BENIN – « L’échec de la classe politique »

 

L'ancien palais des Gouverneurs de Porto-Novo, siège de l'Assemblée nationale du Bénin.L’ancien palais des Gouverneurs de Porto-Novo, siège de l’Assemblée nationale du Bénin.

 

C’est le diagnostic péremptoire qui revient régulièrement sur les lèvres des analystes et observateurs politiques depuis que notre compatriote Patrice Talon a annoncé à demi-mot, sur RFI, sa candidature à l’élection présidentielle de février et mars 2016 en déclarant qu’il « était en négociation avec la classe politique, de la mouvance comme de la majorité ». Une fois de plus, loin de moi le débat fallacieux et inutile sur la légitimité et la légalité de cette candidature : il en a le droit, la légitimité mais aussi et surtout les moyens.

 

Ce qui m’intéresse ici, c’est l’argument expéditif et péremptoire utilisé par bon nombre de nos compatriotes pour justifier cette candidature, à savoir l’échec de la classe politique. Ce qui corrobore un alarmant avertissement passé presque inaperçu lancé par le Président Adrien Houngbédji lors de son discours d’investiture à savoir que « si rien n’est fait, c’est à la disparition progressive de la classe politique que nous assisterons ». J’ai presqu’envie de dire que nous y sommes. Ce qui est curieux dans cette affaire, c’est que cet argument n’avait jamais été utilisé auparavant, ni pour justifier l’élection du Président Soglo, ni celle du Président Kérékou encore moins celle du Président Yayi ; et pourtant les dynamiques ayant conduit à toutes ces élections sont et seront identiques à l’élection de 2016. Il est bien connu que dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

 

Alors, plus personne ne peut nier ou contester la responsabilité, voire même l’échec de notre classe politique. Mais n’est-ce pas absurde d’entretenir par nos comportements individuels et collectifs cet échec, de cette responsabilité ?

 

C’est pourquoi, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle et pour corriger cet échec je propose que tous les partis politiques fassent bloc autour d’un candidat issu de la classe politique et qui est connu pour avoir régulièrement milité dans la vie politique, pour avoir régulièrement pris des positions publiques sur les questions et problèmes politiques, économiques, sociales et culturelles qui minent notre société. En somme, un cordon sanitaire, partisan et républicain pour sauver la classe politique ou ce qui en reste. Ainsi, ce critère deviendra de fait, l’indicateur par lequel nous distinguerons les acteurs de la classe politique. Ceux qui soutiendront un acteur politique auront le label d’acteurs politiques et ceux qui soutiendront un candidat non politique seront considérés comme de simples « marchands politiques » qui n’ont plus leur place dans la classe politique.

 

C’est à mon avis, le dernier sursaut d’orgueil et de survie que notre classe politique peut et doit avoir en 2016 avant « sa disparition programmée ».
Sauront-ils être au rendez-vous de l’Histoire ? L’Histoire précisément nous le dira. Mais ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas.

 

Par Victor Topanou

Ancien ministre de la Justice du Bénin,

Ancien Secrétaire général et Porte-parole du Gouvernement,

Maître de conférences en sciences politiques, Chef de Département à l’Université d’Abomey-Calavi. 

 

 

 

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Commentaires

  1. Le , Roch NEPO a dit :

    Malheureusement, la préconisation qui s’ensuit, dans la chute de l’article, en termes de cri du cœur en vue d’un ultime sursaut de lucidité patriotique de la part d’une classe politique ayant complètement abdiqué, pèche par son excès d’utopie, voire de naïveté.

    En effet, à mon humble avis, à l’allure où évoluent les choses à moins de six (6) mois des échéances fatidiques, le vin est bel et bien définitivement tiré. Il n’y a plus qu’à le boire, jusqu’à la lie, en ayant tout de même soin d’en tirer tous les enseignements qui en découlent pour l’avenir.

    Dur, très dur à avaler, j’en conviens, certes, mais les faits sont têtus et ne m’autorisent guère à un optimisme béat: « comme on fait son lit (aujourd’hui), on se couche (demain).

  2. Le , Roch NEPO a dit :

    Analyse on ne peut plus pertinente et percutante d’un politologue de haut vol doublé d’un ex-gestionnaire de la cité qui n’est d’ailleurs pas des moindres non plus.

    Malheureusement, la préconisation qui s’ensuit, dans la chute de l’article, en termes de cri du cœur en vue d’un ultime sursaut de lucidité patriotique de la part d’une classe politique ayant complètement abdiqué, pèche par son excès d’utopie, voire de naïveté.

    En effet, à mon humble avis, à l’allure où évoluent les choses à moins de six (6) mois des échéances fatidiques, le vin est bel et bien définitivement tiré. Il n’y a plus qu’à le boire, jusqu’à la lie, en ayant tout de même soin d’en tirer tous les enseignements qui en découlent pour l’avenir.

    Dur, très dur à avaler, j’en conviens, certes, mais les faits sont têtus et ne m’autorisent guère à un optimisme béat: « comme on fait son lit (aujourd’hui), on se couche (demain).