DEMOCRATIE ET GOUVERNANCE – Le bel exemple africain qui nous vient du Burkina Faso

 

Vue partielle du Conseil national de transition (CNT) du Burkina Faso.Vue partielle du Conseil national de transition (CNT) du Burkina Faso.

 

L’Afrique est un continent où des exemples en matière démocratie et de bonne gouvernance sont si rares pour que ceux qui font exception ne méritent pas d’être cités pour servir de cas d’école.

 

Depuis son indépendance, le Sénégal n’a de cesse de nous offrir le bel exemple d’un pays où les alternances au sommet de l’Etat sont devenues des réalités politiques normales. En dépit des conflits sociopolitiques inhérents au fonctionnement de toute société humaine. Et cela, sans aucune irruption ou immixtion de l’armée dans le jeu politique, laquelle armée – républicaine, il faut bien lui reconnaître aussi ce mérite – s’en tient au strict respect de ses fonctions régaliennes. A savoir la défense de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du pays. Ils ne sont pas légion, les pays africains qui n’ont pas subi un seul coup d’Etat militaire depuis leur indépendance. Et qui ait fonctionné plus ou moins démocratiquement, qui plus est.

 

Depuis la fin des années 1980 et la reconversion forcée mais quasi générale des anciens partis uniques du continent au multipartisme, on citait souvent le Bénin en exemple. En effet, pour la première fois en Afrique, c’est le Bénin qui avait réussi à mettre fin à un régime de parti unique et d’obédience marxiste-léniniste de surcroît par la force coalisée de ses composantes nationales. En organisant ce qui est connu comme la désormais historique « Conférence nationale » et qui fera école dans plus d’un pays de l’ancien pré-carré français notamment.

 

Pour éviter qu’un président ne s’incruste et ne s’éternise au pouvoir, les forces vives de la nation béninoise à travers ce qu’elles avaient dénommé le Haut conseil de la République (HCR – Parlement de transition) ont inventé la « limitation de l’âge au plancher comme au plafond et celle du nombre de mandats à deux ». Les dirigeants africains ayant cette forte propension à la tentation du pouvoir à vie, il fallait un balisage parfait pour une nouvelle Constitution, celle du 11 décembre 1990.

 

Et pour contrecarrer les velléités de fraudes et de truquages des élections, c’est encore le Bénin qui aura la géniale idée d’en dessaisir le ministère de l’Intérieur de l’organisation pour la confier à une institution indépendante baptisée « Commission électorale nationale autonome » (CENA). Un peu partout, l’initiative sera reprise dans plusieurs cas, certains pays préférant changer « autonome » par « indépendante » en en faisant « Commission électorale nationale indépendante » (CENI). Mais au fond, CENA ou CENI, c’est du pareil au même.

 

Cette fois-ci, le bel exemple nous vient du Burkina Faso, voisin du Bénin, et où le peuple de ce bien nommé « Pays des hommes intègres » de feu Thomas Sankara a décidé souverainement d’ajouter son exemple en lettres capitales dans les annales de l’histoire de l’Afrique. D’abord, en s’opposant de toutes ses forces, au prix du sacrifice du sang de sa jeunesse, à une révision constitutionnelle opportune et contraire à la fois à l’esprit et à la lettre de sa Constitution. En faisant usage, mérite suprême s’il en est encore besoin de le rappeler, de de son ultime recours qui veut qu’aucune Constitution ne soit au-dessus du peuple et en chassant le président Blaise Compaoré du pouvoir, à la grande admiration du monde entier.

 

Mieux, lorsque les derniers fidèles de Blaise Compaoré s’avisèrent de perpétrer ce que les Burkinabè eux-mêmes ont qualifié de « coup d’Etat le plus bête du monde », ce sacré peuple burkinabè se mobilisera de nouveau et dira niet aux putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) sous la houlette du Général Gilbert Diendéré. Non sans le soutien déterminant de son armée dont l’honneur avait été si longtemps traînée dans la boue. C’est donc grâce aux jeunes officiers d’élite qu’elle compte et à leur sursaut patriotique que le Général Gilbert Diendéré, bras droit du président déchu pendant ses 27 ans de règne et de terreur, signera par ce qui est considéré comme son baroud d’honneur et sa propre disgrâce et la dissolution même dudit RSP.

 

Du coup, les forces loyalistes au régime de transition, par leur bravoure, auront permis à l’armée burkinabè de se réconcilier avec son peuple, en décidant de marcher sur la capitale, Ouagadougou, et de contraindre les putschistes à déposer les armes. Le président de la transition, Michel Kafando, aura d’ailleurs cette paroles mémorables au lendemain du dernier assaut contre les putschistes: « L’honneur du Burkina est sauf. Alors que certains de la communauté internationale songeaient déjà à l’envoi d’une force tampon, ce que nous avons naturellement refusé, c’est par nous-mêmes que le salut est venu. En toute souveraineté, nous avons réglé nos comptes à la manière burkinabè 

L’honneur est sauf pour notre vaillante armée nationale qui a recouvré la plénitude de sa raison d’être. Plus de perversité pour l’humilier à toute épreuve, plus de RSP arrogant et dominateur. Aujourd’hui et désormais c’est une armée nationale restaurée dans sa dignité. Honneur à cette armée nationale qui a réussi la prouesse, tenant du miracle, de mettre fin à la rébellion sans perte en vie humaine, ni du côté des loyalistes ni du côté des insoumis.».

 

Mais de tout ce qui précède, le plus ingénieux et le plus significatif, demeure la « révision de la Constitution » – ironie du sort – par le Parlement (Conseil national de transition – CNT) issu de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et qui mit fin au régime de Blaise Compaoré. En verrouillant notamment l’article 37, par 88 voix pour sur les 89 votants, et en inscrivant noir sur blanc ceci : « Le Président du Faso est élu au suffrage universel direct, égal et secret, pour un mandat de cinq ans. Il est rééligible une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats de Président du Faso consécutivement ou par intermittence ». Dans un contexte africain mouvant comme des dunes du désert, il s’agit là d’un bel exemple qui mérite de faire école et d’être repris partout à travers le continent. Car, comme l’a dit le président américain Barack Obama : « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ». Et ce n’est pas en mettant en place çà et là des institutions fantoches qui n’obéissent qu’à l’œil et au doigt d’un seul homme, qu’importe qu’il soit le Président de la République, que les pays africains réussiront à asseoir leur stabilité pour construire des sociétés de développement.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

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