ATTENTATS DE PARIS – Le groupe Etat islamique (EI) et la faillite de la gouvernance internationale

 

Le président français, François Hollande.Le président français, François Hollande.

 

Au lendemain des multiples attentats terroristes perpétrés à Paris le 13 novembre dernier et revendiqués par le groupe Etat islamique ou Daech, la France et les Français se posent encore beaucoup de questions. De toutes ces interrogations, celle de savoir notamment de quoi sera fait demain est certainement la plus préoccupante. Il s’agit en effet de savoir si le pire est encore à venir, face à la multiplication du nombre des radicalisés en France même et des appels de l’Etat islamique à des actes de terreurs…ou comment s’y prendre dorénavant.

 

En attendant des réponses à ces questions, la France pleure ses morts. Et le monde entier avec elle. En témoignent les nombreux messages exprimés de différentes manières pour dire la profonde solidarité et compassion des autres pays et peuples du monde entier à l’égard du peuple français. Dans cette tragédie qui aura coûté plus de 130 morts et de nombreux blessés à la France, ce sont les fondamentaux même de l’humanité qui sont mis à l’épreuve. La barbarie de l’Etat islamique qui surpasse en cela toutes les barbaries des organisations du genre connues ces dernières années, part du Moyen-Orient pour étendre ses tentacules jusqu’en Afrique. En utilisant des moyens financiers et matériels énormes dont il convient de se demander comment et où il s’en procure.

 

Certains spécialistes et experts laissent entendre que l’Etat islamique est une nébuleuse dont on ne sait pas grand-chose. Soit. L’on connaît cependant les pays dans lesquels l’Etat islamique siège, là où ses organisations affiliées sont implantées, les chefs, etc. Et surtout l’idéologie que cette organisation prône. Aussi, est-on en droit de se demander comment pourrait-on encore s’accommoder d’une quelconque complaisance, quelle qu’elle soit, vis-à-vis de tous ceux qui participent (Etats tiers, individus, sociétés, etc.) à entretenir d’une manière ou d’une autre des relations avec cette soi-disant nébuleuse islamo-terroriste. En l’occurrence, ceux qui font commerce avec ce groupe en achetant son pétrole, ceux qui gardent et gèrent son argent…

 

Si l’Etat islamique n’est pas né en Syrie, il y a aujourd’hui son quartier général. Car, il faut bien le dire, la guerre en Syrie a contribué à enraciner cette organisation terroriste à caractère confessionnel devant l’inertie et la défaillance de la gouvernance internationale.

 

La Syrie est aujourd’hui le terrain international sur lequel le spectre de l’ancienne guerre froide entre l’Occident et la Russie se prolonge. Et elle est à la fois cause et conséquence de la montée en puissance que l’Etat islamique a gagnée en quelques années seulement. Depuis que le rôle de l’ONU a été littéralement affaibli par les grandes puissances et que cette organisation est réduite à n’être plus que le théâtre d’affrontements géopolitiques de ses membres détenteurs du droit de veto, il n’y a plus que les rapports de force des grandes puissances qui comptent. Rien d’étonnant donc si l’ONU a été incapable de proposer une alternative de sortie de crise au conflit syro-syrien face au soutien clair et indéfectible du président russe Vladimir Poutine à son protégé Bachar El Assad. Et que l’Occident, à savoir les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne pour ne citer que ces pays-là, a tergiversé pour soutenir l’opposition politique et pro-démocratique syrienne.

 

L’Etat islamique a ainsi su profiter de cette situation de chaos en Syrie pour s’y introduire et s’enraciner. Non sans l’aide indirecte et implicite du régime syrien qui y a trouvé là une occasion de jouer sa survie. En désignant tous ceux qui ont pris les armes contre lui comme des terroristes de l’Etat islamique ou autres groupes islamistes radicaux qui menacent aussi bien son pouvoir que l’Occident, alors même qu’il gazait à l’arme chimique ses propres concitoyens. Mais au fond, c’est qu’en faisant preuve d’atermoiements quant au soutien à apporter aux combattants opposés à Bachar El Assad aux premières heures de l’insurrection, l’Occident n’a rien fait de mieux qu’à contribuer à pousser un bon nombre de combattants dans les bras de l’Etat islamique. Logique de guerre ou jeu d’alliances de terrain quand rien ne va plus, la tactique est simple à comprendre mais difficile à accepter.

 

Il s’avère pourtant assez surprenant que la politique de Vladimir Poutine (qui a fait annexer la Crimée) et qui joue un rôle bien trouble en Ukraine et tout autant en Syrie passe pour être applaudie par bien des gens en Occident. Au motif qu’il lutte contre le groupe Etat islamique lors même qu’il ne soutient que le régime syrien . L’Occident qui prétend défendre un certain nombre de valeurs ne doit pas se confondre en adversaire de ces mêmes valeurs dès lors qu’il s’agit d’autres peuples. Car tous les peuples du monde méritent de choisir librement leurs dirigeants. Y compris ceux de Syrie, d’Afrique ou d’ailleurs. A la différence des pays d’Afrique, la Syrie n’est pas un pays pour lequel les intérêts géostratégiques des unes et des autres des grandes puissances leur permettent de s’accorder assez facilement et rapidement pour aller y intervenir. Comme en Libye, avec ou sans le consentement de l’Union africaine (UA). Voire !

 

Par son soutien à Barchar El Assad, il s’agit d’un seul pays – la Russie – et non d’un continent qui a interdit à ce qu’on qualifie par le terme de communauté internationale de bouger son petit doigt. Il faut dire que Vladimir Poutine défend non seulement les intérêts géostratégiques de la Russie mais aussi son propre régime par procuration. A y regarder de près, la Russie n’est pas plus démocratique que bien des pays africains dont en Occident l’on dit avec une facilité déconcertante et condescendante qu’ils ne sont pas démocratiques. Ou qu’ils sont des dictatures, pour appeler un chat un chat. Il y a certes des dizaines de dictateurs en Afrique. Mais bien des dirigeants d’autres continents, à y regarder de près, des monarchies pétrolières du Golfe à l’Asie en passant par l’Europe ne diffèrent guère des dictateurs africains à franchement parler.

 

La France et en particulier Paris martyrisée doit savoir rester debout, sans céder à la panique, face à l’ennemi commun. Elle doit savoir raison garder aussi afin d’éviter les amalgames que pourraient susciter une épreuve aussi dure comme celle que le pays a vécue ce 13 novembre 2015. L’objectif de l’Etat islamique est clair : susciter un sentiment de haine d’une partie des citoyens contre les musulmans des pays qu’ils attaquent pour s’attirer la sympathie et grossir les rangs de son armée. Si les vrais manipulateurs de cette nébuleuse sont encore masqués, elle n’ambitionne pas moins en revanche de conquérir le monde. A force de terreur et de barbarie d’un autre âge, elle entretient cette folle utopie d’une nouvelle expansion djihadiste. Certes, la réponse la plus efficace contre les menaces de l’Etat islamique ne pourra être qu’internationale. Mais dans ce combat, il y a les valeurs de la République française – démocratie et droits de l’homme – qui ne sauraient être à géométrie variable ou sacrifiées sur l’autel de quelque action géopolitique que ce soit. Et c’est ce qui donnera plus de lisibilité à la politique extérieure de la France.

 

Par Abdul Yazid

 

 

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