CONGO – Le président Denis Sassou Nguesso tient à son référendum pour réviser la Constitution

Après avoir obtenu les avis favorables et de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle, le président Denis Sassou Nguesso a décidé d’engager son pays sur la dangereuse piste de la révision constitutionnelle. Et ce, à travers un référendum annoncé, dans un « proche horizon » et dans un discours radiotélévisé.

 

Le président Denis Sassou Nguesso va-t-il réussir son grand jeu?Le président Denis Sassou Nguesso va-t-il réussir son grand jeu? (Photo: Polycarpe Toviho)

 

« J’ai décidé de donner la parole directement au peuple afin qu’il se prononce sur le projet de loi énonçant les principes fondamentaux de la République… ». C’est, entre autres, par ces mots que le président congolais, Denis Sassou Nguesso, a annoncé, dans un message radiotélévisé, sa volonté de soumettre la question de la révision de la Constitution à un référendum. Cette annonce fait ainsi suite aux concertations baptisées « Dialogue national » que le chef de l’Etat congolais avait fait organiser à Sibiti du 13 au 17 juillet dernier. Il s’agit en effet du fameux « dialogue inclusif » auquel il avait convié différentes composantes nationales.

 

C’est donc dorénavant un secret de polichinelle que le chef de l’Etat congolais souhaiterait faire réviser la Constitution de son pays pour se présenter à la présidentielle de mi-2016. Lui qui est doublement frappé par la Constitution actuelle qui limite le nombre de mandats à deux et l’âge maximal pour être candidat à 70 ans, alors qu’il a un nombre total d’années cumulées de 32 ans de pouvoir, et 72 ans. Cette volonté de tailler la Constitution à sa mesure n’a vraiment pas l’heur de plaire à son opposition ainsi qu’à certains membres au sein même de la mouvance présidentielle. Le récent remaniement du gouvernement effectué par ses soins en témoigne.

 

Pour les leaders de l’opposition congolaise, il s’agit d’un véritable coup d’Etat constitutionnel que le président Denis Sassou Nguesso est en train de fomenter. Clément Mierassa, le leader du Parti social-démocrate congolais (PSDC), et par ailleurs membre du Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (FROCAD), laisse entendre qu’il est hors de question de laisser le président congolais parachever son coup d’Etat. Et de déclarer : « Nous allons demander à la population de résister, pacifiquement et par les moyens que nous offre la Constitution en vigueur, contre ce coup d’Etat constitutionnel ». Et le leader du PSDC qui se veut optimiste quant à la volonté peuple congolais de faire barrage à ce funeste projet de souligner : «  Il faut dire qu’avec l’évolution des choses au Burkina, les Congolais ont commencé également à prendre conscience (…) Aujourd’hui, je crois que beaucoup d’Africains ont commencé à croire en l’évolution de la démocratie dans le bon sens ». Seulement voilà: on connaît comment fonctionne les machines électorales et beaucoup d’institutions de la République dans les pays africains pour que l’opposition ne s’en inquiète pas outre mesure. Même si les partisans de Denis Sassou Nguesso tentent de rassurer que ce référendum constitutionnel sera organisé dans le strict respect des règles de l’art et dans « la transparence la plus pointue ».

 

Dans la mouvance de la révision constitutionnelle

 

Le comité central du Parti congolais du travail (PCT) du président Denis Sassou Nguesso au pouvoir a auparavant donné son accord le 30 décembre dernier pour engager un processus de changement de la Constitution de 2002. A une majorité écrasante de 45 voix contre une. Tout comme s’il n’y avait personne au sein dudit parti qui soit capable de porter son flambeau à cette échéance électorale. Au lieu de faire entériner comme une simple formalité interne la décision ou la volonté du chef. Laquelle lui a permis d’évoluer vers le dialogue national. Un scénario bien orchestré et rôdé dont le point d’orgue devrait être le référendum constitutionnel qui entérinerait une nouvelle Constitution. A moins qu’entre-temps, il n’y ait de sérieux couacs.

Dans la mouvance de ce qui ressemble fort à une pièce de théâtre qui se joue actuellement à Brazzaville, le ministre de la Communication et Médias chargé des Relations avec le Parlement, Thierry Moungalla, a déjà engagé de plain-pied la pré-campagne pour le référendum. Dans le luxueux hôtel « Ledger Plaza Maya Maya » où des hommes de médias ont été réunis, il s’est évertué à expliquer les tenants et les aboutissants de la décision prise le 22 septembre par le président Denis Sassou Nguesso : l’organisation d’un référendum sur la Constitution de son pays dans un « proche horizon ». D’autres caciques du PCT devraient également entrer en scène dans les jours à venir pour vendre, à tout prix, le projet de révision de la Constitution.

 

Faire l’économie d’un nouveau conflit à l’Afrique

 

L’environnement actuel tant en Afrique que dans le monde n’est certes pas favorable à la révision des Constitutions. Le président des Etats-Unis, Barack Obama, lors de sa visite historique en Afrique l’a encore rappelé sur la tribune de l’Union africaine (UA) dans un discours on ne peut plus humoristique. En déclarant notamment: « Personne n’est au-dessus de la loi, même pas le président (…) Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent rester le plus longtemps (au pouvoir), particulièrement quand ils ont beaucoup d’argent… ». Il a en outre rappelé et réaffirmé ceci : « Quand je suis venu pour la première fois sur le continent en tant que président, j’ai dit que l’Afrique n’avait pas besoin d’homme fort, mais d’institutions fortesL’Union africaine peut être l’une d’elles ».

 

SANS COMMENTAIRE Obama

 

La Charte africaine de la démocratie de 2007 condamnant explicitement les changements qui portent « atteinte aux principes de l’alternance ». Au demeurant, la récente révolution du peuple burkinabé qui a fait tomber, voir fuir l’ex-président Blaise Compaoré de son pays est un précédent dont il faut tenir compte dorénavant dans toute perspective de révision constitutionnelle. Même si aucun contexte sociopolitique n’est transposable nulle part d’un pays à un autre. Il n’empêche que la préférence de la charte africaine en la matière va vers le consensus, à défaut du contraire. Lors du dernier sommet de la francophonie à Dakar, faisant allusion à l’éviction de Blaise Compaoré du pouvoir par une insurrection populaire, le président français, François Hollande, n’a pas manqué de mettre en garde les dirigeants de ces pays africains où « les règles constitutionnelles sont malmenées et où l’alternance est empêchée ». Non sans susciter l’ire de certains chefs d’Etat et diplomates africains.

 

Il n’empêche que pour beaucoup d’Africains, comme l’écrit Pousdem Pickou, « Il faut être d’une surdité absolue et effroyable aujourd’hui en Afrique pour ne pas entendre les clameurs des peuples et surtout de la jeunesse à propos des tripatouillages des Constitutions dont l’objectif premier est de tordre le cou à la démocratie en permettant à des individus, convaincus que sans eux il n’y a point de salut pour leur pays, de régner ad vitam aeternam sur leur peuple. Blaise Compaoré, pour n’avoir pas su décrypter comme il le fallait, le message que véhiculaient ces clameurs, l’a appris à ses dépens ».

 

Alors que la situation au Congo n’en est encore qu’aux joutes verbales, il est temps pour l’Union africaine (UA) et l’organisation sous régionale de l’Afrique centrale de se positionner en véritables soupapes de sûreté pour l’ensemble du peuple congolais. En prenant notamment le devant des choses afin de mettre tous les mécanismes nécessaires en place pour ainsi conjurer le pire scénario d’avance. Les actions de ces différentes institutions seraient d’autant plus salutaires qu’elles auront l’avantage d’anticiper et de prévenir toute dérive éventuelle et ses incalculables conséquences.

 

Par Abdul Yazid

 

 

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