BENIN – Entre la population et les hommes politiques : qui sera le dindon de la farce?

 

Florent Couao-ZottiFlorent Couao-Zotti

A chaque fois, les mêmes acteurs: d’un côté, les électeurs; de l’autre, les hommes politiques. Entre les deux, le pays, ses habitants, ses richesses, sa pauvreté, son avenir aux noms desquels le même jeu, depuis plus de vingt-cinq ans, se répète. L’arbitre (la Cour Constitutionnelle, la HAAC) qui est censé contrôler la régularité de l’épreuve, a perdu de sa superbe et se contente d’examiner les choses avec des lunettes noires. Parce qu’entre-temps, les voyous se sont mêlés au jeu et l’aident à ne plus voir clair.

 

Car, ils sont venus avec leurs méthodes, leurs façons de faire, leurs manières plus directes de « convaincre », ces gens-là. Il ne s’agit plus de s’époumoner, de « sorbonner » pour faire connaître un hypothétique projet de société. Il n’est plus question d’épuiser les dictionnaires des langues française et locales pour articuler sa vision. Les électeurs, abasourdis par les quintaux d’idioties débités par les bonimenteurs qui ont promis sans jamais rien réaliser, attendent des nouveaux venus des choses nettement plus concrètes, plus…tripotables: de l’argent, des billets frais et craquants. Ou à défaut, du sandwich, quelque chose qui alimente l’appareil digestif. Et désormais, les rôles sont répartis: les électeurs sont là pour capter les libéralités des politiciens et ceux-ci sont là pour allonger la monnaie.

 

Mais pour la présidentielle qui met en scène un seul siège, la stratégie devient plus affinée. Plutôt que de distribuer de l’argent à tout Adam, ils préfèrent avoir des relais, des distributeurs presque automatiques de petites coupures de CFA. Ceux-ci, abusivement appelés  » grands électeurs » ne sont ni plus, ni moins que les élus, les notables, les personnalités influentes d’une commune, d’une ville, le chef d’un parti politique. Ils sont servis, corps et biens, de dizaines de millions, voire des centaines. Houphouët-Boigny, le bien nommé, avait dit qu’on ne pourrait refuser à celui qui grille de l’arachide pour le pays, d’en mettre quelques grains, de temps en temps, sur la langue.

 

Combien Sébastien Ajavon a-t-il déboursé pour acheter les faveurs des personnalités qui s’engagent à être ses distributeurs ? A quel montant s’élève l’achat des chefs de parti comme Houdé Valentin, Rachidi Gbadamassi et consorts ? Rien qu’à vue de nez, c’est-à-dire, rien qu’à considérer les additions de soutiens que l’homme d’affaires a engrangés depuis ses velléités de présidentiel, le fauteuil de la Marina lui est tout acquis.

 

Mais au Bénin, les mathématiques primaires sont les plus difficiles à opérer. Vous pouvez étager des soutiens, mobiliser le grand monde, remplir des stades, fanatiser des centaines de milliers d’électeurs, les résultats sortis des urnes peuvent vous donner la taille d’un nain. Zéro virgule, zéro poussière, avec parfois seulement un ou deux bulletins favorables à soi dans votre propre bureau de vote. Les plus sensibles, s’ils ne pleurent pas leurs sous perdus, peuvent se choper des AVC fulgurants ou des crises cardiaques dévastatrices. Thomas Goudou, Gatien Houbgbédji et autres célèbres quidams ont vécu tels drames que les caméras de télé n’ont pas eu la chance d’immortaliser. Mais ils sont nombreux comme eux à subir les feintes fiévreuses des électeurs, leurs enthousiasmes simulés et leurs transes théâtralisées. Il y en a même qui jurent sauter du sommet de l’Atacora si jamais leurs héros ne passaient pas. En fait, le vote du peuple est devenu un miroir aux alouettes, une industrie du leurre organisée par des intermédiaires spécialisés, des escrocs électoraux.

 

Pendant ce temps, la majorité silencieuse, comme d’habitude, votera dans la dignité. Sans rien prendre. Sans rien en attendre aussi. Pour elle, la démocratie, c’est comme l’herbe qui pousse dans l’arrière-cour. Elle existe, sans doute, mais reste dramatiquement inutile.

 

Par Florent Couao-Zotti

 

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