BENIN – Abomey: pays des rois, des amazones, des artistes

 

La statue du Roi Bèhanzin à la Place de Goho, à l'entrée de la ville d'Abomey.La statue du Roi Bèhanzin à la Place de Goho, à l’entrée de la ville d’Abomey.

 

Dès l’entrée dans le palais du roi Glèlè, à Abomey, le visiteur comprend qu’il pénètre dans un lieu sacré. La guide parle à mi-voix et demande aux visiteurs de se déchausser pour pénétrer au cœur du palais. Dans la chambre mortuaire du roi Glèlè, qui a régné sur le royaume d’Abomey pendant quarante ans, au XIXe siècle, et qui est décédé en 1889, les murs sont couverts de tâches rouges. «C’est le sang des prisonniers qui ont été sacrifiés, notamment ceux qui ont creusé la tombe de Glèlè», explique la guide.

 

Des descendantes des anciennes amazones d'Abomey en pleine démonstration de danse traditionnelle.Des descendantes des anciennes amazones d’Abomey en pleine démonstration de danse traditionnelle.

Les armées des rois d’Abomey étaient redoutées, notamment leurs célèbres amazones, réputées pour leur férocité au combat. «Chaque amazone devait revenir de la guerre avec au moins cinq têtes d’ennemi. Si elle se présentait les mains vides devant le roi, c’est elle qui se faisait trancher la tête», prévient la guide, qui explique aussi que des rites extrêmement complexes codifiaient la vie d’Abomey.

Ainsi, l’homme qui portait le parasol du monarque avait pour obligation de le faire tourner de la gauche vers la droite. «C’était un signe qui devait apporter la prospérité à Abomey ; s’il le faisait tourner dans le mauvais sens, il pouvait être vu comme un adversaire du royaume et lui-même condamné à mort.»

 

Mais c’est aux ennemis des rois d’Abomey que les sorts les moins enviables étaient réservés. Ainsi les trônes des monarques – toujours visibles dans les palais – étaient posés sur des pieds d’un genre particulier : les crânes des autres monarques, vaincus au combat.

 

Bèhanzin, le dernier des rois du Dahomey, a régné sur Abomey et sa région jusqu’en 1894, l’année de sa reddition aux troupes françaises qui ont pris le contrôle du Dahomey (devenu le Bénin en 1975). Aujourd’hui, encore, Béhanzin est pour les Béninois un symbole fort de l’esprit de résistance à la colonisation.

Une oeuvre artistique d'Abomey.Une oeuvre artistique d’Abomey.

D’une grande richesse culturelle, les royaumes d’Abomey laissent un important patrimoine artistique au Bénin. Un grand peintre de la ville, feu Cyprien Tokoudagba, -exposé dans le monde entier, a d’ailleurs réalisé des grandes fresques murales sur les enceintes de plusieurs palais royaux. Très accueillant, il explique ses créations aux visiteurs : «Mon œuvre se nourrit du riche passé de la monarchie. Je voyage beaucoup, mais je reste fidèle à la ville qui m’inspire.»

 

Par Pierre Cherruau

 

Source: Ulysse Mag

 

 

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