GRECE – Un pays qui marche sur le fil du rasoir

 

Alexis Tsipras, le chef du gouvernement grec (Photo: Wikipédia).Alexis Tsipras, le chef du gouvernement grec (Photo: Wikipédia).

 

Il y a justement cinq années depuis que la Grèce a fait partie du mécanisme européen de soutien en collaboration étroite avec le Fonds Monétaire International (FMI). A cette période-là, les données économiques critiques étaient les suivantes : le PIB était de l’ordre de 222.51 milliards à la fin du 2010. La dette publique était 148.3% comme pourcentage du PIB. Le chômage était de l’ordre de 12.5%. Le pourcentage des Grecs vivant sous le seuil de pauvreté (revenu moins du 60% du revenu disponible médian national) était de 27.65%.

 

La politique de l’extrême austérité qui s’applique au pays sur ordre des créanciers internationaux toutes ces années a aggravé davantage les réalités financière et sociale. En effet, le PIB s’est aujourd’hui rétréci  en  passant à 186.54 milliards. La dette publique a explosé pour atteindre 176% comme pourcentage du PIB. Le chômage a augmenté de façon spectaculaire jusqu’à 26%, en touchant particulièrement les jeunes dont beaucoup d’entre eux possèdent des qualifications scientifiques brillantes et par conséquent immigrent à l’étranger. Cette perte des talents grave aurait pu aider le pays dans ce contexte crucial. Le taux des Grecs vivant sous le seuil de la pauvreté a atteint 34.6% c’est-à-dire 3.795.100 personnes.

 

Sur la base des données ci-dessus mentionnées, on s’aperçoit que le programme d’assainissement budgétaire  dans un pays déjà en récession avant 2010 a complètement échoué et la continuation de son application ne serait pas du tout rationnelle ni au niveau économique ni au niveau social. Cette politique de restriction  budgétaire ainsi que les mesures d’austérité forment une spirale de dette-récession-austérité particulièrement létale, excluant toute perspective de développement.

 

Ainsi, la persistance observée dans la poursuite indéfectible du programme d’extrême austérité de la part des prêteurs aura vraiment des résultats tragiques pour le pays. Ce programme conduira à la destruction complète du tissu économique qui ne pourra pas se guérir pour des décennies et bien sûr à une crise humanitaire aux dimensions incroyables et jamais vécues pour l’Europe d’après-guerre. Le nombre des sans domicile fixe et des citoyens frappés par la pauvreté, déjà visibles dans les rues d’Athènes, se multiplieront rapidement. Les suicides à cause du désespoir du découragement provoqués par l’incapacité de survivre continueront leur tendance ascendante. Les évanouissements des enfants dans les écoles pour carence en matière de nutrition adéquate seront le lot de la vie quotidienne.

 

La question donc posée impérativement dans cette période cruciale est de savoir ce qu’il doit être fait afin que la Grèce sorte de ce tunnel tout obscure de la crise économique profonde et qu’elle emprunte l’avenue lumineuse du développement et du progrès.

Tout d’abord, la dette qui lève sur ses dos l’économie grecque est énorme et insoutenable et aucune possibilité de remboursement n’est visible. La partie la plus grande de la valeur nominale de la dette doit être annulée, afin que le poids d’endettement du pays se limite au-dessous du 100% et qu’il devienne viable pour ne pas nuire aux autres peuples de l’Europe.  Le remboursement de la dette restante devra se lier avec la « clause de développement » pour qu’il se serve par le développement et pas par un excédent budgétaire potentiel.

 

Dans un deuxième temps, la reconstruction industrielle du pays est requise, avec quatre leviers principaux : i) L’équilibre durable de la balance des paiements courants à travers la modification de la composition des produits du pays, en renforçant par conséquent les marges d’orientation exportatrice des nombreux secteurs de l’économie grecque. ii) L’industrialisation avec l’application d’une politique industrielle complète et à long terme et le développent de la recherche nationale et de la production d’un large éventail des produits à haute valeur ajoutée. Le domaine de la transformation est particulièrement crucial, car il est impossible qu’un pays espère qu’il montera à la chaîne de valeur dans la répartition du travail dans un niveau mondial sans créer la base transformatrice nécessaire qui inclut principalement la production des produits industriels finis. iii) La mise d’un accent sur le tourisme, dans lequel la Grèce possède un fort avantage comparatif ainsi qu’à la navigation car la Grèce dispose de la flotte marchande la plus grande au monde, et bien sûr sur l’agriculture pour la couverture des biens sociaux essentiels. iv) L’exploitation efficace des matières premières comme le bauxite -qui est la source de l’aluminium- et des gisements pétroliers possibles considérables tant à la mer Egée qu’à la mer Ionienne.

 

Ensuite, on a besoin d’un Etat moderne, efficace et rationnel qui fonctionnera avec honnêteté et ne posera  pas d’obstacles bureaucratiques innombrables au développement de l’activité entrepreneuriale ainsi que de la lutte efficace contre l’hydre de Lerne de la corruption et la fraude fiscale. Et cela afin que les conséquences multiples et négatives tant économiques, sociales que politiques qu’il cause soient levées et qu’il fasse montre de justice fiscale. Les conséquences économiques concernent surtout d’une part les pertes des finances de l’Etat et d’autre part les effets défavorables dans le secteur privé de l’économie. Lorsque la perception est que c’est seulement avec la corruption d’une personne étant en position très importante dans l’administration publique qu’on peut atteindre le résultat souhaité, les investisseurs se découragent, la concurrence saine se distord et les entreprises qui refusent de participer à des transactions tellement illégales et immorales se condamnent au déclin.

 

Les conséquences sociales et politiques de la corruption sont aussi très sérieuses. La corruption cause aux citoyens de l’insatisfaction, de la déception et un sentiment intense d’effondrement des valeurs, une perception que rien ne fonctionne bien se fige et le citoyen respectueux des lois s’inflige des peines. Les institutions sont compromises et secouées et enfin c’est le régime démocratique qui est calomnié aux yeux des citoyens. En outre, la mise en place directe d’un système fiscal équitable qui n’encouragera et justifiera pas la fraude fiscale contribuera de façon décisive au développement de la conscience fiscale des contribuables et par conséquent à l’augmentation considérable des recettes d’Etat.

 

Ces approches doivent être posées pour baliser la route de leur réalisation sans délai afin que la Grèce puisse sortir du coma de la récession et être menée à la lumière du développement tant désirable, loin des politiques d’austérité sauvages qui mènent à une impasse.  Toutes choses qui, dans son effort de rembourser la dette et de maintenir sa souveraineté à l’époque d’une crise capitaliste intense et généralisée, constituent le fer de lance du capitalisme financier .

 

Les Européens doivent de leur part montrer de la solidarité vis-à-vis drame vécu par le peuple grec qui est transformé en cobaye, car la vaste majorité de l’argent qu’emprunte l’Etat grec n’aboutit pas aux contribuables mais aux banques, soit pour le remboursement des obligations financières échues soit pour la recapitalisation des banques grecques, le coût de laquelle pèse sur les contribuables.

 

En guise de conclusion, la Grèce ne supporte pas la poursuite de l’application des mesures d’austérité parce qu’elle a atteint ses limites ultimes puisque le niveau de vie et la dignité du peuple grec se sont effondrés; une chose que les prêteurs doivent comprendre. Le nouveau et troisième accord avec les mesures d’austérité extrêmes renforcera la récession et agira de façon destructive. Alors, l’heure du conflit et de la rupture, ne saura plus être retardée longtemps encore.

 

Isidoros Karderinis

 

E-mail: skarderinis@hotmail.gr

 

ACTU Karderinis

Isidoros Karderinis, est né à Athènes en 1967. Il est romancier, poète et économiste. Il a fait  des études de troisième cycle en Economie du tourisme. Ses articles sont publiés dans de nombreux journaux, magazines et sites à travers le monde. Plusieurs de ses poèmes ont été traduits en français. Il est l’auteur de sept recueil de poèmes ainsi que deux romans; dont cinq parmi eux ont été publiés aux Etats Unis et en Grande Bretagne.

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