En-tête de la page Facebook de Jean Eyéghé Ndong. © Capture d’écran-GabonreviewEn-tête de la page Facebook de Jean Eyéghé Ndong. © Capture d’écran-Gabonreview

 

Au cours de la tournée de Jean Ping dans la province de l’Estuaire, Jean Eyéghé Ndong a cru devoir expliquer sa posture actuelle. Il a donné sa version de la naissance du Front de l’opposition pour l’alternance, les raisons des tournées de son champion dans le pays, ainsi que les motivations de son choix. «Je sais que vous qui êtes ici, êtes membres de l’Union nationale. Mais quand nous sommes arrivés ici, nous ne vous avons pas parlé de parti politique. Nous vous avons dit que nous sommes partisans du changement», a-t-il lancé, d’entrée de jeu, précisant avoir trouvé en l’ancien président de la Commission de l’Union africaine la personne capable d’incarner la volonté de changement. «Nous choisissons Jean Ping pour être notre avant-centre. Parce que c’est comme une équipe de football. Jean Ping va être l’avant-centre et les autres sont des latéraux, des défenseurs, des gardiens … Et puis des remplaçants aussi», a-t-il expliqué, avant de revenir sur le parti politique dont il est pourtant un des fondateurs. «Au sujet de l’Union nationale, il faut un peu remonter dans le temps et bien présenter les choses. L’Union nationale existe avant le Front (Le Front de l’opposition pour l’alternance, ndlr). Le Front de l’opposition qui est composé des partis politiques et des personnalités politiques. Le Front a été crée sur proposition de l’homme-là, Jean Ping.  C’est Jean Ping qui a eu l’idée de créer le Front où on trouve Myboto, Oyé Mba, Bengone Nsi, Divungi, Kombila, Amoughe Mba, Eyéghé Ndong, Ntoutoume Ngoua, Moukagni et ceux que vous ne connaissez pas», a-t-il affirmé, prenant quelque liberté avec la vérité historique et le déroulement des faits.

 

ean Eyeghe Ndong et Jean Ping lors d’un meeting à Tchibanga. © D.R.ean Eyeghe Ndong et Jean Ping lors d’un meeting à Tchibanga. © D.R.

Selon Jean Eyéghé Ndong, Jean Ping aurait fait ce choix du fait des réticences des autres membres du Front. «Ceux qui ne viennent pas vous voir, vous ne les connaissez pas. Ping est allé dans le Woleu-Ntem, dans l’Ogooué-Ivindo, dans la Nyanga, dans l’Ogooué-Lolo. Aujourd’hui, il commence la tournée dans l’Estuaire. C’est pour vous voir et pour que vous le voyiez, pour que vous lui posiez des questions et il vous répond», a encore dit le sénateur du 2è arrondissement de Libreville, avant de s’avancer sur le rôle des partis politiques dans une course au fauteuil présidentiel. Pour lui, un parti «n’est qu’un instrument qui vous aide à conquérir le pouvoir». «Quand un instrument n’est pas en état de marche pour diverses raisons, on le laisse tomber et on utilise d’autres moyens pour aller au pouvoir», a-t-il asséné, affirmant qu’aucun parti ne peut garantir l’accession à la présidence de la République. «Même pas le PDG, même pas l’Union nationale», a-t-il tranché. «Entre nous, il faut dire les choses telles qu’elles sont. L’Union nationale, on ne le trouve en force que dans le Woleu-Ntem et dans l’Estuaire. Mais dans toutes les provinces du sud, l’Union nationale n’existe pas là-bas. La preuve c’est que quelques responsables de l’Union nationale ont mordu la poussière aux élections locales parce que l’Union nationale n’y est pas encore bien implantée», a-t-il asséné. «Si nous disons que nous choisissons Ping, cela ne signifie pas que nous ne sommes plus de l’UN. Parce qu’étant membre du Front, nous attendons que le Front désigne le candidat. Mais nous, nous avons dit qu’en attendant, on préfère Ping», a-t-il ajouté dans une contorsion intellectuelle quelque peu surréaliste.

 

Se présentant malgré tout comme vice-président de l’Union nationale, il a insisté sur cette version des faits qui ne semble pas recueillir l’assentiment de nombreux témoins et acteurs de la gestation et de la naissance du Front de l’opposition pour l’alternance. «Le Front a dit, entre autres choses, qu’il va y avoir un seul candidat à l’élection présidentielleVous le savez et vous l’avez entendu», a-t-il dit, indiquant partager cette position de principe. A en croire ses dires, au fil des réunions «Jean Ping a posé le problème de la rencontre du Front avec les populations gabonaises». «Depuis que le Front existe, vous l’avez déjà vu ici ? C’est la première fois que vous voyez quelques membres du Front», a-t-il avancé, revenant sur les raisons des tournées de l’ancien président de la Commission de l’Union africaine. «Ping leur a dit : «mes frères, on ne peut pas faire la politique comme ça. Et pourtant quelques-uns d’entre vous sont d’anciens opposants. On ne peut pas faire la politique sans voir le peuple». Quelques-uns ont accueilli favorablement sa proposition d’aller vers les populations. Et d’autres ont trainé les pieds, pour ne pas dire ont refusé», a-t-il confié, avant de se faire l’écho de propos prêtés à Jean Ping. «Si c’est comme ça, moi je m’en vais rencontrer les populations gabonaises. Parce que je dois les voir. Elles doivent me voir parce que si un jour il y a des élections présidentielles, quand il va falloir choisir, elles sauront au moins que tel est venu nous voir», a-t-il raconté.

 

N’empêche, cette sortie a donné libre cours à de nombreuses interprétations, suscitant un ensemble de questions. Un militant ou même membre influent du directoire d’un parti peut-il se lever et fixer en public son choix sur un candidat ? En procédant de la sorte, quel exemple donne Jean Eyéghé Ndong aux militants de base ? Croit-il agir avec discipline et dans le sens de la cohésion ? Quelle est finalement la place des militants qui sont le plus souvent mis sous le fait accompli ? Qu’a fait Jean Eyéghé Ndong, vice-président, pour implanter son parti sur l’ensemble du pays ? Pour un ancien Premier ministre, cet argumentaire surprend plus d’un observateur. Doit-on s’attendre, dans les jours à venir, à voir de nombreuses autres voix s’élever pour annoncer des candidatures ou des choix en dehors des partis voire des camps politiques ? On n’imagine mal, en tout cas, Richard Auguste Onouviet ou Angélique Ngoma marquer publiquement leur préférence pour un futur candidat à la présidentielle hors des rangs du PDG, du seul fait d’une alliance dans le cadre de la Majorité républicaine pour l’émergence.