Attentats à Paris : Charlie Hebdo et le vendredi 13

 

Khal Torabully

Si dans le cas de Charlie Hebdo, les frères Kouachi s’attaquaient à un symbole de la « liberté de caricaturer de tout », ici, le terrorisme s’attaquait aux gens dans la rue, à la terrasse des cafés, dans une salle de concert. Le choc en France était historique et sur le plan du ressenti, on ne s’attaquait plus à un symbole, comme ça l’était dans le cas de Charlie Hebdo, mais à la population, à la nation française. Je me suis mis à scruter les messages sur les réseaux sociaux, le discours médiatique, et aussi, à tâter les pouls des Français dans la rue. Alors qu’on aurait pu assister à un déferlement sans précédent de la haine de l’autre et de l’islamophobie, il était salutaire de constater, qu’en dépit des dérives inévitables – des mosquées ont été taguées et souillées, des individus agressés et insultés – le ton général était que, « nous sommes atteints par des terroristes, mais faisons la part des choses ». Lecture…

 

Les fruits d’une réflexion de fond ?

 

Je pense que pour les événements du vendredi 13, on a tiré quelques leçons de l’après Charlie. Même si l’état d’urgence a empêché des manifestations de foules, contenant tout un chacun chez lui (ce sont les médias, les appels téléphoniques et les réseaux sociaux qui ont joué le rôle d’exutoires et non pas seulement des manifestations spontanées de masse), ce facteur n’explique pas tout. Je crois que le travail des autorités et des associations contre les amalgames après Charlie, ont traversé en profondeur la société française. J’ai personnellement assisté, par exemple, à une réunion avec M. Michel Delpuech, le Préfet du Rhône, qui insistait pour que l’on « apprenne les grandes lignes des religions dès l’école primaire », afin de mettre en perspective le défi du vivre-ensemble au sein de la société française.

 

Les autorités et les citoyens ont compris que les altérités étaient un des aspects essentiels pour lutter contre les radicalisations et crispations identitaires. Oui, quelque chose avait bougé après le 13 novembre, c’est une « inflexion » sensible que je signale, discursive, civile et politique aussi. Les télévisions ont aussi, dans leur grand ensemble, tenu un discours beaucoup plus rassembleur, donnant, sur leurs plateaux des directs qu’elles ont improvisés, davantage la parole à une perception contrastée du terrorisme, refusant la simplification et la mise au ban de la communauté musulmane de France. Autre élément discursif de taille : si depuis un certain temps, on a assisté à une libération de la parole xénophobe (on a comparé la Ministre de la Justice Christiane Taubira à une guenon à plusieurs reprises) et islamophobe dans l’Hexagone, lors de ces attentats du 13 novembre, je peux souligner que nous avons assisté à la libération d’une parole musulmane décomplexée face au terrorisme et aux extrémismes. J’ai pu le constater dans deux événements symboliques. Recueillement à Bellecour, prières à la Grande Mosquée de Lyon.

 

Comme beaucoup de Lyonnais, je me suis recueilli à la Place Bellecour le samedi soir, pour un hommage aux victimes, mais aussi, pour dire mon refus de ces meurtres crapuleux. Les personnes, de tout âge, de toutes origines, allumaient des bougies ou écrivaient à la craie sur le socle du monument dédié à Louis XIV, ou sur le sol. Je fis le tour de ces inscriptions griffonnées sur le vif. Je lis sur le sol des marques de sympathie, tels que « London/Casablanca/Lyon… with Paris », ou encore « Amour et solidarité », ou « Paris, Beirut, Gaza, all victims ». D’autres témoignages parlaient de s’unir contre la violence. Une citation du Coran était recopiée : « Celui qui tue un humain tue toute l’humanité, celui qui sauve un humain, sauve toute l’humanité ». Rassemblement très digne, où toute la diversité française était présente, sans stigmatisation. J’ai ressenti un fort besoin de la part de chacun de se retrouver pour conjurer le malheur, faire front contre un monstre qui a surgi des tréfonds de la bêtise humaine.

 

Le lendemain, vu que l’état d’urgence empêchait tout défilé, des hommages spontanés étaient rendus aux victimes un peu partout. Je me rendis donc à une émouvante cérémonie œcuménique qui s’est tenue à 15h30 à la grande Mosquée de Lyon. Imams, prêtre, pasteur, rabbin… des responsables politiques, des journalistes, des citoyens et citoyennes, musulmans ou non, de tous horizons ont tenu à rejeter la barbarie, et prier pour les victimes des attentats. Ils ont tous fait une prière dans le même sens : hommage aux victimes, union des citoyens et citoyennes à toute épreuve. Ils étaient nombreux, compte tenu que c’était un rassemblement spontané. Cet événement, couvert par les télés, dont M6 (on peut voir l’émission en streaming, JT de 19h45), TLM (19h45), radio KTO et d’autres médias, reflète la volonté de la communauté nationale de s’unir dans la douleur et de dire NON aux violences meurtrières commises au nom de la religion. Cette cérémonie fraternelle était belle, émouvante et offre l’espoir que les lumières vaincront la haine de certains, qui, je cite Kamel Kabtane, grand recteur de la mosquée, « veulent semer le chaos entre les Français ». Se diviser servirait à leur donner raison…

 

Dans cette communion, les responsables religieux ont tenu un discours ferme pour la paix et la compréhension, dont Christian Delorme, un prêtre remarquable que je connais bien et Azzedine Gazzi, imam de Villeurbanne. Les responsables politiques lyonnais présents ont rappelé que Lyon, comme l’avait dit le Général de Gaulle après la Guerre, était la capitale de la Résistance. « Elle l’est encore, ce jour, face aux amalgames et aux criminels qui ont perverti les messages de paix et de miséricorde ». Un message d’espoir de cette belle ville qui a longtemps pratiqué le dialogue inter-religieux… Les non-musulmans présents ont exprimé qu’il était important pour eux d’être à la mosquée pour rejeter tout opprobre et amalgames entre terroristes et croyants.

 

Les symboles, les paroles de soutien et de rejet de la haine

 

N’oublions pas que le tout premier chef d’état qui s’est rendu à l’Élysée le samedi 14 fut le président tunisien Béji Caïd Essebsi, qui a condamné les attentats : « La Tunisie condamne énergiquement ces agissements barbares et elle appelle tous les peuples épris de liberté à coordonner leurs efforts contre ce mal ». Son pays avait aussi été frappé par des attentats meurtriers au musée du Bardo en mars, puis dans un hôtel de la station balnéaire de Port el Kantaoui en juin. Très tôt, sur les réseaux sociaux, de même que sur des plateaux télévisés, on rappela que la barbarie de Daesh avait fait cent mille victimes musulmanes, en Syrie, Irak, Turquie, Tunisie et récemment, au Liban. Très vite aussi, le roi du Maroc, pays qui fut aussi attaqué par l’intégrisme, se joignait à la Tunisie, en appelant une coopération internationale contre le terrorisme. Et parmi les victimes parisiennes, la terreur aveugle avait aussi massacré des musulmans, sans distinction aucune.

 

C’est une constatation d’importance que je signale. Très tôt, les musulmans ont affiché leur condamnation de ces faits odieux. L’amalgame n’est plus permis entre les premières victimes des terroristes et le terrorisme, sauf pour les irréductibles et ceux qui capitalisent sur ces attentats pour des gains électoraux. Car, très audiblement, les musulmans se sont approprié des qualificatifs, « barbares », « monstres » et « psychopathes », parmi les plus courants, pour condamner les fous sanguinaires de Daech, rappelant, très justement, qu’ils en sont les premières victimes et qu’ils en ont assez d’être pris entre deux feux contradictoires… Cela est assez bien relayé par les médias, les réseaux sociaux, qui, en général, reflètent cette ouverture à l’autre.

 

Par Khal Torabully

 

Source : http://www.lemauricien.com

 

Le Mauricien (Maurice)

 

 

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