BÉNIN 2016 : Pour en finir avec la fixation sur la figure pseudo-réaliste de l’économiste-président

 

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Pourquoi les Béninois pensent-ils que le Président doit être un économiste ? C’est une idée insidieuse, aveugle voire mais qui hélas a la vie dure.  Si un économiste veut faire de la politique, alors, il faut qu’il cesse de se présenter comme économiste ; le cas échéant, il peut être Ministre de l’économie ou cadres dans les institutions économiques, où il pourra mettre son talent au service du pays. Le fait d’être économiste ne légitime pas une ambition présidentielle, car là n’est ni l’objet, ni l’objectif.

 

De fait l’élection présidentielle n’est pas affaire d’économiste, mais du chef d’un état, du chef de la nation ; celui-ci, une fois élu, peut choisir un économiste pour Ministre de l’économie, conseiller ou cadres dans des ministères appropriées. Sans aller jusqu’à faire l’apologie des analphabètes, c’est la même erreur qui conduit les gens en Afrique et plus particulièrement au Bénin, à faire assaut de titres — souvent douteux ou creux — de docteur, de professeur, etc. lorsqu’il s’agit de faire de la politique. Comme si les titres scolaires ou universitaires étaient le sésame du leadership.

 

Arrêtons de promouvoir ce complexe de l’économiste lorsqu’il s’agit de choisir celui qui doit présider aux destinées du peuple. Le réalisme béninois qui s’est illustré dans le domaine scolaire au point de nous valoir le titre fort ambigu de quartier latin de l’Afrique ne doit pas être extrapolé au-delà des frontières du scolaire, où le Béninois excelle hélas sans lendemain.

 

Le troupeau a besoin d’un bon berger pas d’un négociant en foin ou un vendeur de paille.

L’équipe de foot a besoin en priorité d’un capitaine et non pas d’un buteur.

L’avion a besoin d’un bon commandant de bord et non pas d’un pilote automatique

L’armée a besoin d’un Chef d’Etat-major, pas d’un tireur d’élite ou d’un stratège.

Même affamée, une famille a besoin d’un bon père, pas d’un cuisinier ou d’un boulanger.

La faim n’est qu’un des multiples problèmes d’une famille, et c’est le moment pour nous d’élire notre père de famille, pas un boulanger ni un cuisinier.

Être un bon tireur ou un bon stratège n’épuise pas la mission d’une armée, et c’est le moment d’élire le chef de notre armée, pas un stratège ni un tireur.

Donner des buts certes, une équipe en a besoin, mais la meilleure équipe n’est pas celle qui a le meilleur buteur, et c’est le moment pour nous de choisir le capitaine de notre équipe !

Le pilotage automatique ne procurera jamais la même confiance que véhicule la voix humaine du commandant au décollage et à l’atterrissage d’un avion, et c’est le moment de choisir le commandant de bord pour un long voyage de 5 ans !

Et le troupeau ne vit pas que d’herbe. Outre l’eau et l’air, la conduite du berger par les chemins sécurisés est plus importante pour la survie et le bien-être du troupeau.

Mais quel est ce petit peuple réaliste que le béninois, qui a jeté son dévolu sur le mythe de l’économiste-président, et ne veut pas en revenir, en dépit des désaveux soutenus  de l’expérience ?

 

Le président du Bénin, Boni Yayi.Le président du Bénin, Boni Yayi.

 

Nous avons essayé l’économiste Soglo, le pays n’en a pas été transfiguré pour autant. Nous avons été encore plus loin, en amenant l’économiste Docteur banquier Yayi, et nous voilà dans le trou profond de la bêtise, de la médiocrité, de la corruption et de la misère de masse.

 

Malgré toutes ces déconvenues toutes plus cuisantes les unes que les autres nous ne voulons pas ouvrir les yeux, et faire amende honorable. Nous croyons tellement à la toute puissance de cette martingale que, comme les joueurs de loto qui croient à leur numéro fétiche, nous sommes pris dans le jeu, et prêts à récidiver encore et encore. Nous tenons absolument à nous faire diriger par un économiste, comme ça, avec sa science et ses amis riches au-delà de  nos frontières, nous allons aussi devenir riches. Mais les peuples qui sont devenus prospères, ont-ils été dirigés par des économistes ? La France, les Etats-Unis, le Japon, la Corée, etc, ont-ils été sortis de la misère par des présidents économistes ?

 

Même les milliardaires qui hantent l’élection, et qui ont la côte en ce moment ne sont que la version dégénérée de la figure de l’économiste. Ceux qui, selon la perception étriquée du sens commun, ont compris et appliqué l’économie à leurs propres affaires et qui ont réussi. Nous sommes obnubilés par l’économiste parce que nous pensons que le premier problème du Bénin c’est l’économie. Mais nous avons tout faux : le premier problème d’un pays, quel qu’il soit, est le leadership. L’économie est une partie, peut-être importante de la vie sociale, mais elle n’épuise pas le leadership. La présidence d’un pays a besoin de leadership, de vision, de commisération, de justice, d’éthique, de sagesse, de courage, de bonté, d’humanité. En quoi ces vertus sont-elles réunies dans un économiste ?

 

Le jour où le Bénin aura un bon leader, qui a du leadership, de la vision, un sens élevé et quasi ineffable de la nation, de la justice et du destin collectif, alors ce jour-là le plus génial des économistes ne sera qu’une roue de son carrosse.

 

Alors Béninois, réveillez-vous !

Arrêtez votre complexe de l’économiste !

Ne vous mettez pas la tête dans le sable comme l’autruche.

Acceptez que votre réalisme scolaire ne peut pas être extrapolé à la vie collective

Reconnaissez que la politique est une chose trop sérieuse pour être enfermée dans le complexe mesquin de l’économiste-président

 

Banigbé Akobi

 

Source: http://babilown.com

 

Babilown-Mawole (France)

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