BÉNIN- Le juge Houssou est rentré à Cotonou: Et de l’aéroport à son domicile… sur la pointe des pieds

Il s’attendait à un bain de foule présidentiel légitime. Le juge Angelo D. Houssou a plutôt eu droit à son retour à un accueil des plus nocturnes, mouvementé et en catimini.

ARRET SUR IMAGES JAH 5

 

Annoncé pour un «retour triomphal» de son exil étatsunien, le désormais célèbre juge béninois n’est rentré chez lui à la maison, qu’à la suite d’une audition sur procès verbal (PV). L’homme, qui a pris les mémorables ordonnances de non-lieu dans les dossiers d’empoisonnement et de tentative d’assassinat de Thomas Boni Yayi, le chef de l’Etat du Bénin, n’aura pas eu l’occasion de faire le grand «V» de la victoire. Pas de grands gestes de bras d’activistes sociaux ou de leaders politiques en herbe ou confirmés. Pour se rattraper, l’ambitieux jeune juge a fait, du pouce et de l’index de sa main droite -non pas pour les médias mais à un co-passager- dans un simple et petit «v» symbolisant son retour. Juste au pied du bus qui l’embarque vers le hall de l’aérogare. Très vite, la posture immortalisée par un androïde fait le tour de la planète, portée par les réseaux sociaux. A cet instant précis, nul parmi la foule immense et bigarrée qui faisait le pied de grue à l’attendre à la sortie, encore moins lui-même, ne se doute de l’épreuve des nerfs à laquelle ils seront soumis.

Ebruitement orchestré d’un débarquement

Un détachement d’éléments des forces de sécurité dépêchées sur les lieux, appuyé des agents du service de l’immigration, comme des fous du roi, se seraient prêtés et pliés à une injonction venue d’«en-haut». Il s’agissait de faire de la rétention de documents et de la séquestration de «personnes indésirables sur le territoire». «La sûreté intérieure de l’Etat béninois serait menacée et exigerait que des contrôles minutieux soient effectués», apprend-on du député et Me Joseph Djobénou venu plus tard assurer les arrières du juge et des personnes qui l’accompagnent dans son odyssée. Le défenseur des droits de l’homme rapporte ainsi les propos qui lui ont été servis par l’officier de police des frontières.
Une soldatesque aux ordresDébarqué, cet après-midi du samedi 16 août aux environs de 14h 15′, sur le tarmac de l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin de Cadjèhoun, Angelo D. Houssou tout de colombe vêtu descend du vol régulier d’Asky en provenance de Lomé. Après une demi-journée de formalités, il sera autorisé à regagner son domicile pour retrouver ses parents, sympathisants et amis. Il est entretemps contraint d’abandonner sur place ses cinq compagnons d’infortune bloqués pour compléments d’enquête, menacés qu’ils sont d’un refoulement vers leur pays de nationalité, la France, les Etats-Unis, la Roumanie et le Ghana. Ils étaient plutôt directement venus du Nigeria voisin, précisément d’Abuja, muni chacun d’un visa touristique valide à entrée multiple délivré par différents consulats du Bénin à l’étranger.

 

L'ambiance à l'entrée du hall de l'aéroport1 copieAutant que ces derniers, l’enfant prodige est de l’étape nigériane. Il a séjourné ces deux dernières semaines à Abuja où il a eu le temps de peaufiner son plan secret de retour définitif au bercail. Comme s’il s’agissait de se rapprocher pour mieux donner l’assaut final à un adversaire redoutable. Sauf que l’ébruitement de la date de son débarquement annoncée urbi et orbi était orchestré. Objectifs: prendre à témoin l’opinion nationale et internationale et rechercher par des voies détournées à faire de la popularité au juge. Il sait du peuple béninois que ce dernier n’aime pas la victimisation d’individus sur des bases injustes et antidémocratiques. Cela n’a pas raté. Le pouvoir de Cotonou, qui se montre frileux face à tout acte pouvant faire ombrage à son chef, a pris des dispositions pour empêcher le «one’s man show» projeté. La crainte de laisser à Angelo D. Houssou la tribune qu’offre son retour par les airs pour annoncer officiellement sa candidature à la présidentielle est perceptible. La suite de l’arrivée du juge édifiera plus d’un.

Une annonce forte étouffée

Du géant oiseau de ferraille qui s’est posé au sol sous le ciel incandescent de Cotonou, ce jour-là, se sont échappés des dizaines de passagers qui, tous, sont assez vite repartis de l’aérogare après avoir montré pattes blanches. Angelo D. Houssou déroge lui aussi à la règle et décline son profil à travers sa carte d’identité. Contre toute attente, celui dont on connait le double statut de Béninois et précédemment d’exilé politique aux USA, jusqu’à sa descente, est retenu par la police, ses documents et titres de voyage divers saisis. Ce n’est qu’à 2h 15′ du second jour qu’on lui permet de partir. Mais dehors, le décor bruyant et coloré n’est plus le même et le contraste entre l’ambiance qui y a prévalu quelques heures plus tôt est saisissant. Plus de haie d’honneur, plus de foule ni de tambours et la section de cuivres, qui tenait en haleine l’importante marée humaine qui occupait l’espace aéroportuaire, s’est rangée pour faire place à un calme plat digne des cimetières, le jour de l’enterrement d’un quidam quelconque. La mascotte à visage de femme tatouée de rose qui se fige des heures comme une statue et qui attendait le juge, portant le message «Bienvenue sur la terre de tes ancêtres», a disparu, mystérieusement. Seuls, les membres de son comité d’accueil restreint étaient toujours là à braver le froid glacial d’un mois d’août qui fait plus frémir à cet endroit situé à quelques dizaines de mètres de l’océan atlantique. En tout et pour tout, le juge Houssou n’aura eu droit qu’à de simples mais chaudes embrassades de la part de ses proches avant de s’engouffrer dans la rutilante allemande 4×4 Audi Q7 apprêtée pour lui.
Mobilisés sous la bannière du juge absent

 

Ses accompagnateurs étrangers à qui il est reproché de n’avoir pas de «motifs clairs et rassurants pour la sûreté intérieure de l’Etat» vont est être déclarés persona non grata. Pendant plus de vingt quatre heures d’horloge, ils seront soumis à une torture morale qui ne dit pas son nom pour finalement être amenés à effectuer le chemin retour vers leur point de départ. Le lendemain dimanche, dans l’après-midi, ils sont formellement refoulés du territoire.
Dans ses premières déclarations, le juge Angelo D. Houssou dit «ne pas être dans la prédisposition d’esprit de celui qui rentre pour ressasser le passé» déjà derrière lui et indique «s’inscrire dans la dynamique du combat commun pour le développement» de son pays. Et comme on s’y attendait, il lâche sans hésitation -non plus à l’aéroport mais dans l’enceinte de son domicile- ce qui n’était plus qu’un secret de polichinelle: «Je me porte candidat à la présidentielle de 2016!».

Emmanuel S. Tachin

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