Le roman féminin béninois : deux pelées, trois quidamettes…

 

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Bien que le terme semble prêter à controverse, le roman féminin béninois reflète l’état général dans lequel se trouve la production littéraire du Bénin, qu’elle relève des hommes, des transgenres, des albinos ou des troglodytes. Une littérature aussi discrète que poussive qui ne doit son existence qu’à quelques plumes alertes, elles-mêmes très tôt fossilisées.

 

Gisèle Hountondji avait déjà risqué une certaine promesse de cette production en 1985 avec son pathétique Une Citronnelle dans la neige (NEA, Togo), roman d’amour et de déception sur la France, les mythologies qui entourent le Blanc lors de ses années estudiantines. Mais la suite qu’on attendait d’elle et de ses congénères, s’est transformée en un quasi-désert duquel surgissent, de temps en temps, quelques plantes aux fleurs rares.

 

Si Hortense Mayaba s’est signalée dès 1997 avec l’Univers Infernal (éditions Aziza), Adélaïde Fassinou, elle, nous a attendris avec son roman éponyme, Modupkè ( L’Harmattan, 1999). Une histoire d’amour mal vécue par une femme à la fois naïve et inexpérimentée, prise aux pièges par son éducation, sa culture aux antipodes de ses désirs et de ses exigences intérieures. Bien sûr, il faut ajouter à ce roman plusieurs autres publications de cette auteure qui alterne nouvelles, poèmes, littérature de jeunesse avec romans. De cette première vague, elle reste la plus prolixe, même si parfois on a du mal à la suivre.

 

La génération immédiate, celle de l’Internet et du village planétaire, si elle nous offre à voir ses talents dans d’autres genres, a du mal à générer des pépites. Même si on pense à Carmen Toudonou, auteur de Près qu’une vie (Plume Soleil, 2014), le reste semble naviguer dans un flou peu artistique.

 

Entendons nous bien: le roman féminin béninois ne se limite pas aux noms cités dans ce résumé, mais en parcourant le panorama, on se rend compte qu’ils en tracent les grands contours avec d’autres auteurs moins connus, moins remarquables. Cependant, je citerai bien volontiers ces plumes qui ont participé à l’écriture de La Petite Fille des eaux ( Ndze, 2006), roman à plusieurs mains: Dafia Gniré, Agnès Adjaho, Anita Mariano. Des élans qui, malheureusement, alors qu’on s’attendait à ce qu’ils soient prolongés par des publications plus importantes, se sont arrêtés à ces essais prometteurs.

 

Cette déception est d’autant plus manifeste que sur l’ensemble de cette littérature, aucune auteure d’envergure ne semble s’affirmer. Pas d’œuvres fortes ou de romancières remarquables. Le Bénin, jusqu’aujourd’hui, n’a pas pu produire de grands talents comme Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Fatou Diome, Leonora Miano ou Chimamanda Adechie. Dans les pays comme le Sénégal, le Cameroun ou le Nigeria, pas besoin de rechercher avec un microscope des auteurs exceptionnels ou tout au moins, d’un cran au dessus du panier. Le Bénin a les auteures de deuxième division. Et même une poignée. Deux pelées, trois tondues.

 

 

Par Florent Couao-Zotti

 

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