Il sera ‘‘temps que le malheur succombe’’ (Par Roger Gbégnonvi)

 

ACTU Cotonou Ville

Il ne suffit pas de rejeter ‘‘l’imposture venue de France’’, il faut aussi s’interroger sur la faute par nous commise pour mériter cette insulte sévère, cette humiliation extrême : ‘‘Comme nous n’avons rien pour vous ici malgré vos talents, allez donc là-bas les gouverner pour nous. Vous êtes des leurs de par le nom de votre père. Nous arrangerons pour vous le KO.’’ Qu’avons-nous fait pour mériter qu’on nous méprise et bafoue notre dignité ?

 

La classe politique béninoise est coupable de cette faute. Pendant 55 ans d’indépendance, fût-elle nominale, elle n’a jamais été capable de penser Dahomey ou Bénin, elle n’a été capable que de penser clientélisme. Les partis baptisés politiques sont des clans familiaux ou ethniques, même pas régionaux. Tant et si bien que, signe des temps, à deux mois de l’échéance présidentielle en ce début d’année 2016, aucun d’eux ne se montre pressé de désigner un candidat. Auraient-ils peur de la tempête qui s’annonce, consécutive à la discorde qu’ils ont semée à tout vent pendant 55 ans d’absence de perspective ? Aujourd’hui, à ce qu’on voit, ils sont penauds et sans voix.

 

Après avoir habitué le peuple à bêler et à se faire acheter, chaque clan attend peut-être ‘‘le richissime homme d’affaires’’ qui viendra l’acheter au prix fort. Ni âme ni esprit. Ni foi ni loi. Il n’y en a que pour l’argent qui n’a pas d’odeur et, si élection il y a, achètera le pays celui qui aura sorti le plus d’argent. Il s’installera ensuite à la Marina pour se rembourser pendant cinq ans. Mais surgit un citoyen lambda qui prévient : ‘‘Y’en a marre ! On le vire dès qu’il se met à nous voler !’’

 

Le peuple béninois est, lui aussi, coupable de cette faute. Pendant 55 ans d’inconsistance, il s’est laissé mener par civils et militaires incapables de l’emmener vers des horizons nouveaux, des soi-disant dirigeants qui ont laissé le Dahomey-Bénin dans l’état de bantoustan analphabète où l’a abandonné le colonisateur en 1960, après avoir vaincu en 1894 ‘‘Abomey, royaume militaire remarquablement organisé’’, dit-il, en hommage du vice au vice. Et le peuple, en accord avec ses dirigeants mimétiques, considère encore et toujours que doit rester déchiré ce que les guerres d’Abomey ont déchiré, que les soldats Kposú et Gawú doivent rester enterrés – à l’époque, vivants – dans le village de Hêvê, vaudou érigé en hommage éternel à la vengeance du Mono-Kufo contre les outrances d’Abomey, que les quatre crânes humains – authentiques – de ressortissants des Collines doivent rester à porter le trône royal à Honmê, écrasement du voisin érigé en hommage éternel à la gloire et à la puissance d’Abomey, que ‘‘les Aja sont nos esclaves’’ (sic), que ‘‘les Fon sont mauvais par essence’’ (sic), que les compatriotes du septentrion doivent être désignés par l’onomatopée des Peuls pour dresser leurs bœufs, que c’est par jeu que nous avons parlement et gouvernement communs, drapeau et hymne communs, vraie-fausse capitale commune, etc., que tout cela est vaste blague et singerie du Blanc, que nous restons inconciliables en souvenir de nos chers ancêtres. Car, instrumentalisé par sa classe politique, dont le seul horizon commence par le nombril et descend, le peuple béninois reste rivé à son passé de malheur et de zizanie, et s’interdit tout progrès. Il marche sans but. Il erre. Il ne va nulle part, sauf droit dans le mur. Et si l’un des siens veut du panache à sa carrière brillante menée à l’extérieur, il peut venir lui conter sornettes pour le suborner et l’abuser lui aussi.

 

Or donc, levez le regard et voyez ce peuple, malheureux et méprisé, voyez-le, quand les temps seront accomplis, voyez-le surgir métamorphosé, se lever soudain en un soulèvement lumineux pour se bâtir un autre destin. Un vrai destin. Après avoir mis en déroute imposture et imposteurs. Aujourd’hui ? Demain ? Nul ne perd rien pour attendre. Il sera toujours ‘‘temps que le malheur succombe’’. Bonne et heureuse année 2016.

 

Par Roger Gbégnonvi (Editorial)

 
Source: http://www.24haubenin.info
 
24 Heures au Bénin (Bénin)

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