BENIN – Bons baisers de Jean Michel Abimbola

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

L’ancien Ministre de la Culture, Jean Michel Abimbola est un homme facétieux. Derrière son flegme habituel, son élégance occidentale, son français châtié, il avait, sur la langue, bien d’amabilités épicées à faire entendre à Yayi Boni, mais son appartenance à la mouvance présidentielle ne lui avait jamais permis de les vocaliser au grand jour. Non pas qu’il détestait son mentor au point d’être tenté de lui allonger des savates là où il faut. Mais les petits meurtres que son chef opérait sur les affaires de l’État, lui sortaient de partout. D’ailleurs, quand je le rencontrais dans le cadre strictement culturel, ses propos, plutôt économes, trahissaient les idées médiocres qu’il avait de lui.

 

Mais, plutôt que de démissionner et d’aller, avec vouvouzela et tout le tintouin, dire toute l’horreur que lui inspirait son chef, il avait patiemment attendu jusqu’aux élections législatives. Bien sûr, il a bénéficié du paravent du parti présidentiel pour se faire élire député dans une zone où « Monseigneur La Coq » sévissait comme un borgne teigneux. Mais à peine s’est- il installé que son envie de se délester de son trop plein est remontée jusqu’à sa bouche. Et dans un meeting de son parti, le RND, il a enfin pu délivrer les vérités qui le horripilaient. Pas de façon débridée, ni à la  » gbandjamatou ». Mais à la Jean-Michel Abimbola. Avec beaucoup d’ellipses et de litotes: mauvaise gouvernance, corruption, gentiment appelées  » dysfonctionnements » sont dénoncés avec toutes les maladies qui en découlent. Mais, le député connaît la réaction de son ex-patron et de ses excès:  » à chaque fois qu’on émet des critiques, fait-il, on vous affuble de nom d’opposants ».

 

Il ne pensait pas si bien dire. Yayi Boni, secoué dans ses somnolences gazeuses par cette attaque, est passé brutalement par toutes les couleurs de la rage: rouge, vert, livide et explosif. La vengeance ne se mangeant jamais pour lui dans un plat froid, il a tout de suite sauté aux collets des ex-collaborateurs du ministre et, un à un, les a terrassés et  » vidés » du ministère de la culture. Et de l’organigramme, près d’une dizaine de cadres a disparu, du jour au lendemain, remplacés manu militari par les gens de la maison et quelques quidams sortis de la bouse de Bopa.

 

Les baisers d’Abimbola n’ont pas été appréciés à leurs justes odeurs. Puants ont-ils été pour Yayi. Alors que, pour le camp d’en face, c’étaient juste des baisers. Mais des baisers du Juste.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

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