BENIN / LIVRE – « Je ne suis pas un héros : Affaires Talon » du Juge Angelo Houssou

Récemment rentré au pays pour se présenter à la présidentielle de février 2016, le Juge Angelo Houssou qui avait été contraint à fuir du Bénin et de s’exiler deux ans durant aux Etats-Unis vient de publier un livre-témoignage. Le lancement dudit livre intitulé « Je ne suis pas un héros : Affaires Talon » a eu lieu le 8 décembre dernier à Cotonou. Le jeune mais intrépide juge, à travers son itinéraire personnel, revient sur les ténébreuses affaires de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat dont Patrice Talon fut accusé en son temps par le président Boni Yayi. Et, par la même occasion, il y livre les clés pour comprendre son nouvel engagement en politique.

 

ACTU Affaires Talon

Honorables invités, Mesdames et Messieurs, Avant tout propos, je voudrais vous remercier vous tous ici présents, les collègues magistrats, les avocats, les représentants de la société civile et responsables syndicaux, les acteurs politiques, les jeunes, les femmes, les parents et amis, les militants.

 

Votre déplacement me va droit au cœur et je salue ce sens de mobilisation qui caractérise les Béninois lorsqu’il s’agit des causes nobles et justes.
Je tiens également à remercier la presse que je félicite particulièrement pour son engagement. Malgré tout, elle est l’une des fières chandelles de la démocratie béninoise !

 

Le livre que nous lançons officiellement aujourd’hui, est un compte rendu. Rien qu’un compte rendu !
Vous savez, nous gens de la justice, avons trop souvent une propension à nous recroqueviller et à vivre notre mission et notre métier comme un angle mort.

 

ACTU Livre 2

Je voudrais ici rappeler que la justice est rendue au nom du peuple et il n’y a pas de mission sans la nécessité, voire l’urgence, d’en rendre compte.

J’ai donc écrit ce livre à titre de reddition de comptes au peuple béninois au nom duquel j’ai rendu des décisions de justice, ces dernières années. Ce devoir redditionnel m’importe plus que tout. Garder le silence serait manquer de respect au peuple qui a le droit de savoir.

 

Mon souhait est que nous juges, puissions développer le libre devoir d’écrire sur notre bataille à faire triompher la justice caractérisée par une pénurie de moyens et devant laquelle s’entrechoquent des flots d’intérêts. A l’évidence, cela contribuerait à améliorer nos rapports avec le peuple à la fois mandant et justiciable. En tant que juges, nous nous devons d’écrire afin de témoigner de comment, tout humain que nous sommes, nous assumons le divin métier de juger, d’appliquer la loi, de faire respecter les droits des personnes, d’apporter aux difficultés concrètes des solutions juridiques, de concrétiser la vertu de la justice.

 

ACTU Angelo

 

La fonction de juge est donc délicate. Si elle est essentielle pour la vie, elle peut se dévoyer. Par notre métier, nous agissons sur le moral du peuple, son humeur, son avenir, son destin, …etc.

 

Que serait devenu le Bénin si nous n’avions pas eu le sens de notre serment ce 17 mai 2013 ? Que se serait-il passé si la mobilisation n’était pas allée au-delà de la maison Justice ?

 

Les décisions de « non-lieu » du 17 mai illustrent, s’il en est encore besoin, le rôle éminent que la justice est capable de jouer dans la transformation de notre pays. Elle s’élève comme le dernier rempart contre notre présidentialisme et ses abus, notre parlementarisme et ses lâchetés, notre classe politique dirigeante et ses excès.
Pour des gens investis d’une mission si lourde de conséquences, il y a nécessité de les protéger contre les attouchements indiscrets et les propositions indécentes des forces politiques et économiques.

 

A l’occasion de l’instruction de ces dossiers, j’ai découvert et compris le danger auquel les citoyens sont quotidiennement exposés lorsque ceux qui détiennent le pouvoir manquent de vertu.

 

Je sais à quel point le peuple est en danger lorsque l’argent et le pouvoir deviennent des finalités absolues pour les politiciens prêts à mépriser la dignité humaine. Les valeurs au nom desquelles j’ai agi sont aujourd’hui davantage menacées. En effet, mon pays est actuellement plongé dans un désarroi larvé, marqué par un délitement des valeurs et des vocations, l’écroulement des fondations vermoulues de nos héritages socio-culturels ainsi que de notre projet démocratique.
Face à cette liquidation généralisée qui honnit le génie béninois, il serait proprement criminel de garder le silence et de continuer à nouer soigneusement nos cravates, à mettre des costumes lustrés et en marchant comme sur des œufs dans le cambouis socio-politique dans lequel le pays est plongé.

 

Juge Angelo Djidjoho HoussouJuge Angelo Djidjoho Houssou

Je comprends que le niveau du marasme actuel inspire doute, peur et renoncement. Au défaitisme actuel, je propose à chacun de nous, de nourrir l’espérance, pas celle qui consiste à croiser les bras et à se droguer à l’espoir, mais celle qui pousse à vivre le présent en construisant déjà le futur. Sans espérance, le peuple périt. Sans le courage d’agir, il n’y a point de salut. Nous sommes un peuple pacifique et non un peuple fragile.

Nous sommes un peuple ingénieux et nous devons mettre notre ingéniosité au service du progrès et de la prospérité. Nous sommes toujours une nation jeune, mais le temps est venu de mettre de côté les choses de l’enfance.

 

Le temps est venu de réaffirmer notre esprit endurant, de choisir ce qu’il y a de mieux dans notre histoire, de traduire dans les faits la promesse que tous sont égaux, que tous sont libres et que tous méritent la chance de poursuivre leur part entière de bonheur.
Notre pari est de cloner la politique avec des réflexes vertueux et de créer une osmose qui tienne les élus attachés à leurs promesses et les maintienne comptables aussi bien de leurs rendements ainsi que de leurs scandales.

 

Les dirigeants, les hommes politiques, les opérateurs économiques doivent être soumis à la loi et non chercher à soumettre la Justice. Car, en effet, c’est la justice qui élève les nations, le contraire est la honte des peuples. C’est ce dont mon pays a besoin, le reste relève d’une démagogie ritournelle qui perpétue la misère des peuples.
C’est désormais le sens de mon engagement. C’est pourquoi, je rêve d’un Bénin Autrement Gouverné, un Bénin résolument meilleur, un Bénin nouveau où responsabilité et justice sociale, travail honnête et probité, pouvoir au service du peuple et bien-être général seront élevés en valeurs cardinales.

 

C’est cela la Véritable Rupture, Rupture avec les habitudes de pensées, avec les idées, avec les comportements du passé qui nous ont empêchés d’avancer, de prendre notre avenir à bras-le-corps et de retrouver le chemin du développement durable.
Comment réformer, comment remettre le pays debout si l’on ne veut pas prendre le risque de la Rupture ?
Cette Rupture, je la crois nécessaire et imparable.
Cette Rupture, je m’y suis engagé.
Cette Rupture, je la ferai.
Je ne laisserai personne y faire obstacle.
Je ne laisserai personne l’édulcorer.
Je ne laisserai personne la dénaturer.
Je vous remercie.

 

Juge Angelo D. HOUSSOU

 

 

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