MUSIQUE – Stromae, de la belgitude à ses origines africaines

Stromae, c’est l’auteur de « Papaoutai » et de « Formidable », deux des plus célèbres tubes en vogue depuis l’été 2013. Stromae, c’est le métis aux yeux verts, dégingandé, les oreilles en éventail aux costumes étriqués, des chaussettes montantes et des chemises à motif de papier peint. Stromae, enfin, c’est le Rwandais de père et le Belge de mère, qui dissimule mal cet hybridisme bien plus intrinsèque que physique.

 

StromaeStromae ou le maestro faiseur de tubes à succès.

 

On ne le dira jamais assez. Non seulement l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt mais aussi et surtout à ceux qui réussissent à transformer en leur faveur les difficultés de tout début. Comme Myriam Makéba, Cesaria Evora et Corneille, Stromae aussi a connu, à moins de 10 ans, la vie d’orphelin de père. Cependant, déjà à 24 ans, en 2009, le belgo-rwandais, avec son célébrissime Alors on danse, raflait les nominations de la sphère discographique à tous les échelons. Stromae, Paul Van Haver à l’état-civil,  est né le 12 mars 1985 à Etterbeek en Belgique de père rwandais, architecte, et de mère belge originaire de Flandre.

 

Au mois d’avril 1994, le père de l’artiste trouve la mort lors de la guerre civile qui opposait les tutsi aux hutu du Rwanda.  Ce précoce départ de « papa » hante la quasi-totalité de ses productions. C’est en effet cette absence paternelle qu’il exprime à travers Papaoutai, son tube qui a tenu le haut du pavé dans tous les classements de l’été 2013. «Où est ton papa ?/Dis-moi où est ton papa ?/Sans même devoir lui parler/Il sait ce qui ne va pas/Ah sacré papa/Dis-moi où es-tu caché ? »

 

Son père qui était très peu présent comptait moins dans sa vie. Il ne lui reproche rien, c’est seulement un fait. Il était peu présent, à tel point que le chanteur qui n’avait que 8 ou 9 ans, n’a appris sa mort que lorsqu’il était adolescent. Sa mère ne sachant pas vraiment comment lui annoncer la triste nouvelle, n’a pas osé lui en parler avant un bon moment. Il affirme d’ailleurs que lorsqu’il a été mis au courant, il n’a pas énormément souffert, car il était comme préparé depuis longtemps à cause de son absence. C’est seulement adulte que Stromae s’est rendu compte qu’il ressentait de la tristesse pour ce père disparu, qu’il n’aura jamais la chance de connaître et avec qui il n’aura jamais l’occasion de rattraper le temps perdu.

 

N’ayant pas eu de modèle paternel, il s’interroge à présent sur sa propre paternité. « Il est parti tout de suite. C’était un coureur, un dragueur. J’ai appris bien après que j’avais des demi-frères et des demi-sœurs. Il était architecte et faisait des allers-retours entre la Belgique et le Rwanda. J’ai dû le voir vingt fois dans ma vie et il est mort pendant le génocide rwandais. Mais il avait déjà disparu pour moi. »  C’est ainsi qu’il se trouve, comme ses autres trois frères et sœur, à la charge de maman. Des paroles fortes pour cet enfant qui a été élevé par sa mère avec ses trois frères. Stromae a tout simplement fait de Papaou­tai son exutoire. Comme il aime le préciser,  « pour le clip, je n’ai pas voulu tomber dans le misé­ra­bi­lisme. C’est pour ça qu’il est très coloré avec des danseurs et moi qui fait le papa immobile. »

 

Comme Cesaria Evora, la Diva aux pieds nus, Stromae aussi a connu l’internat. Sa mère, l’unique artisane de son éducation, n’a pas eu les moyens de l’aider à achever ses rêves : faire les études universitaires dans le cinéma. Du coup, il aura à « taffer pendant un an chez Quick », un restaurateur du fast food belge.

 

Stromae et l’Afrique, un cordon ombilical dur à couper

 

Aucun autre lien ne peut supplanter celui du sang qui unit les descendants et la terre d’origine. Les relations de Paul Van Haver avec son Afrique paternelle auront beau souffrir de tous les maux, mais ne peuvent être rompues. Pour Stromae, l’Afrique c’est le Rwanda paternel, pays où il ne s’est rendu qu’une fois dans son enfance. Mais son séjour s’est mal terminé par une fièvre paludique qu’il viendra surmonter au pays de maman, la Belgique. L’Afrique pour lui, c’est aussi, le côté dominant, la source intarissable de rythmes musicaux. Adolescent, à des milliers de kilomètres du continent, il raconte qu’« en général, on se réunit entre Congolais, Rwandais et Camerounais. On écoute toujours le même style de musique, de la rumba congolaise, du Papa Wemba ou du Koffi », deux chanteurs-compositeurs congolais.

 

Il se définit d’ailleurs comme un Africain, mais pas que Rwandais : «je suis 30% Rwandais, 30% Congolais et 40% Africain ». Elevé par sa mère en Belgique, il confie qu’il a vécu le génocide rwandais uniquement par l’intermédiaire de sa tante qui est comme une deuxième maman pour lui. Stromae a pris conscience de sa différence de couleur de peau, seulement en arrivant à l’internat, vers l’adolescence. Mais c’est plus la différence de milieu social qui l’a interpelé. Malgré tous ses souvenirs des moins gaies, il n’occulte pas l’Afrique dans ses agendas de tournée. Après la Tunisie avec son premier album Cheese, c’est le tour du Sénégal et du Congo en Afrique dès avril 2015 avec son deuxième album Racine carrée. Il faut préciser que pour raison de santé, sa dernière destination africaine n’a pas tenu. Enfin, Stromae a également consacré à sa ‘’grande sœur et consœur’’ capverdienne, Cesaria Evora, un single à titre posthume, Ave Cesaria.

 

Stromae ou le Maestro faiseur de tubes à succès

 

Chez Stromae, tout est affaire de maestria ou plus exactement de Maestro. D’abord le nom. Stromae signifie « maestro » en verlan (un jeu de déplacement de syllabe). Et ce nom d’artiste résume mieux le génie, le talent, l’esprit de créativité et d’innovation qu’on retrouve chez les « maîtres ». Car il est passé maître dans l’art d’électriser les foules ! Et c’est à juste titre qu’il a commencé sa carrière par des enregistrements de vidéos  qu’il intitule Les leçons de Stromae. Ces dernières postées en ligne sur les réseaux sociaux, notamment Youtube et Myspace, battent le record des nombres de vues.

 

Stromae PHOTO 2

 

Après avoir composé pour des artistes de renom tels que Melissa M, Kery James ou encore Anggun, il sort deux premiers singles, Alors on danse et Up saw liz, en prélude à son premier album, sorti le 21 juin 2010 dans les bacs et le 14 juin en numérique, Cheese. Avec ce premier, il a remporté plus de sept récompenses avec une vente qui avoisine les 2 millions. Trois en plus tard, soit en 2013, il viendra, et cette fois-ci en « homme mur » imposer à toute la discographie et aux mélomanes, Racine carrée, son deuxième album. Ce dernier a atteint 370.000 exemplaires écoulés en France, et figure déjà sur le podium des meilleures ventes d’albums de l’année. Notons aussi que les titres tels que Papaoutai, Formidable défient tous les records de pronostics de vues sur la toile et de vente.

 

A la date d’aujourd’hui, dans son palmarès de récompenses pour Racine carrée, il tend vers la vingtaine. Ensuite, Mosaert. C’est le nom du label musical et de la ligne de vêtement qu’il a créés. Encore un mot formé à partir de Maestro. Enfin, Stromae c’est un grand type dégingandé et longiligne, un métis belgo-rwandais portant costard et nœud papillon assorti, mocassins colorés, polos géométriques et chemises à col à motifs de papier peint – bleu indigo, jaune canari, rouge carmin. Ses collages musicaux sont à la mesure de ce corps incongru, de ses oreilles décollées, de sa taille de gazelle. « J’ai, dit-il, un physique androgyne, j’ai trois poils, un blond, un gris, un brun. A raser tout le temps. »

 

Stromae chante tous les domaines de la vie, avec une capacité étonnante à supprimer les illusions humaines qui nous ont bercé dès l’enfance, pour nous faire éclater les vérités au visage. Aucune vulgarité ne s’échappe de la bouche de Stromae qui se contente de chanter la vie comme il la vit.

 

Par Ghislain Gandjonon

 

 

 

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