SWAZILAND – Une Suisse africaine où se prélasse le lion

Est-ce l'Afrique ou plutôt un petit coin de Suisse, perdu en Afrique, entre Afrique du Sud et Mozambique ? Sur les hauteurs verdoyantes, des vaches paissent. Des routes bien bitumées sillonnent un pays dès plus paisibles. Même la capitale, Mbabane, a des airs de sous-préfecture. L'air est peu pollué. Le paludisme est moins présent que dans la plupart des autres régions du continent. Depuis son indépendance, en 1968, cette ancienne colonie britannique n'a jamais connu la guerre. Fait rare dans un pays africain.

Mwsati III Mwsati III

“Pour nous, c’est un havre de paix”, m’explique un Sud-Africain venu pour le week-end. Au temps de l’apartheid, le Swaziland était déjà un lieu de villégiature pour les Sud-Africains blancs. Mais ils s’y rendaient pour des raisons peu avouables. “Ils venaient coucher avec des femmes noires”, m’affirme un Swazi. Ce qui était interdit en Afrique du Sud et pouvait entraîner une condamnation à de lourdes peines de prison.

 

SwazilandAutre particularité de cette terre enclavée en Afrique du Sud, c’est la seule monarchie absolue d’Afrique sub-saharienne. Un parlement est élu, mais c’est toujours le roi qui gouverne d’une main de fer. Il nomme le Premier ministre parmi les membres de son clan familial. L’un de ses ministres a été limogé parce qu’il avait osé chasser le lion sur les terres royales sans autorisation.

 

“Mais il est difficile de ne pas empiéter sur les propriétés du monarque puisque le pays lui appartient”, ironise à voix basse un instituteur swazi. Toute critique de Mwsati III relève du crime de lèse-majesté. Le roi a acheté un avion privé pour 45 millions de dollars, l’équivalent du budget annuel de la santé de ce pays d’un million et demi d’habitants. Le roi possède un parc automobile particulièrement fourni, avec des véhicules qui coûtent près d’un demi-million de dollars. Le “lion”, surnom donné à leur monarque par les Swazis, “possède” également une dizaine d’épouses.

 

Chaque année, à la fin de l’été, il est habilité à en choisir une nouvelle lors de la “fête des roseaux”. Des milliers de jeunes vierges dansent alors pour le roi. Elles brandissent des roseaux venus de leur région d’origine. Mswati III effectue alors son choix. Mais les mœurs évoluent. Après une fête des roseaux, le roi avait fait récupérer sa nouvelle épouse à la sortie de son école. La mère de la jeune femme a porté plainte car elle n’avait pas été prévenue. Finalement, elle a accordé la main de sa fille. À chaque fois, Mswati III offre une dot : une vache prélevée dans ses vastes troupeaux.

 

La plupart des sujets de Mswati III sont légitimistes. “Ce sont nos traditions. Le roi détient le pouvoir de tout temps. Nous n’avons pas de raisons d’y renoncer ”, avoue un jeune serveur. Pourtant, beaucoup trouvent que le roi n’est pas toujours à la hauteur : “Il ne fait rien pour inciter les hommes à la prudence, alors même que nous sommes le pays le plus touché au monde par le sida”, explique Cynthia, une jeune femme touchée par le virus.
Face à ces critiques, Mswati a pris des mesures drastiques : un décret royal stipule que les filles doivent rester vierges jusqu’à 19 ans. Elles ne sont plus autorisées à avoir des contacts avec les hommes et doivent porter des glands bleus et jaunes afin d’inciter ces derniers à se tenir à distance. Ces mesures agacent d’autant plus que Mswati III a épousé une vierge de 18 ans. Et s’est juste imposé une amende très légère pour lui : le paiement du bœuf. À deux pas de la très moderne et très progressiste Afrique du Sud, le Swaziland et ses étranges coutumes ne cessent d’étonner. Mais le pays vaut bien un détour.

 

Pierre Cherruau

Source : Ulysse

 

 

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