Lionel Zinsou, une passion béninoise (Par Roger Gbégnonvi)

 

Lionel ZinsouLionel Zinsou

 

L’étrange candidature de Lionel Zinsou à la Présidence de la République amènerait-elle les Béninois, dans leur ensemble, à désirer l’inverse de leur réel quotidien atavique, étriqué et désespérant ? Le tourbillon que soulève ladite candidature le laisserait penser. Meurtris par l’inattendu et sa violence, les Béninois prendraient conscience qu’ils doivent se distancer des trois arrogances qui les minent et les empêchent de progresser.

 

D’abord l’arrogance du diplôme. Par tradition coloniale, ‘‘quartier latin de l’Afrique’’ oblige, le Béninois aime bien les ‘‘gros diplômes’’ et les titres ronflants qui vous posent un homme et vous l’imposent. Il ne s’interdit d’ailleurs pas de les étaler aux yeux du tout-venant, et l’on connaît des cartes de visite qui sont une petite orgie de titres universitaires et de postes impressionnants. Lionel Zinsou ne se vante personnellement de rien. Une presse internationale de qualité s’est chargée pour lui de son élogieuse carte de visite hexagonale. Mais cela n’en impose pas aux Béninois, bien au contraire. Et s’il a jamais cru qu’il suffirait d’un parcours intellectuel et professionnel remarquable à l’intérieur de l’Hexagone pour être fait Président de la République du Bénin par les Béninois, il se sera trompé, car ses compatriotes lui disent qu’il faut quelque chose d’autre pour prétendre les gouverner.

 

Ensuite l’arrogance de l’argent. Pauvre et confronté à une pénurie de tous les instants, le Béninois voue une espèce de culte à l’argent et à ceux qui ont l’art de faire montre de leur fortune et de leur aisance. Un exemple discret et feutré de cet étalage leur est offert par les lieux de la Fondation-Zinsou, où l’on entre et jouit de la culture sans rien payer, où la très grande propreté vous suggère de vous mirer dans le plancher ou dans le plafond, où les employés sont d’un accueil exquis. Les Béninois se montrent sensibles à cette richesse altruiste, mais sont loin de juger que celui qui se tient derrière cette rare qualité est ipso facto qualifié pour les gouverner, comme si l’argent n’est plus pour eux le fin mot de l’énigme. Et c’est par aimable dérision qu’ils énoncent : ‘‘Zinli va nous apporter l’argent.’’

 

Enfin l’arrogance de l’ethnie. Le Béninois se dit béninois sur sa carte d’identité pour les avantages que cela peut offrir d’appartenir à un Etat reconnu par le monde entier. Mais pour le reste et pour l’essentiel, le Béninois est de son ethnie, dont il brandit les couleurs et vante l’excellence intra-muros, de l’océan Atlantique jusqu’au fleuve Niger. En quête cependant d’unité et de cohésion, Il aurait dû trouver en Lionel Zinsou le Béninois idéal, voire providentiel, le Béninois dont l’appartenance ethnique relève du flou artistique et qui pourrait, de ce fait, être le lieu géométrique des ethnies et même des couleurs. Eh bien, non ! Les Béninois continuent de traîner sombrement leur désir d’unité et de cohésion et disent á leur compatriote, Lionel Zinsou, qu’ils veulent, pour les gouverner et tenter de les fédérer, un Béninois qu’ils connaissent et qui les connaisse parce qu’il aura étudié et travaillé tant soit peu parmi eux. Avec Lionel Zinsou et contre lui, les Béninois se découvriraient-ils soudain béninois et non plus fils et filles entêtés de leur village et de leur ethnie ? Paradoxe.

 

Et il est vrai que l’étrange et humiliante candidature de Lionel Zinsou à la Présidence de la République semble le lieu et le moment de nombreux paradoxes. De façon inattendue et, peut-être, providentielle, cette candidature mettrait les Béninois face à eux-mêmes, face à leurs angoisses, à leurs interrogations, à leurs peurs, à leur étroitesse d’esprit, enfouies honteusement en eux depuis des lustres. Lionel Zinsou serait-il, à son corps défendant, un révélateur de l’état de conscience de ses compatriotes ? Si l’on répond oui à cette question, il faut alors considérer qu’en ce sens ainsi qu’au sens noble et tragique du terme, Lionel Zinsou est une passion béninoise. Il ne doit pas s’en offusquer, mais se retirer pour méditer.

 

Par Roger Gbégnonvi

 

Source: http://babilown.com

 

Babilown-Mawole (France)

 

 

 

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