BENIN – Un ministre inénarrable, un président indécrottable…

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

Le Salon du Livre du Bénin vient de fermer ses portes. Annoncé pour être organisé l’année dernière, il s’est finalement tenu du 4 au 8 novembre 2015, conjointement avec la cinquième édition du Prix du Président de la République. Tout au long du déroulement des deux événements, le Ministre de la Culture Paul Hounkpè dont l’amour pour la littérature crève les yeux, a préféré s’absenter du pays pour une mission à l’étranger, précisément au siège de l’UNESCO. Il est vrai que là-bas, à Paris, le nez dans les paperasses, notre ministre érudit se sentira plus utile au Bénin qu’à Cotonou, près des libraires, des éditeurs, des bibliothécaires et des écrivains à discuter avec eux, à s’enquérir de leurs problèmes, à constater la désaffection du public pour le livre.

 

Son mentor, le Président de la République qui a l’inauguritite aiguë au point de faire couper des arbres sur la route de Djregbé pour y semer deux ou trois pauvres plans afin de montrer son amour pour la nature, le président, dis-je, n’a pas daigné se rendre au Hall des Arts où se tenait le salon. Pourtant, à deux souffles de là, il a inauguré la nouvelle agence de Diamond Bank. Couper le ruban d’une institution bancaire est plus important que venir remettre un prix littéraire qui porte son titre, le seul prix d’envergure dont le pays s’est doté et qui se décerne tous les deux ans.

 

Boni Yayi n’ avait rien à secouer avec les livres et les belles lettres. La littérature, les écrivains et toute la cliquaille alliée, c’est de la quantité négligeable. Ils sont si insignifiants que le Ministre de la Culture délégué, madame Nadine Dacko épouse Tamadaho qui devrait venir remettre le prix, a jugé plus important d’aller vaquer à d’autres occupations nettement moins aériennes. C’est donc devant une salle aux trois quarts vides que la cérémonie de remise du prix s’est déroulée, obligeant le président du jury, Guy Ossito Midiohouan, à amputer son allocution de « Monsieur le Président de la Republique », de « Monsieur le Ministre de la Culture », de « Madame le Ministre de la Culture déléguée ». Habib Dakpogan, lauréat de la cinquième édition du prix du Président de la République pour son magnifique roman PV Salle 6, n’a pas eu l’occasion de serrer les pinces à Yayi Boni. Ailleurs, au Sénégal où le Président est le premier garant des Lettres et des Arts, une telle inconduite sera assimilée à un crime.

 

On m’opposera que Yayi Boni adore les artistes. Exact. La preuve, il les sponsorise régulièrement avec l’argent du pays, leur offre des concerts géants, projetant sur scène quelques chanteurs enterrés ou sur le déclin. Mais il s’agit bien de musique de laudateurs et de danseurs yaka-yaka, ces concerts où le tintamarre le dispute à la réflexion, où on s’agite sur scène avec des rires rayant des visages jusqu’à la nuque. Les auteurs des productions intellectuelles, les penseurs, ceux qui peuvent mettre en pointe les tares du système, tirer les poils du nez des dirigeants, devenir les poils à gratter des princes au pouvoir, tous ceux-là ne pourront jamais bénéficier d’une attention, même feinte de Boni Yayi. Ses ministres et lui se moqueront toujours d’eux comme de leurs premiers boubous. Et les salons, les prix, les livres, les écrivains, ils n’en ont rien à rebattre!

 

Par Florent Couao-Zotti

 

 

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