RD CONGO – Interdiction de diffusion du film « L’Homme qui répare les femmes » : Dr Mukwege dénonce le refus du « droit d’accès à l’information »

Acteur principal du film «L'homme qui répare les femmes. La colère d'Hippocrate» interdit de diffusion par le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) sur le sol congolais, Dr Denis Mukwege - qui soigne les femmes violées – affirme que « la censure de ce documentaire met en évidence la volonté du gouvernement de refuser au peuple congolais son droit d'accès à l'information».

 

ACTU Mukwege dnonce 6 PHOTO

 

« Ce film a été fait pour eux. Ce film leur appartient. Son histoire et son droit à la mémoire collective et à la vérité lui sont niés dans le but de mieux le manipuler et le contrôler », s’indigne le célèbre gynécologue et médecin directeur de l’hôpital de Panzi à Bukavu (Sud-Kivu), dans un communiqué du 04 septembre 2015.

 

Le porte-parole du gouvernement congolais, le ministre des Médias Lambert Mende Omalanga, justifie cette décision par « le fait que ledit film véhicule des accusations infondées contre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) à contrario des déclarations enregistrées .par ses réalisateurs de femmes victimes de sévices sexuels qui, indexant des groupes armés irréguliers, ont reconnu avoir été sauvées par lesdites FARDC ».

 

Ce que réfute Denis Mukwege qui trouve « incompréhensible que les témoignages des femmes et des acteurs de la société civile, retraçant la dure réalité vécue par des dizaines de milliers de femmes ces 20 dernières années, mais aussi leur faculté à retrouver la force de vivre avec dignité, puissent inquiéter outre mesure les autorités qui ont pris la décision de l’interdire ».

« Nous vivons en RD Congo dans un climat d’oppression, de dégradation de la situation des droits humains et de rétrécissement de l’espace des libertés fondamentales », a-t-il  aussi dénoncé.

 

Disant garder « espoir que cette mesure d’interdiction sera temporaire, car la vérité, même si elle dérange certains, a toujours vocation à voir le jour », Dr Mukwege se désole que « les autorités congolaises fassent peu de cas de nombreux prix et distinctions internationaux » qu’il « remporte depuis quelques années en guise de reconnaissance de son travail ».

 

Martin Kobler condamne une « atteinte à la liberté d’expression »

 

A la suite la décision du gouvernement congolais, le Représentant du Secrétaire général de l’Onu en RDC. Martin Kobler, a exprimé sa « vive préoccupation quant aux évènements récents qui portent atteinte à la liberté d’expression et qui constituent un net recul pour la promotion des pratiques démocratiques en République démocratique du Congo ».

« La sensibilisation contre ces viols, facteur important dans la lutte contre les violences faites aux femmes, doit nous pousser davantage à lutter contre toute tentative de censure», a souligné le chef de la Monusco.

Dans un communiqué publié vendredi 4 septembre 2015, Martin Kobler qui a exhorté les autorités congolaises « à revoir leur décision », a condamné l’interdiction de diffusion de ce film en RDC.

A son avis, il appartient au public congolais de se faire une idée du drame vécu par des milliers de femmes congolaises victimes de viols ».

 

« Inexplicable »

 

En ce qui le concerne, le réalisateur de ce portrait documentaire avec la journaliste belge Colette Braeckman (photo) estime qu’« il est inexplicable que, après plus de six mois de diffusion intense de par le monde, et après plusieurs mois d’attente d’une autorisation, le film montrant l’action du Docteur Mukwege et les témoignages congolais relatant les massacres de populations civiles et les viols avec extrême violence dont les femmes sont victimes, ne puisse pas être montré à la population congolaise ».

« Mais aussi au personnel de l’hôpital de Panzi et à tous ceux qui ont eu le courage de témoigner dans ce film en RDC », s’étonne Thierry Michel, rappelant que « ce film est en train de faire le tour du monde et a obtenu 7 prix internationaux dans 5 pays et 3 continents ».

 

Le communiqué du ministre Lambert Mende

 

Le Gouvernement de  la République Démocratique du Congo informe le public de sa décision d’interdire la projection sur son territoire du film long métrage intitulé « L ‘Homme qui répare les femmes», co-produit par le réalisateur Thierry Michel et la journaliste Colette Braeckman.

 

Cette décision est motivée par le fait que ledit film véhicule des accusations infondées contre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) à contrario des déclarations enregistrées .par ses réalisateurs de femmes victimes de sévices sexuels qui, indexant des groupes armés irréguliers, ont reconnu avoir été sauvées par lesdites FARDC.

 

Le gouvernement congolais a besoin que la communauté humaine tout entière soit suffisamment sensibilisée contre le phénomène de viol qui dans la partie Est de la RD Congo, est souvent utilisé comme arme de guerre et soutient les interventions salutaires du Docteur Denis Mukwege en faveur des victimes de cette barbarie inqualifiable.

Il ne peut toutefois admettre que cette sensibilisation devienne un outil de désinformation au service de ceux qui veulent discréditer et démoraliser ses forces armées qui ont payé et continuent de payer un lourd tribut pour libérer l’Est du pays des bandes criminelles auteurs de ces atrocités.

 

Cette décision n’est en rien liée aux personnes promotrices du film ou concernées dans le contenu de celui-ci. La preuve, c’est que les réalisateurs dudit film ont joui de toute la liberté dont ils avaient besoin pour leur travail.

Seules les falsifications délibérées des témoignages qui jettent l’opprobre sur les FARDC pour des crimes commis par des groupes armés qu’elles combattent justifient l’interdiction de diffusion.

 

Fait à Kinshasa, le 03 septembre 2015

Lambert Mende Omalanga

 

 

Par Angelo Mobateli

 

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)

 

 

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