BURKINA FASO – L’inacceptable coup de force du RSP qui fait tomber les masques

 

Le général Gilbert Diendéré.Le général Gilbert Diendéré.

 

On l’avait dit : la révolution des 30 et 31 octobre 2014 consécutive à l’insurrection populaire qui a fait tomber à Ouagadougou le régime de l’ex président Blaise Compaoré, après 27 ans de pouvoir, avait manifestement un goût d’inachevé. Tant les hommes de main de Blaise Compaoré, tapis au sein du fameux Régiment de sécurité présidentielle (RSP) n’étaient pas du tout du côté du peuple qui a dit « non » à la révision de l’article 37 de la Constitution. Lequel empêchait ipso facto leur champion de briguer derechef la magistrature suprême. Ou tout simplement de se maintenir au pouvoir par une acrobatie politique, et pour ainsi y rester ad vitam aeternam.

 

Ces hommes de main qui n’ont pas les mains propres, et c’est le moins qu’on puisse dire, dans les nombreuses affaires et dossiers qui ont émaillé la vie sociopolitique du pays et de la sous région n’avaient pas dit leur dernier mot. Surtout que, chassé du pouvoir et exfiltré par les services secrets de la France – et cela, il faut le souligner aussi – Blaise Compaoré n’est pas allé bien loin pour trouver refuge. En Côte d’Ivoire voisine du président Alassane Dramane Ouattara qu’il a aidé à hisser au pouvoir et qui partage une frontière avec le Burkina Faso et de laquelle, il tenta vainement de manipuler le chef du gouvernement de transition, l’ex adjoint du RSP, le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida. D’abord traité de « Judas » par les insurgés de l’ « octobre noir » de Blaise Compaoré, qui se rendront bien vite compte qu’il n’était pas si « Judas » à leur cause que ça, ce sont finalement ses anciens compagnons d’armes du RSP qui l’accuseront de traîtrise. Au point d’exiger sa tête, à tout prix, dans un bras de fer avec le gouvernement du président de la transition, Michel Kafando, à forts relents de tentative de coup d’Etat déjà.

 

Le coup de force du 16 septembre n’est donc que le prolongement de toutes les manigances et manœuvres des hommes de Blaise Compaoré en vue de reprendre en main le Burkina Faso. Comme on dit en langue mooré « reprendre en main un enfant », c’est-à-dire lui donner une sévère correction qui lui apprendra à vivre. En réponse à son incartade qui n’est autre ici, dans le cas d’espèce, que la volonté des manifestants des 30 et 31 octobre 2014 de vivre libre de l’emprise d’une poignée d’individus qui s’agrippent au pays et agissent tout comme si le Burkina Faso était leur propriété privée. Décidément, Blaise Compaoré et son entourage n’ont pas digéré leur si brutale privation du pouvoir comme un biberon qu’on enlève brusquement à la bouche d’un nourrisson qui commençait à peine à le téter.

 

Enfin, les masques sont tombés. Au motif que le parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a été écarté des prochaines élections inscrites dans l’agenda électoral du pays, il est passé à l’action, à deux jours seulement du coup d’envoi de la campagne électorale prévue le 19 septembre.

 

En perpétrant son coup d’Etat, le RSP donne ainsi par lui-même l’ultime preuve qu’il n’était qu’au service de Blaise Compaoré et non du peuple burkinabé. Et en prenant en otage le président Michel Kafando et le Premier ministre Yacouba Isaac Zida, c’est bel et bien tout le peuple burkinabé qu’il a ainsi pris en otage. A preuve, le prétendu Conseil national pour la démocratie (CND) – de quelle démocratie parle-t-on: celle du RSP ou celle qui a dit non à la révision de la Constitution – a porté à sa tête comme président le Général Gilbert Diendéré, l’homme de tous les coups. Qui dit mieux ! Après Blaise Compaoré, c’est toujours Blaise Compaoré même si c’est via Gilbert Diendéré.

 

Tout ce scénario tragi-comique qui est en train de se jouer au Pays des Thomas Sankara, Norbert Zongo et autres, interpelle tous les Africains du continent et de la diaspora au plus haut point. Car dans ce jeu qui relève plus de la tragédie que de la comédie, c’est toute la crédibilité de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE) et de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui se joue aussi. Après avoir condamné fermement le coup d’Etat et exigé que le président Michel Kafando et son Premier ministre Yacouba Isaac Zida soient libérés sains et saufs et que les putschistes se soumettent à leur autorité pour la bonne fin de la transition, le monde entier attend de voir comment toutes ces institutions vont devoir gérer cette grave crise burkinabé. Sans complaisance et faire définitivement échec à ce coup d’Etat de trop.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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Le . Par Marcus Boni Teiga.

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