kényan, Uhuru Kenyatta, a été on ne peut plus clair. Il a opposé les priorités des Kenyan en ces termes :

 

« Tout comme le président Barack Obama, j’ai besoin d’être capable de parler franchement au sujet de certaines de ces choses-là. Le fait est que le Kenya et les Etats-Unis, nous partageons beaucoup de valeurs qui sont communes, comme la démocratie, l’entrepreneuriat, des valeurs pour la famille. Ce sont-là des choses que nous partageons. Mais il y a des choses que nous ne partageons pas. Notre culture, notre société ne les acceptent pas. Il est très difficile pour nous d’être capable de l’imposer aux gens qui eux-mêmes ne l’acceptent pas. C’est pour cela que je ne cesse de répéter que pour les Kenyans aujourd’hui la question des droits des homosexuels est réellement un non événement.

 

Nous voulons nous focaliser sur d’autres domaines qui touchent au vécu quotidien de nos populations. Les questions de santé dont nous avons parlé avec Barack Obama, celles-là sont critiques…Les questions pour assurer la prise en compte des femmes, une bonne frange de la société qui est laissé pour compte dans le processus de développement économique. Ce que nous pouvons faire en termes d’infrastructures, d’éducation, de routes, renforcement de capacités, d’encouragement à l’entrepreneuriat. Ce sont là des sujets-clés. Peut-être, comme vous une fois que nous aurions surmonté certains de ces défis, en ce moment-là nous pourrions nous atteler à de nouveaux. Mais actuellement, le fait est réellement que ce sujet n’est un sujet de préoccupation majeure pour les Kenyans. Et c’est un fait».

 

Barack Obama et Malik Obama.Barack Obama et Malik Obama.

 

Il ne pouvait pas en être autrement. L’un des frères de Barack Obama, en l’occurrence Malik Obama s’est notamment laissé emporter sur le sujet dans une interview accordée à radio Milele FM pour dire à l’attention de Barack Obama : « si notre père était gay, tu ne serais pas né » ! L’homosexualité est, partout en Afrique, un sujet de crispation sociale. Et c’est le moins qu’on puisse dire. Les dirigeants africains ont bel et bien conscience des conséquences sociopolitiques que pourraient engendrer une quelconque volonté de forcer sur la question à l’heure actuelle.

 

Les pas de danse de Barack Obama

A Nairobi, ce sont les quelques pas de danse de Barack Obama en compagnie du président Uhuru Kenyatta et de son épouse ainsi que des artistes qui ont fait tilt. La vidéo a manifestement enflammé les réseaux sociaux et enthousiasmé beaucoup de jeunes africains et au-delà du continent. Beaucoup se sont exclamés en regardant cette vidéo : « Dis donc, qu’est-ce qu’il danse bien ce Barack Obama » !

 

Obama danse PHOTO

 

Si c’était une opération séduction, il faut dire qu’elle a été rondement menée et bien réussie. En tout cas, elle a touché la fibre de nombreux Africains. Qui a dit que Barack Obama était « l’enfant perdu » du Kenya et de l’Afrique? Quand on est heureux en Afrique, on applaudi ou on fait des youyou ou encore on esquisse des pas de danse. Et l’un des mots les plus anciens pour dire danser, c’est « Yanga ». C’est aussi le radical qui compose le deuxième nom de la grand-mère de Barack Obama: Sarah Onyango Obama.

 

Le discours au siège de l’Union africaine

Le régime éthiopien est indexé en matière de respect des droits de l’homme par différentes organisations. Mais la lutte contre les terroristes Shebab vaut bien une entorse aux exigences démocratiques et en matière de respect des droits de l’homme que prônent les Etats-Unis. C’est le fin mot de cette visite. Barack Obama n’a cependant pas manqué d’évoquer le sujet dans les discussions bilatérales avec le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn. « Il reste du travail à faire et je pense que le premier ministre est le premier à admettre qu’il y a encore à faire », a-t-il déclaré à l’occasion de sa visite.

 

SANS COMMENTAIRE Obama

 

A Addis-Abeba, en Ethiopie, c’est dans le hall Nelson Mandela de l’Union africaine que Barack Obama a tenu son discours sur l’Afrique ou du moins la vision qu’il en a. Une première pour le président des Etats-Unis qui est revenu sur les révisions constitutionnelles en Afrique. Pour lui, le progrès démocratique de l’Afrique est aussi ruiné par le fait que des leaders refusent de passer la main quand vient le terme de leur mandat. Toute chose qu’il ne comprend pas. Car la loi, c’est la loi. « Personne n’est au-dessus de la loi, même pas le président (…) Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent rester le plus longtemps (au pouvoir), particulièrement quand ils ont beaucoup d’argent… », a-t-il déclaré notamment. Il a en outre rappelé et réaffirmé ceci : « Quand je suis venu pour la première fois sur le continent en tant que président, j’ai dit que l’Afrique n’avait pas besoin d’homme fort, mais d’institutions fortesL’Union africaine peut être l’une d’elles ». A l’Union africaine donc de devoir s’assumer.

 

En Afrique, il y a ceux qui pensent que du fait de ses origines africaines, Barack Obama avait quelque chose à se faire pardonner des Africains qui ont massivement voulu et souhaiter son élection à la Maison Blanche. Et lesquels ont finalement été déçus du bilan de ses deux mandats qu’il achève à la tête des Etats-Unis.

 

A l’opposé, surtout dans les milieux intellectuels et dans les médias, l’élite ne se fait guère d’illusion. Elle sait le président américain dans une délicate position même chez lui aux Etats-Unis où la question raciale refait surface avec plus d’acuité et ne semble pas lui tenir rigueur de traiter l’Afrique comme tout président américain la traiterait. Car, après tout, il est au service des Etats-Unis et non de l’Afrique. Pour P. Sossou, un opérateur économique du Bénin, le président américain n’a pas oublié l’Afrique. Et de déclarer : « Je pense que Barack Obama rendrait plus service à la fois aux Etats-Unis et à l’Afrique lorsqu’il ne sera plus à la Maison Blanche. Car il sera ainsi le premier ambassadeur des Etats-Unis en Afrique et vice-versa. Mieux que le Secrétaire d’Etat américain même. C’est en ce moment qu’il sera vraiment utile à l’Afrique ».

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