SENEGAL – Du bon usage du « Fadagate »

SENENEWS.COM- Face au retentissement du cafouillage dans la désignation du président de groupe parlementaire d’opposition, la coalition au pouvoir s’emmêle les pinceaux et  prête le flanc au procès en manipulation que nombre d’acteurs lui intentent déjà.

 

Macky Sall le président du Sénégal.Macky Sall le président du Sénégal.

 

Mais cette désignation, déjà fragilisée par la procédure d’exclusion du député Modou Diagne Fada déclenchée par le PDS et par la bronca du cadre de l’opposition (qui réunit les partis les plus représentatifs de l’opposition), ne garantit nullement à la coalition au pouvoir la quiétude nécessaire au travail législatif et politique dont le pays a besoin pour les derniers mois décisifs avant l’élection de 2017, si tant est que ses desseins ne sont pas justement d’instituer un rapport de force en vue des échéances à venir.

 

Tout indique au contraire que la coalition Benno Bokk Yaakar du président Macky Sall va devoir se battre non pas pour sa survie mais pour instaurer les conditions de la confiance et de la transparence indispensables au développement du pays, même si elle semble avoir les reins assez solides pour y parvenir.

 

Mais à quel prix ?

 

Car l’affaire ne secoue pas seulement la locomotive réformatrice qu’a été le parti de l’ancien président, lui-même fer de lance de la démocratisation du pays. Elle entache la réputation républicaine si précieuse d’un nouveau régime qui a fait de l’Etat de droit son meilleur atout stratégique. Au-delà, elle met en cause toute l’orientation progressiste de la coalition au pouvoir en distillant le soupçon sur les probables pratiques de « tripatouillage » maintenues voire amplifiées par un régime qui s’est fait élire sur le respect des règles démocratiques malmenées par l’ancien pouvoir.

 

En pleine préparation des scénarios constitutionnels et politiques nécessaires pour respecter l’engagement présidentiel de réduire son mandat à 2017, les partisans de la coalition avaient t-ils besoin de renforcer une opposition encore exsangue mais que l’injustice peut remobiliser ?

 

Les voilà confrontés à la divulgation d’une manipulation à grande échelle sur la légitimité voire la légalité d’une décision qui risque de créer un précédent fâcheux pour le fonctionnement de l’assemblée nationale sénégalaise. Une manipulation qui va ruiner tous les efforts techniques et de communication pour accréditer l’idée de « la bonne gouvernance » chère au président Sall.

 

Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition s’engouffre dans la brèche. La pluie de procédures de contestation qui va s’abattre sur le bureau de l’assemblée nationale, mais aussi le rapport de force que les députés dépités envisagent d’instaurer, augure une période sombre pour cette institution névralgique.

 

Fada en valait-il le coup ? On peut en douter. La tension politique va aller crescendo. Le parti démocratique sénégalais et ses alliés du moment n’en seront que revitalisés. Avec des conséquences sur le climat social et politique que personne ne peut souhaiter. À l’inverse, le « Fadagate » peut être l’amorce d’un assainissement.

 

Un grand coup de balai semble en tout cas nécessaire.

 

A commencer par une mise à plat de la gestion des partis politiques. Il n’a échappé à personne que c’est la fronde menée très légitimement par le député Modou Diagne Fada, à l’encontre du secrétaire général du PDS, qui lui vaut contestation et exclusion. Même s’il est vrai que son maintien comme président de groupe, «toujours membre» d’un parti qui l’a exclu, accrédite l’idée d’une entente tacite dont l’opposition se croit, à juste titre, la victime. L’histoire des partis politiques sénégalais reste décidément gangrenée par une incapacité congénitale à préparer la relève dans des conditions de transparence connues et respectées par tous. Il faudra aussi un réexamen approfondi des règles du fonctionnement de l’assemblée nationale et, surtout, des procédures de désignation manifestement floues et inconnues aussi bien des acteurs que des citoyens sénégalais.

 

Inévitablement ce « Fadagate» pèsera sur les reconfigurations politiques préélectorales, en hâtant la transition vers une nouvelle génération d’acteurs que la réussite soudaine et spectaculaire de Macky Sall a enhardie.

 

KSD (Editorial)

 

Source: Senenews (Sénégal)

 

 

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