FRANCE / GABON – Suite aux propos de Manuel Valls : Crise émancipatrice ?

 

François Hollande et Manuel Valls reçoivent Ali Bongo à la COP 21 © Martin Bureau/AFP/François Hollande et Manuel Valls reçoivent Ali Bongo à la COP 21 © Martin Bureau/AFP/

 

Peut-on se réjouir du traitement médiatique de «l’affaire Valls» ? Doit-on se féliciter de son devenir diplomatique ? Pour le président de la République, pour le PDG, pour la majorité au pouvoir, rien ne permet une réponse affirmative. Au regard de la fonction actuelle du principal protagoniste, eu égard aux déclarations passées de certaines personnalités françaises, compte tenu des réactions des forces sociales nationales, le doute sur la sincérité du scrutin présidentiel du 30 août 2009 subsistera à jamais. Sans s’en rendre compte, Ali Bongo et les siens viennent de commettre deux erreurs tragiques. D’une part, ils ont donné à ce lapsus apparent une résonance politique et médiatique inespérée, obligeant les opinions publiques à revenir sur le contentieux électoral de la dernière présidentielle. D’autre part, ils ont contraint les officiels français à se poser dorénavant des questions sur la gestion à long terme de la reconnaissance des scrutins organisés dans d’autres pays.

 

Françafrique de triste réputation

 

Certains se gargarisent de la volonté du Quai d’Osray de jouer la carte de l’apaisement. D’autres surinterprètent le maintien de la visite de Manuel Valls au Gabon en février prochain. N’empêche, cet incident laissera indubitablement des traces. Pour toujours, il symbolisera la fébrilité d’Ali Bongo sur la question de sa légitimité. Définitivement, il sera l’expression de son mauvais rapport aux normes démocratiques. Ayant toujours proclamé l’universalité des valeurs démocratiques, la classe politico-médiatique française affirme, de plus en plus, sa volonté de promouvoir une gouvernance à l’avenant. Instruite par l’expérience du passé, notamment l’impact de l’affaire des «diamants de Bokassa» sur le sort de Valery Giscard d’Estaing, l’élite dirigeante française aimerait éloigner les contingences de politique internationale des affaires intérieures. Or, la prochaine présidentielle française aura lieu moins d’une année après la nôtre. Pour toutes ces raisons, la prochaine présidentielle organisée sous nos latitudes, pourrait être traitée différemment par les élites françaises. A coup sûr, elle revêtira à leurs yeux une dimension particulière.

 

Intervenant à l’amorce du dernier virage du mandat d’Ali Bongo, «l’affaire Valls» relance le débat sur la véracité des résultats officiels de la dernière présidentielle. Elle conduit à interroger la relation France-Gabon et plus spécifiquement l’influence de cette françafrique de triste réputation. Accusée d’avoir facilité des détournements de fonds publics, soutenu des dictatures, encouragé des dévolutions monarchiques du pouvoir, couvert des massacres, cette nébuleuse n’est pas assumée par la France officielle. Et pourtant, elle est la matérialisation de la face la plus sombre et la plus rétrograde de sa politique extérieure en Afrique. Souvent contre l’éthique démocratique, elle valide des scrutins sujets à caution. Généralement à rebours de la transparence, elle passe des contrats d’armes ou portant sur l’exploitation de ressources naturelles. Systématiquement aux antipodes de la justice, elle noue des partenariats. Toujours en contradiction avec les valeurs des Lumières, elle développe une forme de coopération dont ne bénéficient jamais les peuples. En somme, elle nuit, à la fois, au développement de l’Afrique et au prestige de la France.

 

Présidentielle de tous les dangers

 

Au lendemain de «l’affaire Valls», le défi pour la relation France-Gabon réside dans sa capacité à se conformer aux valeurs de la république et principe démocratiques. Jusque-là, cette exigence a été reléguée en arrière-plan par la volonté de préserver une relation privilégiée ou défendre des intérêts particuliers. Mais, nolens volens, le temps est peut-être venu d’en tenir compte. Sous Omar Bongo Ondimba, les protestations diplomatiques à l’endroit de la France passaient généralement par des émissaires officieux. Ayant choisi de le faire par des voies officielles et de le faire savoir, Ali Bongo s’est, par conséquent, engagé à faire évoluer cette relation. A huit mois d’une présidentielle de tous les dangers, sa posture a tout d’une gageure. Et pour cause : ayant aiguisé la curiosité des médias et de l’opinion publique français, ayant mené le gouvernement Valls au bord de la crise diplomatique, il s’est condamné à organiser une présidentielle dans «le respect des lois gabonaises et des normes internationales de transparence», selon la très diplomatique formule de Cynthia Akuetteh, ambassadeur des Etats-Unis au Gabon. En d’autres termes, la prochaine présidentielle gabonaise devra tordre le coup à l’assertion de notre confrère Vincent Hugeux selon lequel «le recours à la fraude électorale, qu’il s’agisse de procès-verbaux trafiqués, de listes électorales bidons et le recours à l’achat de vote, appartient au patrimoine génétique et politique du Gabon». Mieux, pour éviter tout soupçon de connivence, la France devra attendre la proclamation définitive par la Cour constitutionnelle avant de se prononcer.

 

Par sa réaction éruptive voire primesautière, la majorité au pouvoir a voulu montrer combien elle tient à son image et à sa réputation. Mais, elle a aussi voulu contester à la France le rôle de faiseur de rois au Gabon. Voulant affirmer sa légitimité, elle a rué dans les brancards et usé de tous les outils diplomatiques. Elle doit désormais agir en conséquence. Crise de trop, crise émancipatrice ou crise feinte ? L’avenir le dira…

 

 

 

 

 

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