BURKINA FASO – Chronique d’une transition démocratique « confisquée »

Le peuple du Burkina Faso a réussi un exploit inédit qui a surpris et l’Afrique et le monde entier. En contraignant le régime du président d’alors, Blaise Compaoré, au respect de la Constitution au moyen de manifestations populaires de toutes ses composantes sociopolitiques. C’est ce qu’on a baptisé l’insurrection ou la « révolution populaire du 30 octobre 2014 ». Et qui a non seulement contraint l’ex-président Blaise Compaoré à abandonner le pouvoir mais également à fuir également son pays à destination de la Côte d’Ivoire. Depuis, une transition politique s’est mise en place avec un président par intérim, Michel Kafando, et un Premier ministre, Yacouba Isaac Zida, pour conduire le « Pays des hommes intègres » vers des élections démocratiques en octobre 2015. Sauf que la transition en question a connu quelques soubresauts qui montrent que des militaires proches de l’ancien président Blaise Compaoré à travers le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) sinon la tiennent en respect, du moins son Premier ministre et par ailleurs frère d’armes, le Lieutenant-colonel Yacouba Zida.

 

Le Lieutenant-colonel Isaac Zida avec à ses côtés Guy Hervé Kam, le Porte-parole du Mouvement "Balai citoyen"Le Lieutenant-colonel Isaac Zida avec à ses côtés Guy Hervé Kam, le Porte-parole du Mouvement « Balai citoyen »

 

Le désormais ex-président du Burkina Faso (le Pays des hommes intègres), Blaise Comporé, était sans doute sûr de son coup. En dépit de la mobilisation grandissante de toutes les composantes sociopolitiques et de leur refus de voir leur Constitution modifiée pour la énième fois, il a fait la sourde oreille. Fort de l’appui de dernière minute de l’Alliance pour la démocratie et le progrès/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) dont il ne pouvait mieux rêver. Car ce ralliement de la dernière heure devait lui permettre d’avaliser son changement constitutionnel à l’Assemblée nationale sans même avoir besoin de recourir à un référendum.

 

Après s’être séparé dos à dos avec les protagonistes de la vie politique, la révision de la Constitution apparaissait donc comme une question d’heures seulement. Objectif final : faire réviser la Constitution en utilisant la majorité acquise à sa cause à l’Assemblée nationale dans le meilleur des cas ou en convoquant dans le pire des cas un référendum pour lui permettre de briguer un troisième mandat. Après 27 ans de pouvoir. Il a beau vouloir se défendre en arguant dans ses divers entretiens avec les médias que cette modification de l’article 37 de la Constitution qui lui permettrait de faire sauter le verrou de la limitation des mandats n’était pas pour lui, les Africains voyaient mal pour qui elle était donc destinée. Et dans cette perspective, la coalition de l’opposition politique et la société civile contre la révision constitutionnelle tenait à répondre à sa manière. Avec à la clé, une série de manifestations de rue programmées à travers le pays.

 

Vue aérienne de la manifestation gigantesque de l’opposition burkinabé contre la révision de la Constitution le 28 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.Vue aérienne de la manifestation gigantesque de l’opposition burkinabé contre la révision de la Constitution le 28 octobre à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

 

Les premières manifestations du 28 octobre à Ouagadougou, la capitale, sonnaient manifestement comme un sérieux avertissement de la détermination du peuple burkinabé, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, à faire entendre sa voix. Mais Blaise Compaoré au pouvoir depuis 27 ans et qui en avait vu d’autres ne s’en méfia guère. Pas plus qu’il ne se soucia de différents appels en provenance de l’extérieur et notamment de la France qui, à travers son président François Hollande, lui proposait une porte de sortie honorable dans une institution éventuellement. Au demeurant, Zéphirin Diabré, le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et chef de file de l’opposition burkinabé avait pourtant prévenu que les manifestations du 28 octobre étaient : « le dernier avertissement lancé à l’endroit du pouvoir. Maintenant, ça passe ou ça casse! (…) Le changement, c’est maintenant ou jamais ». Et malgré tout cela, Blaise Compaoré et ses proches, voire l’ensemble des cadres et responsables de son parti ont cru devoir ou pouvoir faire de lui un président à vie. Seulement voilà : le 30 octobre, les choses vont manifestement prendre une tout autre tournure. Pour forcer le passage vers une nouvelle ère au pays des Maurice Yameogo, Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo, Thomas Sankara et autres.

 

C’est une déferlante humaine qui va prendre d’assaut les rues de Ouagadougou et converger vers l’Assemblée nationale où devait se réunir les députés pour aller contre la volonté du peuple burkinabé. En usant et en abusant tout simplement d’un artifice institutionnel. Dans la foulée, les manifestants de l’opposition et de la société civile envahirent, sans résistance particulière, l’Assemblée nationale. Laquelle sera mise à sac puis incendiée. Au grand dam des députés favorables à la révision constitutionnelle qui, entretemps, avaient dû abandonner les lieux à temps, en prenant leurs jambes à leurs cous. Les maisons de certains d’entre eux ne seront d’ailleurs pas épargnées par des manifestants furieux et révoltés. Des manifestants tentèrent de marcher sur Kosyam, le palais présidentiel de Blaise Compaoré. Non sans quelques affrontements avec des forces de l’ordre. Et dans cette ambiance d’insurrection populaire et généralisée, le très populaire Général Kouamé Lougué fut appelé à prendre ses responsabilités pour éviter le chaos. Mais à l’issue d’un entretien avec le Moro Naba, l’Empereur des Mossi, l’on s’attendait par voie de conséquence à une déclaration du Général Kouamé Lougué. Apparemment, il fut pris de vitesse par le Général Nabéré Honoré Traoré et le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida et leurs hommes.

 

C’est dans ces conditions de cacophonie totale que l’on apprendra la fuite de Blaise Compaoré, sans autres formes de précisions. Il faudra attendre bien après pour savoir qu’il fut héliporté grâce aux services de renseignements français à Fada N’Gourma avant d’être acheminé par avion en Côte d’Ivoire. En effet, la déclaration tant attendue du Général Kouamé Lougué ne vint jamais. En lieu et place le Général Nabéré Honoré Traoré, Chef d’Etat-major des armées et le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, Adjoint au Chef d’Etat-major particulier de l’ex-président Blaise Compaoré; se proclameront successivement Chef de l’Etat et de la transition. Ce qui sema la confusion. Avant que l’armée ne finisse par régler ses dissensions en interne, avec la désignation du Colonel Zida « à l’unanimité », selon les termes même de la déclaration finale.

 

Blaise Compaoré, ancien président du Burkina Faso.Blaise Compaoré, ancien président du Burkina Faso.

 

Le 2 novembre 2014, une grande manifestation a rassemblé l’opposition et la société civile à la Place de la Nation à Ouagadougou. Face à la querelle de succession au sein de l’armée consécutive à la fuite de Blaise Compaoré et sa tentation d’une mainmise sur la transition, le peuple burkinabé est sorti derechef pour réclamer une transition « démocratique civile » et consensuelle. Dans un entretien avec RFI, Luc Marius Ibriga, le président du FOCAL,  avait alors invité l’opposition et la société civile à dire non à cet état de fait en ces termes : « Et nous exigeons la levée de la suspension de la Constitution et l’ouverture d’une transition civile et démocratique qui serait dirigée par une structure consensuelle qui adopterait une charte de la transition, pour nous permettre de revenir à un fonctionnement régulier des institutions ». Pour sa part, l’Union africaine (UA) publiait un communiqué pour appeler l’armée à se tenir à l’écart du jeu politique : « Il nous semble important que les forces armées et de sécurité du Burkina se mettent à la disposition des autorités civiles, qui doivent conduire la transition, et agissent dans un esprit républicain. Nous pensons qu’une transition civile et consensuelle répondrait non seulement aux aspirations légitimes du peuple burkinabè aspiration au changement, aspiration à l’approfondissement de la démocratie, mais faciliterait aussi grandement la mobilisation de l’assistance internationale pour permettre une sortie de crise ».

 

Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas devait aussi déclarer : « La CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies sont encouragées à continuer leurs consultations avec les uns et les autres, les parties prenantes burkinabè, pour trouver une porte de sortie conforme à la Constitution, notamment la mise en œuvre d’un organe constitutionnel avec un leader civil. »

 

 

La charte de la transition démocratique

 

Toutes les composantes de la société burkinabé se sont mobilisées autour d’une table pour réfléchir sur le cadre légal dans lequel devait se dérouler la transition politique de l’après-Compaoré. A l’issue de cette table ronde, une charte de la transition a été adoptée de manière consensuelle. Ainsi le 16 novembre 2014, dans la grande salle de la maison du peuple de Ouagadougou, quelque 200 participants à la cérémonie de signature de la Charte de la transition ont chanté l’hymne national. Une occasion de communion pour tous les Burkinabé décidés à tourner la page douloureuse des événements qui ont mis fin au régime Compaoré avec leurs martyrs. L’adoption de cette nouvelle Charte a, du coup, mis un terme au vide constitutionnel qui avait cours depuis le 31 octobre.

 

Grosso modo, le document signé par les représentants de partis politiques, les organisations de la société civile, les forces de défense et de sécurité et les représentants religieux venait en complément à la Constitution du 2 juin 1991. Entre autres points, elle  définissait le profil que devait avoir son président. A savoir que « le président de la transition doit être une personnalité civile, intègre, impartiale et reconnue pour son engagement dans la défense des intérêts nationaux ». En lieu et place de l’Assemblée nationale, un Conseil de transition devait être installé.

 

Diplomate Michel Kafando, Président de la transition désigné au Burkina-FasoDiplomate Michel Kafando, Président de la transition désigné au Burkina-Faso

 

Après moult tractations et concertations, le diplomate Michel Kafando a été choisi en tant que président de la transition et chef de l’Etat par intérim. L’ancien représentant du Burkina Faso auprès des Nations Unies et ambassadeur de la Haute-Volta (ancien nom du Burkina) âgé de 72 ans succéda ainsi à Blaise Compaoré. Dans son discours qui a précédé son investiture, il a reconnu que « C’est une redoutable responsabilité » qui lui a été confiéeIl n’empêche que sa désignation venait à point nommé pour couper l’herbe sous les pieds de la gestion militaire du pays par le Lieutenant-colonel Isaac Zida. Lequel s’était d’abord autoproclamé président, avant d’être ensuite confirmé par les hauts responsables militaires. A l’issue des difficiles tractations qui ont présidé à la désignation des deux figures emblématiques de la transition démocratique, le président Michel Kafando désignera l’éphémère prédécesseur au poste de président par intérim du Burkina Faso comme Premier ministre. Et conformément à la Charte de la transition,  Lieutenant-colonel Isaac Zida devait se charger à son tour de former un gouvernement d’union nationale de 26 membres.

 

La transition démocratique en marche

C’est avec un grand soulagement que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA) et le reste de la communauté internationale a accueilli l’annonce de la formation du gouvernement de transition. Le président par intérim du Burkina Faso, Michel Kafando, a nommé les membres de son gouvernement qui doit conduire le pays vers des élections libres et démocratiques d’ici au 11 octobre 2015. Outre le fait que c’est le Lieutenant-colonel Isaac Zida qui en est à la fois Premier ministre et le ministre de la Défense, lui-même a choisi d’occuper en plus de ses fonctions de président par intérim, celles de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale. Il est, en outre, à remarquer la présence dans ce gouvernement des militaires et des membres de la société civile. Pour leur part, les leaders de l’opposition politique se sont abstenus de prendre des portefeuilles dans ledit gouvernement. Car tous ceux qui dirigeront cette transition ne devraient plus se présenter aux prochaines échéances présidentielles.

Liste complète du gouvernement de transition du Burkina Faso

1- Michel Kafando : Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Régionale

2- Yacouba Isaac Zida : Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants

3- Auguste Denise Barry : Ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité

4- Monsieur Jean Gustave Sanon : Ministre de l’Economie et des Finances

5- Madame Joséphine Ouedraogo : Ministre de la Justice, des Droits Humains et de la Promotion Civique, Garde des Sceaux

6- Monsieur Boubacar Ba : Ministre des Mines et de l’Energie

7- Monsieur François Lompo : Ministre de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques, de l’Assainissement et de la Sécurité Alimentaire

8- Monsieur Hippolyte Dah : Ministre de l’industrie, du Commerce et de l’Artisanat

9- Monsieur T. Frédéric A.K. Nikiema : Ministre de la Communication, chargé des Relations avec le Conseil National de la Transition, Porte-parole du Gouvernement

10- Monsieur Adama Sagnon : Ministre de la Culture et du Tourisme

11- Monsieur Moumouni Guiguemde : Ministre des Infrastructures, du Désenclavement et des Transports

12- Monsieur Amédée Prosper Djiguimde : Ministre de la Santé

13- Monsieur René Bagoro : Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme

14- Monsieur Filiga Michel Sawadogo : Ministre des Enseignements Secondaire et Supérieur

15- Monsieur Samadou Coulibaly : Ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation

16- Monsieur Augustin Loada : Ministre d la Fonction Publique, du Travail et de la Sécurité Sociale

17- Monsieur Jean Noël Pooda : Ministre de la Recherche Scientifique et de l’Innovation

18- Monsieur Sadou Maiga : Ministre de l’Environnement et des Ressources Halieutiques

19- Monsieur Salifou Dembele : Ministre de la Jeunesse, de la Formation Professionnelle et de l’Emploi

20- Monsieur Jean-Paul Rouamba : Ministre des Ressources Animales

21- Monsieur Nébila Amadou Yaro : Ministre du Développement de l’économie numérique et des postes

22- Monsieur David Kabre : Ministre des Sports et Loisirs

23- Madame Bibiane Ouedraogo/Boni : Ministre de l’Action sociale et de la solidarité nationale

24- Madame Nicole Angéline Zan/Yelemou : Ministre de la Promotion de la femme et du genre

25- Monsieur Bédializoun Moussa Nebie : Ministre Délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale, chargé de la coopération régionale

26- Madame Amina Bambara/Billa : Ministre Délégué auprès du ministre de l’Economie et des finances, chargé du budget

 

Burkina Transition PHOTO  2

 

Fidèle à l’esprit d’état de veille qu’elle s’est imposée dès le début de son combat pour le respect de la Constitution, la société civile burkinabé va récuser notamment le ministre de la Culture et du Tourisme, Adama Sagnon (ancien procureur de la République) et le contraindre à la démission, 24 heures seulement après sa nomination. Au motif qu’il est responsable de graves entraves à la manifestation de la vérité dans l’affaire Norbert Zongo, du nom de ce célèbre journaliste burkinabé assassiné avec plusieurs autres personnes sous le régime Compaoré. Quelques jours plus tard, des agents de son ministère et des organisations de la société civile vont également obtenir la démission de Moumini Diéguimbé (ex-prisonnier) du ministère des Infrastructures et du Désenclavement et son remplacement par Daouda Traoré.

« Les morts des 30 et 31 octobre ne sont pas morts ; ils sont parmi nous, ils nous ont transmis un héritage. Ils sont morts pour que nous fassions de notre Burkina Faso, une harpe de paix où règnent la cohésion sociale, la liberté, la solidarité, le vivre ensemble harmonieux, le dialogue et la tolérance entre tous les filles et fils de ce pays, toutes les ethnies, toutes les religions. Civiles ou militaires, main dans la main, nous leur devons donc cela. Du haut de cette tribune, vêtu de cette tenue que nous militaires appelons ‘’terre du Burkina’’, je vous demande, civils, militaires, Burkinabè de tous horizons et de toutes confessions, tenez-vous la main et observons en leur mémoire, 5 minutes de silence débout ». C’est en ces termes que le Capitaine Hervé Yé, invita le 2 décembre 2014 tous ceux qui étaient venus nombrer honorer la mémoire de ceux qui ont été tués à l’occasion de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre, au nom de la démocratie et du respect de la Constitution. La foule compacte qui avait suivi le cortège de la maison du Peuple où avaient « pris place » les dépouilles mortelles à la « Place de la Révolution » qui fut l’un des lieux des recueillements et prières, observa avec dignité et émotion le dernier hommage aux « martyrs de cette révolution ».

 

 

La transition démocratique « confisquée »

L’on croyait la transition démocratique bien partie au Burkina Faso après la chute et la fuite de l’ancien président Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire. Mais c’était sans compter avec les hommes restés fidèles à ce dernier et particulièrement au sein de l’armée. En effet, depuis que le Premier ministre Yacouba Zida a laissé entendre que l’affaire Sankara allait être réouverte, il a automatiquement suscité l’ire de Blaise Compaoré depuis son exil ivoirien. Ainsi, il a aggravé sa situation aux yeux de ses anciens frères d’armes du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP). Surtout qu’on lui reprochait déjà implicitement d’avoir donné le petit coup de pouce nécessaire à la chute de Blaise Compaoré.

 

Actu ZIDA PHOTO

 

Mieux, au lendemain de ses déclarations, lorsqu’il a été appelé par téléphone et sermonné par Blaise Compaoré depuis la Côte d’Ivoire, il a tout simplement changé de numéro pour ne plus avoir le désormais ex-président en ligne. Ce qui n’a pas eu l’heur de plaire. Aussi, lorsqu’il s’est agi de réformer le fameux Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), ce sont des menaces à peine voilées que le Premier ministre Yacouba Zida a reçues en retour de la part des nouveaux maîtres du RSP qu’il n’avait pas pris le soin de verrouiller avant d’accepter son poste de Premier ministre.

 

Pour protester contre cet état de fait, le 7 février 2015 les Burkinabé ont renoué avec la mobilisation dans les rues de Ouagadougou, la capitale du pays. Un meeting fut organisé à l’emblématique Place de la Nation. Après la chute de Blaise Compaoré, ils ont alors réclamé à l’occasion la dissolution du RSP qui a manifestement pris la transition en otage. « Nous réclamons la dissolution du RSP, une milice façonnée pour l’ancien régime », a lancé à l’attention des participants Luc-Marius Ibriga, l’un des leaders des mouvements de contestation qui ont fait tomber le régime Compaoré en octobre dernier.

 

On a beau dire qu’ils étaient moins nombreux, les Burkinabé étaient quand même sortis encore une fois à Ouagadougou pour dire tout leur mécontentement contre le Régiment de la sécurité présidentielle. Une entité ayant survécu à l’ancien régime du président déchu Blaise Compaoré et dont l’ancien Aide de camp vient d’être nommé à sa tête. En effet, c’est cette fameuse RSP qui a rappelé à l’ordre récemment le Premier ministre Yacouba Zida qui cherchait à mettre un terme à son hégémonie sur la vie publique du pays en voulant la dissoudre. Non sans être personnellement menacé et pour finalement faire machine arrière, parce que les éléments de la RSP sont allés carrément jusqu’à réclamer la démission du Premier ministre. Comme pour démontrer que le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) a droit de vie ou de mort sur la transition politique en cours au Burkina. Sans la médiation du Moro Naba et du président Michel Kafando, il est difficile de dire ce qui serait advenu.

 

Le RSP a beau tenter de rassurer par la suite les citoyens burkinabé, plus rien ne sera comme avant. Tant il a déjà défié les autorités de la transition. En exigeant la démission « pure et simple » du Premier ministre Yabouba Zida avant d’y renoncer en échange de sa non-dissolution. Une sortie malencontreuse qui prouve, comme s’il en était encore besoin, que la « révolution populaire du 30 octobre» au Burkina traîne derrière elle un arrière goût d’inachevé comme un boulet.

Dans la marche du Burkina vers de nouvelles élections, un débat s’est aussi décidément invité : celui de savoir si oui ou non tous ceux qui ont œuvré pour la révision constitutionnelle devraient être autorisés à se porter candidats. Il n’est un secret pour personne maintenant que tous les lieutenants de Blaise Compaoré tentent de s’organiser sous d’autres noms pour éviter que l’ancien parti au pouvoir – le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) -, ne se désintègre. En raison du fait qu’il est aujourd’hui stigmatisé pour son inconséquence politique face à la révision constitutionnelle avortée.

 

Luc Marius Ibriga, un nom que les caciques de Blaise Compaoré n'aime pas entendre.  Luc Marius Ibriga, un nom que les caciques de Blaise Compaoré n’aime pas entendre.

 

A la question de savoir si ce serait concrètement et réellement possible d’empêcher les dignitaires du régime de Blaise Compaoré de se présenter aux élections, vu l’état d’esprit d’inclusion prôné par la charte de la Transition lors d’un entretien avec le journal Le Pays, Luc-Marius Ibriga a notamment déclaré : « Concrètement, il faut appliquer le droit. C’est tout. Pour moi, il faut appliquer le droit. Et le droit, c’est d’appliquer la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Il est possible d’utiliser d’autres moyens comme la loi électorale. Cette loi qui est en train d’être revue, peut stipuler que tous ceux qui ont ouvertement soutenu le projet de modification constitutionnel comme le dit la charte, soient frappés d’inéligibilité pour 5 ans. Ils reviendront en 2020 pour participer aux élections. Comme eux-mêmes avaient prévu que c’était 5 ans renouvelables 2 fois. Et certains nous avaient dit que c’était une alternance générationnelle, qu’on reviendrait dans 15 ans quand Blaise serait fatigué, pour voir ».

 

Depuis la sortie tonitruante du RSP, le président par intérim Michel Kafando a jugé opportun de faire savoir au monde entier que le pouvoir n’est pas entre les mains des militaires au Burkina Faso. L’on reconnaît ainsi le président-diplomate dont l’objectif principal est de conduire sa transition à bon terme et sans accroc. Mais il n’empêche que pour le monde entier, la transition démocratique au Burkina Faso a été déjà bel et bien « confisquée » par le RSP.

Début juillet 2015, les hommes du RSP et ceux du Premier ministre se sont accusés réciproquement de complot. Les premiers accusant les seconds de complot contre eux les seconds accusant les premiers de vouloir arrêter le Premier ministre Isaac Zida. Cette nouvelle crise a fait sortir le RSP de sa réserve, lequel a exigé carrément la formation d’un nouveau gouvernement composé uniquement de civils. Décidément, ses anciens compagnons n’ont pas tout à fait digéré ce que beaucoup considèrent à voix basse comme la trahison d’Isaac Zida qui a conduit à la chute de Blaise Compaoré.

 

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De toute évidence, l’ancien président Blaise Compaoré n’a certainement pas lâché prise au Burkina après l’humiliante fin de règne qu’il a subie. Par personnes interposées, il va tenter coûte que coûte de reprendre la main. Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ancien parti au pouvoir de Blaise Compaoré a d’ailleurs commencé de manière souterraine cette marche vers la reconquête du pouvoir. Sous d’autres noms et d’autres formes de combat politique. Et les acteurs de la désormais célèbre victoire du peuple burkinabé sur un régime à travers la « révolution populaire du 30 octobre 2014 » ne devraient donc pas dormir sur leurs lauriers ou sur leurs deux oreilles. Au risque d’être surpris à leur réveil, comme s’il s’agissait de l’Hydre de Lerne.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

 

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