De la Renaissance africaine…

La Renaissance africaine ou la Renaissance de l’Afrique, on en parle depuis toujours. Il y a si longtemps de cela qu’on commence à s’y perdre, dans l’espace et dans le temps. En fait, on en parle depuis que l’Afrique, à partir du Moyen-Âge, a commencé à sombrer progressivement pour être finalement reléguée au dernier rang des continents. Cette Afrique-là qui a pourtant vu naître l’homme et la plupart des technologies qui allaient lui permettre de dompter la nature et de conquérir le monde à l’époque que les historiens, à tort ou à raison, comparent souvent à celle de la « Révolution », c’est-à-dire l’époque du Néolithique.

 

En termes de concept, l’on admet unanimement que c’est le Professeur Cheikh Anta Diop et encore lui, ce grand savant du 20ème siècle qui nous a gratifiés de ses nombreuses recherches et nombreux ouvrages sur l’Histoire de l’Afrique et du monde, qui en fut l’inventeur (Confère l’article : « Quand parlera-t-on de Renaissance africaine ? » paru in « Alerte sous les Tropiques »).

 

A sa suite, des intellectuels comme l’historien et philosophe Afro-Américain Molefi Kete Asante – ardent apôtre de l’Afrique et de l’Afrocentricité – vont peaufiner le concept pour en faire, grosso modo, non seulement une vision du monde mais également une manière d’être, d’avoir, d’exister, de vivre, de construire l’Afrique. Selon le principe fondamental que : « L’Afrique n’a pas pour vocation de devenir l’Europe. L’Afrique doit redevenir l’Afrique. » Pour cela, elle doit puiser dans la sève au plus profond des racines de son passé afin de se construire un avenir autonome pour prétendre participer au rendez-vous de l’universel comme disait le grand Poète-Président du Sénégal, et par ailleurs Académicien et cofondateur de la Négritude, Léopold Sédar Senghor. Il s’agit de faire passer l’Afrique de ce que je qualifie souvent d’Afro-pessimisme ou d’Affreux-pessimisme à l’Afro-renaissance.

 

Mais la Renaissance africaine ou la Renaissance de l’Afrique, si je devais la résumer, serait comme « le Chant des partisans ». A la grande différence que les partisans n’ont pas encore accouru de partout, de toute l’Afrique et de toute sa diaspora. Et qu’on n’entend encore point le martèlement des pas des partisans, a fortiori leur marche en rangs serrés vers la réalisation de cette Afrique résolument nouvelle et tournée vers le progrès.

 

Qu’on en parle encore, encore et toujours est en soi une excellente chose. Mais il y a lieu de se demander maintenant ce qui a été réellement réalisé depuis qu’on parle, et ce de manière évidente et concrète. Il y a certes ce fameux Monument de la Renaissance à Dakar au Sénégal qui se veut le symbole d’« une Afrique sortant des entrailles de la terre, quittant l’obscurantisme pour aller vers la lumière ». Avec tout ce qu’il a suscité comme polémique envers et contre son initiateur, Me Andoulaye Wade, l’ancien président du Sénégal… Mais qu’on se le dise bien, même l’Afrique émaillée des monuments de la Renaissance africaine et de toutes les professions de foi qu’on entend dans les discours des uns et des autres ne va pas engendrer ipso facto une quelconque renaissance du continent. Car le temps où la parole était magique en Afrique est définitivement révolu. Et les Africains doivent intégrer dorénavant au plus profond de leur subconscient que l’action est dorénavant ce qui valeur magique. En tant que telle, la Renaissance de l’Afrique doit se traduire concrètement en projets économiques et pourvoyeurs d’emplois à sa jeunesse qui sous-tendent durablement le concept fondamental.

 

Cela revient à dire qu’au-delà de la nouvelle gouvernance à inventer et sans laquelle aucune Renaissance africaine ne serait aussi possible, il y a tout lieu de revoir la façon dont on construit l’Afrique dans tous les domaines de la vie sociale et d’y inscrire résolument, dans un mouvement d’ensemble à l’échelle continentale, de grands courants de pensées et d’actions.

 

Des arts: l’Afrique dispose d’une richesse extraordinaire et inépuisable dans le domaine des arts. Dépositaire en cela d’anciens symboles et motifs qui ont fort heureusement survécu. Il est important de créer un grand courant de peinture autour de ces motifs. Lesquels servent déjà dans la mode notamment avec les pagnes africains, mais qui peuvent également être utilisés sur des carreaux en bâtiments et dans d’autres décorations. L’Egypte ancienne seule en fournit toute une mosaïque bien préservée. Avec de l’imagination, ces motifs africains peuvent devenir un vrai filon économique, à perpétuité. Et que dire des objets d’art qui foisonnent et pour lesquels il suffit d’organiser les artisans afin qu’ils créent par eux-mêmes leur marché continental. Au lieu d’être continuellement enfermé et « bunkerisé » chacun dans son coin.

 

De la mode : la mode africaine commence à s’afficher dans les grandes vitrines à travers le monde. Le marché doit s’organiser à l’échelle continentale pour aller plus loin dans sa conquête de tous les continents. Et ce ne sont pas des talents qui manquent. Là aussi, il convient de mettre un accent particulier sur la touche africaine.

 

De la gastronomie : la cuisine africaine demeure un vaste champ à explorer. Un filon intarissable. Il suffit d’y ajouter un peu de créativité et d’esthétique pour qu’elle soit vendable sur le marché international. A cet effet, il faut organiser un concours de chefs au niveau du continent. Pour que la gastronomie africaine soit référencée et devienne tout un art qui rivalise avec toutes les autres cuisines du monde.

 

De la littérature : les Africains doivent prendre conscience du fait qu’ils appauvrissent leur patrimoine culturel en ne s’inspirant pas de leur passé. Mais le vrai problème qui se pose avec acuité à la promotion de la littérature en Afrique et qui mérite d’être prioritairement réglé pour le développement des productions littéraires reste l’éternelle question de la circulation des œuvres. Il convient à ce sujet de voir comment réduire ou exonérer de taxes et autres impôts tout ce qui participe directement à la circulation des oeuvres dans l’espace africain.

 

De la musique: la musique africaine est l’un des produits africains qui s’exporte déjà le mieux. Il n’empêche que sur le continent, le marché a encore besoin d’infrastructures, de grandes maisons de productions et d’une réglementation qui permettent aux artistes de jouir des fruits de leurs œuvres.

 

Du sport : l’Afrique est très présente dans le sport mondial. A l’exception des disciplines dans lesquelles ses pays manquent souvent cruellement d’infrastructures comme la natation et bien d’autres qui sont nées généralement en Occident comme le Ski et dont l’exercice ou la pratique requiert de grands moyens et des infrastructures.

 

Il est, on ne peut plus, intéressant de voir que des pays comme le Sénégal ont élevé l’un des sports traditionnels favoris des Africains au rang d’activité économique : la lutte traditionnelle. Dans cette dynamique, tous les pays africains devraient construire des arènes dans leurs principales villes aux fins d’organiser des championnats locaux,  départementaux, nationaux et continentaux. Ce qui permettrait de mettre en place une organisation à la fois sportive et économique avec des promoteurs capables de produire des spectacles de qualité et de les proposer aussi sur le marché international.

 

De l’architecture et de l’urbanisme: modernité ne rime pas forcément avec Occident. On peut bel et bien être moderne tout en restant fondamentalement africain. Il s’agit là de la quintessence même du concept de la « Renaissance africaine ». Quand on voit des monstres de béton ou de verre qui s’élèvent vers le ciel de certaines capitales africaines, on se demande si l’on ne peut pas faire autrement en s’inspirant de l’habitat traditionnel africain. Une prime doit être accordée d’office aux projets d’architecture et d’urbanisme qui s’inspirent du patrimoine africain. Quand on voit, dans le très chic Victoria Island de Lagos, le nombre impressionnant de villas avec des colonnes grecques, on se demande bien s’il faut en rire ou en pleurer. Que peut-on offrir d’autre à voir aux visiteurs ou touristes en Afrique si ce ne sont que des colonnes grecques ou romaines, des immeubles en verre ou en béton sans aucune inspiration africaine et tutti quanti !

 

Du commerce et des affaires : le commerce et les affaires méritent des réflexions minutieuses et approfondies. L’Afrique ne doit pas accepter d’être simplement un marché de consommateurs et se voir fermer des débouchés à l’international. Elle doit savoir exiger, subtilement ou non, de ceux qui veulent vendre aux Africains de produire aussi en Afrique et d’opérer des transferts de technologies. C’est le moins qu’on puisse leur exiger avant de leur ouvrir largement le marché du continent.

 

Dans bien d’autres secteurs comme le tourisme, les nouvelles technologies ou autre, il y a d’infinies opportunités à saisir. Pour peu que l’on daigne s’unir pour construire ensemble. L’Afrique ne changera rien à la diplomatie, au commerce et aux relations internationales tant qu’elle restera balkanisée comme elle l’est aujourd’hui. Elle doit s’évertuer à équilibrer le rapport en instituant un marché commun et des règles communes. C’est là tout l’intérêt de l’Union africaine. Et il n’y a pas meilleur endroit où la Renaissance africaine doit trouver son écho le plus retentissant qu’à son siège à Addis-Abeba en Ethiopie. Ce devrait, de surcroît, être sa vocation d’accompagner par tous les moyens ce mouvement dans les différents domaines de son expression. Mais il y a un mais…Sans l’union politique de l’Afrique d’abord, cela relèvera toujours plus d’une gageure que du domaine de l’immédiatement possible.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

 

A lire aussi:

Courrier des Afriques a un an déjà …!

De la Renaissance africaine…

Quand l’Afrique se réveillera…

Comme Barack Obama, n’ayons pas peur du mot « Nègre » !

Qui a dit qu’on a les dirigeants qu’on mérite ?

La dette grecque, le « non » au référendum, l’Union européenne et les leçons pour l’Afrique…

Commentaires