BENIN – Cour Constitutionnelle: les femmes plus performantes que les hommes?

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

Depuis l’installation de cette institution en 1993, il y a eu, jusqu’à ce jour, quatre présidents qui en ont assuré la gouvernance. Deux coquettes et deux malabars comme si les deux sexes s’étaient mutuellement entendus pour se concéder équitablement la gestion. Il n’en est rien. Seuls les jeux politiques et les alliances inattendues en ont décidé ainsi. Mais étrange : de l’observation de ces présidences successives, les deux mignonnes s’en sortent avec autorité et pugnacité sans, qu’à aucun moment, leurs compétences aient été mises en doute.

 

La première, Élisabeth Kayissan Pognon, qualifiée d’étrangère – à cause de sa double nationalité – a su se faire respecter lors de la présidentielle de 1996 en résistant de manière héroïque à toutes les pressions politiques, fussent-elles dangereuses. De sa gouvernance, l’auguste institution était devenue populaire, si populaire que les recours que les citoyens lui envoyaient, allaient au-delà de ses prérogatives. On y retrouvait aussi bien des litiges domaniaux, des conflits de succession et même des histoires de petites culottes. C’est dire…

 

En 1998, le successeur de Madame Pognon, Conceptia Winsou, à peine installée au perchoir, était confrontée à l’organisation des législatives. Elle s’efforça d’être à la hauteur, assumant l’héritage de son prédécesseur avec la même constance et le même dévouement. Haïtienne d’origine et béninoise par alliance, les décisions qu’elle rendait n’étaient sujettes à aucune récrimination. Seule ombre au tableau: la présidentielle de 2001. Déçu par les résultats qui donnaient Kérékou à près de 40% des suffrages au premier tour, Adrien Houngbédji par solidarité avec Nicéphore Soglo qui se désistait pour la seconde manche, qualifia la cour constitutionnelle de « cour des miracles », allusion faite à ce monde de gueux, de culs de jatte, de borgnes et autres unijambistes qui faisaient la manche dans les environs de la cathédrale Notre Dame de Paris au 12 ème siècle. ( conf: Notre Dame de Paris de Victor Hugo). Les miracles, pour l’ancien candidat a la présidentielle, c’est le fait que cette institution ait proclamé des résultats tronqués, à mille lieux de ce qu’on pouvait imaginer.

 

Et nous voilà en 2006: le régime du changement qui récompensait à qui mieux mieux les amis politiques, se devait de caser Robert Dossou. L’organisateur de la Conférence Nationale de février 1990 ne voulant pas de portefeuille ministériel, c’est au sommet de la cour constitutionnelle qu’il fut installé. Mais l’ancien bâtonnier, le professeur du droit constitutionnel ne fit pas honneur à sa réputation. Plutôt que d’être un technicien du droit, il étala ses préférences politiques et partisanes dont le couronnement fut le fameux K.O. Dans les anales de l’histoire politique béninoise et selon les analyses des sociologues, des démographes et des sondeurs, un tel phénomène ne pouvait jamais se produire, surtout dans la configuration politique de l’époque. Si Yayi Boni demeure le cerveau de ce pronociamento électoral, c’est à Robert Dossou qu’on collera l’étiquette de mécanicien de la fraude puisque c’est lui qui, à travers l’institution, officialisera cette historique pantalonnade démocratique.

 

« On pensait avoir touché le fond avec cette cour de la honte », s’exclamait un député. Mais c’est oublier que la version 2015 de la vénérable institution va battre tous les records de bêtises et d’incohérences. C’est oublier qu’un certain Théodore Hollo, agrégé de droit, manitou du droit, seul après Dieu, à connaitre les chemins insondable des sciences juridiques au Bénin et qui a posé son postérieur sur le trône de la Cour Constitutionnelle, c’est oublier que cet homme pouvait nous servir une des décisions les plus scandaleuses, les plus provocatrices, une de celles qui sont susceptibles de soulever l’opinion publique et d’embraser le pays. Rien que pour cela, ce Monsieur mérite d’être traduit devant la Haute Cour de Justice, coupable, par ce fait, de haute trahison.

 

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

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