SYRIE – L’échec des grandes puissances du monde et de l’ONU

Le conflit syrien qui a fait plusieurs milliers de morts depuis 2011 est aussi en grande partie responsable de l’émergence de l’Etat islamique ou Daech au même titre que celui en Irak. Au-delà des nombreuses contingences intrinsèques à la Syrie et au Proche-Orient, le conflit syrien révèle tout simplement un échec de l’Organisation des Nations unies (ONU) et des grandes puissances du monde à maintenir un certain ordre international. Et cela, uniquement, pour cause d’intérêts divergents.

 

Le président (Tsar) Vladimir Poutine de Russie.Le président (Tsar) Vladimir Poutine de Russie.

 

La montée en puissance de l’Etat islamique ou Daech et ses abominables crimes ou destructions ne doit aucunement faire oublier les origines du conflit syrien. C’est en 2011, à la suite de ce qui est désormais connu sous le nom de « Printemps arab »e et qui a commencé par la chute de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie, que des manifestations contre le régime du président Bachar El Assad éclatent le 15 mars en Syrie. La répression qui s’ensuit est particulièrement violente et l’on y dénombre plusieurs morts. Les manifestants ne lâchent cependant pas la pression et exigent le départ du président Bachar El Assad du pouvoir. Lequel y répond par de nouveaux massacres. A l’Organisation des Nations unies (ONU), la Russie et la Chine opposent leur veto à la condamnation de la communauté internationale sur ce qui se passe en Syrie.

 

Face au refus de tout dialogue et au nombre de victimes qui s’accumulent au fil des manifestations et des jours, des militaires de l’armée régulière désertent pour finalement créer l’Armée syrienne libre (ASL) dont l’objectif est clair : renverser Bachar El Assad pour mettre en place un nouveau régime. Le Colonel Riad Al-Asaad, un ancien Colonel de l’armée syrienne, en prend d’emblée la tête. Ce qui n’était au départ que des manifestations de rue se transforme en une véritable guerre civile qui gagne l’ensemble du pays et qui accumulent ses cadavres au fur et à mesure que les affrontements se multiplient.

 

Progressivement, la Syrie attire des combattants jihadistes étrangers contre le régime en place qui ne lésine d’ailleurs pas sur ses actions militaires en bombardant à l’aveuglette. Rien n’épargne des populations civiles. C’est dans ce contexte que naît en 2013 l’Etat islamique sous la houlette d’Abu Bakr al-Baghdadi, d’abord en Irak avant de s’étendre à la Syrie. L’évolution du conflit ayant fait naître bien avant d’autres mouvements armés et jihadistes affichés ou non contre le régime Assad, notamment le Front Al Nostra, la branche syrienne d’Al Qaida.

 

Manque de discernement des Occidentaux

 

Les grandes puissances occidentales avec la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni en tête avaient pensé qu’il leur suffirait de hausser le ton vis-à-vis du président syrien Bachar El Assad pour qu’il cède à leurs injonctions. Sans compter avec l’appui indéfectible de l’autre grande puissance mondiale qu’est la Russie qui lui alliée. Laquelle Russie peut tout aussi compter sur le coup de pouce de la grande Chine en cas de besoin pour contrebalancer  le poids de l’Occident avec lequel ces anciens du bloc socialiste du temps de la guerre froide ont sans doute encore quelques comptes à solder. Le nouveau Tsar de Russie, Vladimir Poutine, qui n’a toujours pas digéré l’effondrement de l’ancienne Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) qu’il impute à l’Occident, tient là toute sa chance de démontrer à cet Occident que la Russie est toujours forte. A défaut de ressouder l’ancien empire.

 

Même lorsque son protégé, Bachar El Assad, franchit la ligne rouge du président américain Barack Obama en gazant ses propres population à l’arme chimique, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux ne se contenteront que de peu: un désarmement chimique via l’ONU et son Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Mais qui ne prive point Bachar El Assad de l’essentiel de sa force de frappe. Une mince consolation qui n’empêche d’ailleurs le régime Assad de continuer à faire usage d’armes non conventionnelles et notamment chimique. De l’ex Secrétaire général de l’ONU, Koffi Anan, à l’actuel Ban Ki-Moon; le droit de veto de la Russie et de son allié chinois constitueront les boucliers contre lesquels l’Occident ne pourra pas faire grand-chose. L’intervention de la Russie en Ukraine avec ses conséquences politico-diplomatiques ne va pas arranger les choses. Bien au contraire.

 

Coalition Assad-Poutine contre l’Occident

 

Le régime du président syrien Bachar el Assad serait déjà tombé depuis si la Russie ne l’avait pas soutenu à bout de bras. Et peut-être même qu’on aurait évité l’apparition de l’Etat islamique (EI) ou Daech par la même occasion. Après avoir fait massacrer ses concitoyens, Bachar el Assad s’est fait fort du soutien de Vladimir Poutine pour consolider son pouvoir. En montrant du doigt des groupes jihadistes et terroristes dont l’apparition et la propagation n’est pas étrangère à une stratégie de la terre brûlée comme le pire à combattre. Quant à la Russie, fidèle à son soutien et à sa position vis-à-vis de l’Occident, elle a fait feu de tout bois pour contrer diplomatiquement et militairement ses adversaires occidentaux sur tous les terrains.

 

Et comme on peut maintenant le constater dans le contexte géopolitique actuel, la Russie joue les gros bras. Difficile de dire combien de temps encore. Mais l’Europe, elle, se cherche encore ses muscles, si tant est qu’elle en a encore. Le Tsar du Kremlin, Vladimir Poutine, rêve d’une nouvelle Russie sinon tout aussi grande que l’ancienne du moins aussi puissante dans le contexte international actuel. Tout comme l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) l’étaient du temps de la guerre froide.

 

Récemment, il a fait convoyer  des hommes et des armements pour renforcer sa présence dans ce pays stratégique pour sa présence au Proche-Orient. La Russie n’est pas présente en Syrie pour lutter au prime abord contre des jihadistes qui sont eux aussi contre l’Occident, mais pour défendre ses propres intérêts qui sont intimement liés au maintien de Bachar El Assad au pouvoir. Ce que beaucoup d’occidentaux ne semblent pas comprendre et qui prennent Vladimir Poutine comme le « Robin des Bois » des temps modernes. A la différence néanmoins que personne de ceux qui applaudissent en Occident les gesticulations de Poutine ne serait prêt à abandonner son pays pour aller vivre les réalités des Russes sous le régime du nouveau Tsar de Russie. A moins d’être dans les bonnes grâces de Poutine.

 

Stratégie du chaos et montée en puissance de l’Etat islamique

 

Il est difficile aujourd’hui de ne pas imaginer une stratégie savamment orchestré par le président russe et son allié syrien pour infiltrer l’Etat islamique ou Daech et le faire monter en puissance. De quelque manière que ce soit. Objectif final : exhiber la menace jihadiste et terroriste au monde entier afin de mobiliser les opinions en faveur d’un quelconque dialogue avec Bachar El Assad en même temps que l’engagement russe serait plutôt vu d’un bon œil. Le schéma n’est pas seulement plausible et il semble aussi avoir bien pris, à en juger par les réactions de par le monde face à la crise syrienne. Surtout depuis l’afflux des migrants en Europe et la multiplication des massacres et autres destructions de l’Etat islamique.

 

« Il faudra bien finir par négocier » avec le président syrien Bachar el Assad. Cette petite phrase du Secrétaire d’Etat américain, John Kerry, sur la situation en Syrie n’a  pas fini de susciter des commentaires aussi bien dans les milieux médiatiques que politiques et diplomatiques. Lâchée volontairement ou non il y a quelque temps, elle aura permis de jauger les positions des uns et des autres. Même l’Allemagne d’Angela Merkel n’est plus tout à fait hostile à une telle option.

 

Pour la France, il est carrément hors de question de négocier avec le tyran de Damas qui a fait usage d’armes chimiques contre sa propre population. Le président français, François Hollande, a d’ailleurs réaffirmé la position de la France au lendemain de la visite privée en Syrie de quelques parlementaires français. Seulement voilà : tant que l’Occident ne réussira pas à infléchir la position de la Russie de Vladimir Poutine, il n’y aura rien à espérer du président syrien. Mais pour l’Occident, la question n’est pas pour le moment de choisir entre l’Etat islamique et Bachar El Assad. Là, se situe le dilemme. En attendant, c’est la Russie de Vladimir Poutine qui reste à la manoeuvre. Et l’Occident, littéralement désorienté et déboussolé, incapable ni d’élaborer ni de s’entendre sur une stratégie cohérente et efficace continue à s’étriper quant à l’accueil des migrants qui, eux, ne cessent de fuir un pays qui ne leur offre plus de choix que la fuite et l’exil. Advienne que pourra.

 

 Par Tcha Sakaro

 

 

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