BENIN – Fonction publique : la foire aux foutoirs

 

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On le savait depuis l’âge des dinosaures : nos administrations sont des marchés, de véritables espaces déambulatoires où vendeurs, pasteurs, démarcheurs et autres escrocs viennent proposer leurs brics et leurs brocs. Les fonctionnaires n’y sont d’ailleurs pas indifférents : en plus du bavardage qui occupe les trois quarts de leurs temps, ils aiment commercer avec ces marchands de tout poil censés leur proposer la bonne affaire.

 

Ainsi, le nombre de pagnes qui se vend devient inquantifiable. Le nombre de bijoux en or contrôlé ou…décontrôlé aussi. Bien sûr, on ne compte pas les portables, les vaisselles, les liqueurs, les films piratés, les livres au programme scolaire contrefaits qui sont écoulés. On voit même des charlatans venir prédire des retours d’affection à des femmes ou à des hommes désespérés quand ils ne proposent pas le « bo » (NDLR : gris-gris) censé rendre invisibles des malversations financières. Ici, contrairement aux boutiques, aux commerces et à la case du bokonon (NDLR : féticheur), les tarifs sont imbattables.

 

Ce qui est surprenant, c’est de constater que des services de ces mêmes administrations qui devraient, en amont, déployer leurs compétences pour rendre formelles ces activités, les accueillent à bras ouverts et les encouragent même. Parfois, chefs services, directeurs et autres « autorités » négocient leurs pourcentages sur les marchandises. Business is business.

 

D’ailleurs, les chefs ne sont pas seuls à prendre leurs rabiots sur ces ventes informelles. Si la tête exige souvent son chapeau, le genou a fini par réclamer et obtenir aussi son couvre-chef. J’ai vu par exemple le 30 juillet dernier au Trésor public, Route de l’Aéroport, un vigile se précipiter pour aider une vendeuse de faux médicaments. Alors que la police a débarqué dans le périmètre pour traquer les vendeurs à la sauvette, le gardien s’est dépêché de cacher l’étal dans sa guérite. Cela se passe dans un service du ministère des finances, un portefeuille chargé, entre autres, de la fraude douanière. Quand on nous dit que nous sommes champions en tout…

 

Par Florent Couao-Zotti

 

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