HAÏTI – Quand Desras douche le CEP, le gouvernement et les partis politiques

« J’irai aux élections avec ce CEP et ce gouvernement si et seulement si elles se réalisent en un moment qui n’est ni le jour ni la nuit. » C’est en ces termes que le candidat à la présidence Dieuseul Simon Desras s’exprime pour dire qu’il est prêt à retirer sa candidature au lieu d’aller aux élections dans l’état actuel des choses. Il plaide pour le départ du président Martelly et du Premier ministre Évans Paul afin de permettre la mise en place d’un « gouvernement de transition pour organiser de bonnes élections ».

 

ACTU Haïti Desras PHOTO

Entre les multiples irrégularités rencontrées dans le déroulement du premier tour du scrutin du 9 août, les erreurs de calcul dans le comptage des votes et la continuité du processus électoral, l’ex-président du Sénat se montre sans pitié pour le Conseil électoral provisoire, le gouvernement ainsi que les partis politiques et acteurs impliqués dans cette crise électorale. Lors d’une entrevue exclusive accordée au journal Le Nouvelliste jeudi, Dieuseul Simon Desras n’y va pas par quatre chemins pour demander, comme beaucoup d’autres, « l’annulation pure et simple du scrutin du 9 août ». « Depuis bien avant, du temps où j’étais le président de l’Assemblée nationale, j’avais prédit qu’on ne pourrait pas avoir de bonnes élections avec ce Conseil électoral provisoire », a rappelé le sénateur Desras, ajoutant qu’on est en présence d’un gouvernement immoral où le népotisme et la corruption règnent.

 

« Ce CEP est une déception et la mascarade du 9 août une honte nationale»

 

Selon le candidat à la présidence, le CEP a péché sur toute la ligne pour n’avoir pas respecté le décret et le calendrier électoraux. « C’est un CEP à 60% corrompu, estime M. Desras, clouant au pilori l’institution électorale. Le CEP doit s’expliquer sur plus de 4 000 procès-verbaux disparus, les 7 00 cas de violence enregistrés à travers le territoire, les erreurs de calcul des votes pour les candidats au Sénat. » Sans faire l’économie de mots, Dieuseul Simon Desras poursuit que « les candidats au Sénat sont tous victimes de l’incompétence et de la nonchalance des membres du Conseil électoral provisoire ».

 

Il dit ne pas comprendre que l’organisme électoral n’arrive pas à se doter de matériels modernes pour imprimer des mandats pour les partis politiques à temps, compte tenu du coût faramineux de ces élections. Il a en outre expliqué avec un luxe de détails que les membres du CEP ont failli à leur mission le jour du scrutin. « Je suis en mesure de confirmer que des boîtes de bulletins ont été remplies bien avant le scrutin dans les départements du Sud et du Centre notamment , a dit l’ancien président du grand Corps, fustigeant le CEP qui a évincé trois candidats à la députation à pour la circonscription de Mirebalais de la course électorale. Les actes reprochés à ces derniers ont été perpétrés un jour après le scrutin. Donc le CEP n’a rien à y voir, car cela dépasse sa compétence. »

 

Pour dénoncer une « politique de deux poids et deux mesures », l’ancien parlementaire souligne qu’il a des preuves solides que la conseillère électorale Yolette Mingual a été tabassée par des partisans de Bouclier dans la Grand’Anse le jour du vote. « Mais pour protéger ses petits intérêts, elle préfère kase fèy kouvri sa !» Et de se questionner : « Comment expliquer que les élections seront reprises dans plusieurs départements géographiques du pays alors que le CEP a publié les résultats et a déjà annoncé le second tour, sachant que les résultats dans un seul centre de vote peuvent changer la donne ? Il n’y a pas de doute, ce CEP est une déception pour la nation, et la mascarade du 9 août est une honte nationale.»

 

« Qu’ils partent pour faire place à un gouvernement de transition…. »

 

En ce qui concerne le gouvernement en place, Dieuseul Simon Desras indique que « le président Martelly est passé du stade de manque de volonté pour organiser des élections au stade de l’incapacité de les réaliser ». Sa conviction est faite. Sans langue de bois, Desras estime qu’on ne doit et qu’on ne peut pas hypothéquer l’avenir du pays avec ce CEP et ce gouvernement. « Tous les indices prouvent que nous allons droit vers la mise en place sous peu d’un gouvernement de transition sans Martelly ni Évans Paul. Rien que pour organiser de bonnes élections dans le pays. Aujourd’hui, on a un gouvernement dictatorial qui dirige le pays par décrets. Le président Martelly est à son 3e décret et il se prépare à prendre un arrêté pour nommer un nouveau directeur général de la Police nationale », prévient-il, ajoutant que la communauté internationale, la commission consultative présidentielle et les partis politiques se font complices de cette situation.

 

Par ailleurs, le prétendant au palais national accuse le gouvernement Paul de nombreux actes de corruption et de liquidation de fonds publics. Pour preuve, le sénateur Desras déclare que « la douane avait l’habitude de collecter 3,2 milliards de gourdes par mois. Depuis le mois de mai, seulement 1,8 milliard ont été collectées, soit un déficit de 1,4 à cause de la mafia de la famille présidentielle et certains candidats à la présidence proches du président Martelly. Entre Lamothe et Évans Paul, il n’y a pas trop de différences en matière de corruption», poursuit-il, exigeant la démission des deux chefs de l’exécutif pour faciliter la résolution de la crise électorale.

 

Quid de l’affaire Desras/ l’État haïtien ?

 

En ce qui a trait au procès intenté contre l’État haïtien en février dernier, suite au départ du 2e tiers du Sénat, pour exiger le respect de son mandat, Dieuseul Simon Desras affirme être confiant qu’il finira par avoir gain de cause. Cependant, il informe que « les juges de la cour d’appel, incapables d’assumer leurs responsabilités, se préparent à déférer le dossier au tribunal constitutionnel qui n’existe même pas encore ».

 

Même s’il ne bénéficie pas des mêmes privilèges, voire de son salaire depuis janvier 2015, celui qui se croit être encore sénateur de la République souligne qu’après plaidoirie, le ministère public a demandé de faire droit à sa demande. « La décision du tribunal des référés est maintenue jusqu’à nouvel ordre. Donc, je suis encore sénateur »,croit-il savoir. Faisant allusion à son ancien vice-président Andris Riché, l’ancien président du grand Corps soutient qu’il est « le dernier président du Sénat. Toute personne qui se proclame président de ce corps aujourd’hui est un usurpateur de titre, atteint d’une folie de voyager en hélicoptère avec le président de la République. Car il n’y a pas de provisions légales pour que les dix sénateurs en poste votent un président du Sénat. Le questeur suffit pour gérer l’administration sénatoriale ».

 

Yvince Hilaire

 

 

Source : lenouvelliste.com

 

Le Nouvelliste (Haïti)

 

 

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