BENIN – Retour des exilés politiques et micmacs tous azimuts

Jamais depuis la fin de la Conférence des forces vives de la nation qui a eu lieu du 19 au 28 février 1990, et enterré au passage avec elle le Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) avec son marxisme-léninisme ou plutôt son « laxisme-béninisme », le pays n’avait connu d’exilés politiques. Seize ans durant, le Bénin rebaptisé à juste titre le « laboratoire de la démocratie en Afrique » semblait fonctionner tant bien que mal. Il aura fallu l’avènement au pouvoir du président Boni Yayi en 2006 pour voir un climat sociopolitique délétère s’installer, petit à petit, et atteindre son paroxysme avec les affaires désormais connues sous le nom d’« affaires Talon ». Non sans la complicité de certains acteurs de l’arène sociopolitique nationale, obnubilés par leurs seuls intérêts matériels et autres calculs politiciens, pour voir des Béninois contraints de fuir leur pays afin de chercher asile ailleurs, à l’étranger.

 

Avec le président Boni Yayi, le Bénin a, sans aucun doute, enregistré moult régressions dans l’apprentissage de la démocratie. Au nombre de celles-ci, il y a d’abord, la caporalisation des médias d’Etat et l’interdiction aux dirigeants de l’opposition d’y accéder par des moyens détournés, ensuite le non respect des libertés individuelles et collectives avec des interdictions quasi systématiques de manifestations syndicales sur fond de répressions policières, et enfin le non respect des échéances électorales qui n’ont eu souvent lieu qu’aux pas de charge, forcés par la mobilisation populaire; la mise en veilleuse de l’indépendance de la justice, les nombreuses tentatives de bâillonnement de l’opposition et de confiscation du jeu politique au seul profit de la coalition au pouvoir, à savoir les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE). La résultante de ce méli-mélo politique jamais connu au Bénin depuis le « Renouveau démocratique » de 1990, ne fut rien d’autre que l’exil forcé de certains citoyens au nombre desquels Me Lionel Agbo, Olivier Bocco, Patrice Talon…et j’en oublie peut-être, pour ne citer que les plus célèbres.

 

L’avocat et chef de parti politique, Me Lionel Agbo, qui était entre-temps devenu conseiller spécial du président Boni Yayi avant de prendre ses distances avec lui et de s’exiler en France, fut le premier à regagner le bercail. Sans tambours ni trompettes. Après de longs mois de mise au vert, ou plutôt de mise au loin, pour être plus en phase avec la réalité de la situation. Ces derniers jours, ce fut au tour  d’Olivier Bocco que d’aucuns qualifient de « bras droit » de l’homme d’affaires et milliardaire béninois, Patrice Talon, de fouler le sol béninois. Après avoir été co-accusé de tentative de coup d’Etat contre le président Boni Yayi, et cela de connivence avec Patrice Talon. Toute chose qui explique qu’à son retour, il ait été retenu et interrogé par la police à l’aéroport international Cardinal Bernadin Gantin avant d’être autorisé à quitter les lieux en liberté.

 

Le Juge Angelo Houssou qui a eu le malheur de trancher ce qu’il serait convenu d’appeler les « affaires Talon » et malheureusement pour lui en défaveur du président Boni Yayi n’a pas eu meilleur accueil à son retour au pays le 15 août dernier que celui d’Olivier Bocco. Bien au contraire. Gardé à l’aéroport par la police et ses documents et titres de voyage divers saisis, il n’a retrouvé son domicile et les siens que flanqué de son avocat le lendemain, Me Joseph Djogbenou. Enfin, il est rentré et il ne fait plus de mystère sur sa candidature à la présidentielle prochaine de février 2016.

 

Patrice Talon, l’homme qui fut tantôt le généreux bienfaiteur du président Boni Yayi lors de ses précédentes campagnes électorales et tantôt son ennemi juré dans la gestion de l’après-victoire, et montré du doigt comme la cheville-ouvrière des sulfureuses affaires susmentionnées a, lui-même, annoncé son retour bientôt. Un retour qui trahit désormais ses ambitions présidentielles, même si elles ne sont pas encore déclinées sans ambages et dans un langage terre à terre pour le citoyen lambda. Nul ne sait comment l’ancien ami du président de la République qui a été obligé de fuir lui aussi le Bénin pour trouver refuge à Paris sera accueilli. Puisque, entre les zélateurs et les laudateurs de Boni Yayi, et la soi-disant réconciliation unilatérale ou bilatérale, il reste toujours des points de suspension…

 

Quoi qu’il en soit, avec ce retour à la queue leu leu d’exilés politiques aux ambitions présidentielles avouées ou non, la machine infernale à micmacs tous azimuts va se remettre à tourner à plein régime. Avec aux différentes manœuvres, une nouvelle espèce d’hommes née au Bénin sous le régime de Boni Yayi et prêts à tout sauf …à penser au lendemain et au jugement de l’Histoire. Même lorsqu’ils ne sont pas certains de pouvoir échapper d’abord à celui de la Justice. C’est qu’au Bénin, il faudrait bien en finir avec la chienlit de l’impunité et de l’irresponsabilité qui tend à clochardiser ceux qui sont rémunérés par les deniers publics pour rendre des services à l’Etat et non pour se soumettre au chef de l’Etat même dans ses errements, et cela tout le monde en convient.

 

Sauf que quand beaucoup préfèrent tenir des rôles des plus fourbes que Scapin, des plus machiavéliques que Machiavel et des plus traîtres que Judas, il faut bien trouver ceux qui vont racheter une conduite honorable à tous ceux qui obéissent les yeux fermés aux instructions dont ils ont pourtant tout à fait conscience qu’elles ne sont ni conformes à la loi ni au bon sens le plus élémentaire. Et l’on se demande comment ces fonctionnaires de l’Etat, payés par l’argent du contribuable béninois arrivent encore chaque matin à se regarder dans la glace sans avoir à remplir leur lavabo de vomissures innommables, tellement ils devraient avoir honte…de leurs actes « digoulasses » comme qui dirait. Même si la honte a cessé de tuer au Bénin depuis Mathusalem. Dans ce jeu de micmacs tous azimuts et sans vergogne comme dans un de ces incroyables films de science-fiction, on aura vu et entendu bien des choses dans ce pays qu’est le Bénin. Même l’inénarrable que l’esprit à l’imagination la plus féconde ne saurait ni imaginer ni inventer.  De la « béninoiserie » la plus abjecte ! En un mot: celle qui couronne toutes les « béninoiseries ».

 

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

A lire aussi:

 

Courrier des Afriques a un an déjà …!

De la Renaissance africaine…

Quand l’Afrique se réveillera…

Comme Barack Obama, n’ayons pas peur du mot « Nègre » !

Qui a dit qu’on a les dirigeants qu’on mérite ?

La dette grecque, le « non » au référendum, l’Union européenne et les leçons pour l’Afrique…

 

Commentaires