BURKINA – L’Union africaine sanctionne le Burkina et hausse le ton contre les putschistes

La 544ème réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), tenue le 18 septembre 2015, met en garde les putschistes du Burkina Faso contre leurs agissements. Après avoir suspendu le pays de toutes les activités de l’institution, elle a par ailleurs adopté un certain nombre de mesures en rapport avec la situation actuelle de coup de force en cours.

 

La Présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Dr. Nkosazana Dlamini-Zuma.La Présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Dr. Nkosazana Dlamini-Zuma.

 

L’Union africaine (UA), à travers son Conseil de paix et de sécurité (CPS) a été on ne peut plus clair  et ferme dans sa déclaration du 17 septembre. En soulignant que le coup de force perpétré par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) était un acte terroriste. En effet, le RSP, avec à sa tête le Général Gilbert Diendéré, a pris en otage le président de la transition Michel Kafando, son Premier ministre Yacouba Isaac Zida et nombre de ses ministres, avant de proclamer la dissolution des institutions de la transition. Et son remplacement par un conseil dit Conseil national pour la démocratie (CND). Un coup d’Etat d’une autre époque et dans le contexte particulier du Burkina Faso qui annihilent les nombreux efforts du peuple burkinabé ainsi que de ses partenaires au développement en vue de sortir de la crise née de la volonté de l’ex président Blaise Compaoré de changer la Constitution.

 

Face à la situation qui prévaut au Burkina Faso depuis que le RSP s’est emparé du pouvoir par la force des armes, l’UA a précisé, entre autres points, qu’elle ne reconnaîtra ni ne soutiendra aucun processus conduit en dehors de la Transition lancée au Burkina Faso en novembre 2014. Et de noter formellement que l’Union africaine :

 

« 9.    Souligne  que les auteurs de l’enlèvement et de la séquestration des autorités de la Transition et de leur renversement, ainsi que les éléments impliqués dans la répression des manifestants, seront tenus responsables de leurs actes et devront en rendre compte devant les juridictions nationales et internationales compétentes ;

 

10.    Exige la libération immédiate et sans condition du Président de la Transition, M. Michel Kafando, du Premier ministre, M. Yacouba Isaac Zida, et d’autres membres du Gouvernement ;

 

11.    Décide de suspendre, avec effet immédiat, la participation du Burkina Faso à toutes les activités de l’UA, conformément aux dispositions pertinentes de l’Acte constitutif de l’UA et de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ;

 

12.    Décide en outre que les mesures ci-après à l’encontre des auteurs du coup d’état entreront automatiquement en vigueur, si le retour au statu quo ante n’est pas effectif dans un délai de 96 heures, à compter de l’adoption du présent communiqué:

 

(i)    interdiction de voyage et gel des avoirs de tous les membres du soi-disant « Comité national pour la démocratie » mis en place par les auteurs du coup d’état et de toute personnalité qui participerait au « Gouvernement » qu’ils pourraient créer. Le Conseil prie à la Commission de circuler la liste à tous les États membres et aux partenaires internationaux dès l’expiration du délai fixé plus haut, et de la mettre régulièrement à jour en vue d’y inclure les soutiens civils de la junte militaire;

 

(ii)    qualification des officiers supérieurs du RSP impliqués dans l’enlèvement et la séquestration du Président de la Transition, du Premier Ministre et de certains membres du Gouvernement comme éléments terroristes, dans le cadre de la Convention de l’OUA de 1999 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme et de son Protocole de 2004. À cet effet, le Conseil prie la Commission de compiler immédiatement une liste, qui doit inclure des membres de la junte, et de la circuler à tous les États membres, ainsi qu’aux partenaires internationaux, dès l’expiration du délai fixé plus haut;

 

(iii)    initiation des démarches nécessaires auprès des institutions africaines et internationales compétentes, en vue du jugement des auteurs du changement anticonstitutionnel, conformément aux dispositions pertinentes de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance;

 

(iv)    lancement de consultations avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en vue de priver les autorités de fait de tout accès aux ressources de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ainsi que cela a été le cas dans la gestion de crises similaires dans la région; et

 

(v)    demande à tous les partenaires bilatéraux et multilatéraux de suspendre tous les programmes de coopération militaire et sécuritaire avec le Burkina Faso, ainsi que les programmes de coopération économique, étant entendu que tout devra être mis en œuvre pour minimiser l’impact sur la population civile;

 

13.    Exprime sa détermination à examiner des mesures additionnelles de nature à accélérer la réalisation des objectifs fixés plus haut;

 

14.    Exprime également son soutien aux efforts actuellement entrepris par la CEDEAO, à travers son Président en exercice, le Président Macky Sall du Sénégal, en vue de permettre le retour rapide au statu quo ante, et ce dans le cadre de l’Architecture africaine de paix et de sécurité;

 

15.    Demande à la Présidente de la Commission de mettre en place un Groupe d’experts pour aider le Conseil et la Commission à assurer le suivi de la mise en œuvre des mesures envisagées plus haut et à mobiliser le soutien international nécessaire pour assurer le fonctionnement effectif du Groupe, ainsi que de convoquer le plus rapidement possible, en consultation avec la CEDEAO et les Nations unies, une réunion du GISAT-BF pour faciliter une coordination internationale étroite et la mise en œuvre des mesures contenues au paragraphe 12 ci-dessus ;

 

16.    Souligne que les interférences répétées du RSP dans le processus de transition mettent en relief la nécessité d’une réforme en profondeur du secteur de la défense et de la sécurité au Burkina Faso, suivant des modalités à convenir avec tous les acteurs concernés. A cet égard, le Conseil prie la Commission, sur la base du Document-cadre de l’UA sur la réforme du secteur de la sécurité, d’identifier les modalités d’une contribution de l’UA à ce processus;

 

17.    Demande à tous les États membres de mettre scrupuleusement en œuvre les mesures énumérées plus haut, ayant à l’esprit les obligations qui sont les leurs aux termes de l’article 7 (paragraphes 3 et 4) du Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui stipule que les Etats membres reconnaissent qu’en s’acquittant de ses devoirs aux termes du Protocole, le Conseil agit en leur nom, et que les Etats membres conviennent d’accepter et d’appliquer les décisions du Conseil conformément à l’Acte constitutif de l’UA;
18.    Demande à tous les partenaires internationaux, y compris l’UE et ses États membres, le Conseil de sécurité des Nations unies et d’autres partenaires internationaux, de soutenir pleinement le présent communiqué et la mise en œuvre des mesures énumérées au paragraphe 12 ci-dessus;

 

19.    Prie la Présidente de la Commission de prendre toutes les mesures nécessaires pour la mise en œuvre du communiqué et de le transmettre au Conseil de sécurité des Nations unies et aux autres partenaires internationaux concernés, pour leur information et leur action en tant que de besoin;

 

20.    Décide de rester activement saisi de la question ».

 

ACTU BF Help Us

 

Au regard de la position de l’Union africaine dont on peut se convaincre de ce extrait de son la 544ème réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS), le Général Gilbert Diendéré et ses partisans du RSP doivent savoir dorénavant à quoi s’attendre. A moins d’être aussi forts pour se mettre à dos toutes les institutions africaines et internationales. Ce qui serait une gageure quand on sait que le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde et que son budget de l’Etat ne fonctionne qu’avec l’apport financier important de nombreux partenaires étrangers.

 

Du reste, la mobilisation qui grandit partout à l’intérieur du Burkina Faso ajoutée à la désolidarisation d’autres corps de l’armée est le signe manifeste que le coup du Général Gilbert Diendéré et de ses partisans du RSP est comme une arrête qui reste en travers de la gorge du peuple burkinabé d’abord, et celui de la communauté internationale aussi. Dont acte !

 

Par Abdul Yazid

 

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