James Brown: une magie nommée Get on up !

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

Les biopics – fiction retraçant la vie de célébrités – connaissent rarement le succès que l’on attend au cinéma. Cependant, beaucoup de réalisateurs s’y risquent avec passion, en cherchant, entre le mode de narration le plus pertinent et l’acteur – ou l’actrice – capable d’incarner le rôle avec panache. En musique, après Tina (Tina Turner), Johnny Cash (Johnny Cash), Ray ( Ray Charles), La Môme ,(Edith Piaff), et tant d’autres, voici Get on up, le film consacré à la vie et l’oeuvre de James Brown.

 

Oui: l’immense chanteur, le roi de la soul, Mister Dynamite, celui qui se faisait appeler, « Monsieur, » par son fils et son entourage a eu droit à son biopic. Un film réalisé par Tâte Taylor à la dimension du personnage: drôle, dramatique, sensible, avec des moments électriques, de transes explosant comme des feux d’artifices quand le bonhomme se met sur scène et la domestique.

 

Car, ce qui a semblé intéressant pour le réalisateur, c’est plus le créateur de génie que la vie du personnage plus enclin à la violence domestique ; c’est le manager implacable contrôlant son orchestre avec une discipline tyrannique que l’amateur du whisky et des excès de toutes sortes. C’est surtout le parcours d’un enfant né en Caroline du sud, ayant grandi sans ses parents, sa mère plus occupée à survivre sur les trottoirs et les tripots fangeux aux bras de compagnon d’une nuit. Délinquant, laissé à lui-même, James connaît très tôt la prison. Mais un jeune homme, Bird lui tend les bras, l’arrache du milieu carcéral et, pour l’occuper, l’emmène dans une chorale. C’est là que les talents de chanteur et de danseur passionné du jeune enfant, vont se révéler à tous.

 

Quittant l’église, il se fait aspirer par des groupes qui se défont et se refont au gré des circonstances. Mais vient le moment d’enregistrer un album avec son énième orchestre. Mais au studio, le directeur de la maison du disque estime que c’est lui et lui seul qui mérite de chanter en leader vocal. C’est ainsi que commence la légende de cet artiste hors norme. Les succès s’empilent, les tubes comme « I feel good », «There is a man », « Im black ans proud », « Try me» et bien d’autres deviennent des hymnes des hommes libres avides d’horizons nouveaux et de sensations éruptives. La mode devient James et ses coiffures qui changent au gré de ses inspirations donnent le « la » au tempo de ses apparitions. Et que dire de ses concerts, une combinaison de folies contrôlées qui empruntent au décor du music hall, à l’explosivité des danseurs de Harlem, à la rigueur des orchestres de l’époque ?

 

Mister Dynamite a les pieds magiques. Il se déplace comme s’il a des roulettes sous les pieds, s’accroche au micro, l’écrase au sol, s’agenouille pour mieux l’apprivoiser ou trouver la posture susceptible d’ébranler le public. Car, il se veut compagnon d’une foule insatiable de ses exploits, une foule porteuse d’un héritage attaché aux gens de sa condition.

« James Brown n’a besoin de rien », dit il, « James Brown n’a besoin de personne ». Et pourtant, c’est tout en larmes qu’on le voit à la fin du film, demander à son ami de toujours, reprendre avec lui, parce qu’il n’en peut plus de le voir loin, séparé qu’ils avaient été depuis longtemps.

 

Chadewick Boseman, l’interprète du Mister Dynamite, est époustouflant de vérité et d’intensité. Ressemblant jusqu’à la caricature à l’artiste, il a su donner une dimension la fois humaine et troublante au personnage. Ses traits, sa démarche, sa voix rauque et volontairement rocailleuse sont là pour nous immerger dans l’intériorité et la proximité cet homme, l’un des rares artistes au monde, à nous offrir le ciel, tout le ciel, rien que par son talent.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

A lire aussi:

 

 

 

Le roman féminin béninois : deux pelées, trois quidamettes…

 

BENIN – Fonction publique : la foire aux foutoirs

 

BENIN – A quoi ça sert d’être pionnier ?

 

Paul Hounkpè : Dessine-moi un inculte !

 

BENIN – Lionel Zinsou : bienvenue en terre minée

 

HUMOUR – Le football, une affaire d’abrutis ?

 

BENIN / HUMOUR – Un véhicule d’une espèce rare en circulation

Commentaires