NIGER – Mahamadou Issoufou et son opposition vont-ils réussir à conjurer les vieux démons ?

 

le président Mahamadou Issoufou du Niger.le président Mahamadou Issoufou du Niger.

 

Avec la présidentielle du 22 février prochain au Niger, les Nigériens et bon nombre d’observateurs avertis de la scène politique s’attendaient que le pays fasse un grand pas en avant. Vers la consolidation et l’enracinement de sa démocratie balbutiante. Et cela, en opérant sans hiatus, sans aucune irruption de l’armée dans le jeu politique ou interruption du processus démocratique, une deuxième élection au sommet de l’Etat.

 

Après les turbulences sociopolitiques que le pays avait connues vers la fin du régime Tandja, le coup d’Etat du désormais général et ancien président Salou Djibo en février 2010 y avait mis un coup d’arrêt. La transition qui s’était ensuivie avait remis le pays sur la bonne voie. Et, l’on s’était tôt pris à rêver de mieux pour le Niger. A savoir, le retour à un climat sociopolitique apaisé consécutivement à l’élection en 2011 du président Mahamadou Issoufou. Une élection jugée démocratique et transparente par l’ensemble des protagonistes. Mais c’était sans compter sur la très médiatico-politico-judiciaire affaire présumée dite de trafic international de bébés au Niger. Encore moins, sur la récente tentative de coup d’Etat déjouée et annoncée par le chef de l’Etat, Mahamadou Issoufou lui-même.

 

Hama Amadou, président de l'Assemblée Nationale du NigerHama Amadou, ancien président de l’Assemblée Nationale du Niger

Certes, ce n’est pas la première fois que l’ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale du Niger, Hama Amadou, se retrouve au centre d’une affaire avec les différents pouvoirs à Niamey. Déjà sous le premier régime du renouveau démocratique au Niger, ses démêlés avec le président Mahamane Ousmane avaient fini par entraîner l’immixtion de l’armée dans le jeu politique avec le coup d’Etat du Colonel Ibrahim Baré Maïnassara. C’était bien avant la fin de mandat cahoteuse de Mamadou Tandja pendant laquelle Hama Amadou fut alors arrêté et incarcéré à la prison de haute sécurité de Koutoukalé. Sur fond de lutte intestine pour le contrôle du parti MNSD-NASSARA (Mouvement national pour la société de développement), il était alors question d’une ténébreuse affaire de gestion du fonds d’aide à la presse de l’exercice 2001. Laquelle affaire en vint à être agitée en 2008. Mais cette fois-ci, il s’agit de tout autre chose avec le régime de Mahamadou Issoufou. Une tout autre affaire de trafic de bébés dont les tenants et les aboutissants restent encore à déterminer par la justice.

 

Concernant l’affaire de coup d’Etat déjoué, il n’est pas exclu qu’elle soit bien plus crédible que l’opposition à Mahamadou Issoufou n’a bien voulu l’admettre. Il est en effet hasardeux que dans le contexte qui est celui du Niger actuellement, les autorités au pouvoir à Niamey se permettent de parler de Coup d’Etat à des fins purement politiciennes ou électoralistes. Le président Mahamadou Issoufou avait été bien élu et reste d’ailleurs un porte-flambeau démocratique non seulement pour le Niger mais également pour l’Afrique pour songer à donner le mauvais exemple en jouant à ce jeu maintenant.

 

Seini Oumarou, l'actuel chef de l'opposition du Niger.Seini Oumarou, l’actuel chef de l’opposition du Niger.

Le Niger de Mahamane Ousmane, Mamadou Tandja, Hama Amadou, Mahamadou Issoufou et bien d’autres est beaucoup plus complexe dans son enchevêtrement sociopolitique qu’on ne le voit de l’étranger ou de l’extérieur. Les coups d’Etat contre feu président Ibrahim Baré Maïnassara et l’ancien président Mamadou Tandja sont intervenus dans des contextes similaires.

 

L’annonce du coup d’Etat déjouée est donc bel et bien une chose à laquelle  les conditions de fin de mandat agitée de Mahamadou Issoufou pouvaient laisser penser. Mais les Nigériens, qu’ils soient militaires ou civils, doivent se résoudre dorénavant à accepter qu’aussi grave soit une situation ou une crise sociopolitique, la solution ne doit plus passer dorénavant par les armes. Et qu’il va devoir trouver ou inventer d’autres moyens ou mécanismes pour sortir des crises même les plus difficiles. Car des crises, il y en aura toujours dans le jeu politique national. D’autant plus que c’est inhérent à l’existence et la nature humaine, même dans les sociétés où le respect des textes et lois est déjà une tradition bien enracinée. Le moins qu’on puisse dire à l’heure actuelle, c’est que l’opposition et le pouvoir au Niger ont du mal à accorder leurs violons quant à la préparation du scrutin présidentiel du 22 février prochain. Toute chose qui n’augure pas d’un climat sociopolitique apaisé. Même après ladite échéance.

 

Par Jean Kebayo

 

 

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