Andrea NGombet, coordonnateur du Collectif « Sassoufit »: « Le Congo doit tourner la page Sassou »

A quelques semaines des élections présidentielles, l’un des leaders de la contestation populaire nous a accordé une interview.

 

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Vous êtes un des congolais de la diaspora les plus actifs dans l’analyse et la critique du régime congolais, qu’est ce qui justifie cet engagement ?

 

Andrea NGOMBET – La guerre et les morts. Etre confronté dès l’âge de 7 ans à la folie des hommes forge un caractère. Ensuite vient l’analyse, pourquoi la guerre, les guerres, pourquoi et comment cette folie ? Puis des conclusions et une certitude : le régime est la source du mal. Il ne nous restait donc plus qu’à le combattre.

Notre conclusion sur la nature du régime est que nous ne sommes pas en face d’une simple dictature mais bien d’un totalitarisme. Ce totalitarisme s’appuie sur une idéologie de la hiérarchie des ethnies dit «OBUMITRI» oligarchie bureaucratico-militaire-tribale. Cet en fait la hiérarchie coloniale Blanc- Indigène assimilée – indigène qui a été récupéré et adapté comme Ethnie supérieure – Ethnie suppléante – reste des ethnies corvéables à merci. Un projet totalitaire soutien l’administration et la gestion du pays et de ses ressources. Une logique de pillage et de concession «coloniale» guident l’action politique.  Nous ne pouvions pas rester dans l’attitude stérile du spectateur.

 

Vous avez battu campagne contre le référendum et le peuple s’est prononcé en faveur des changements voulus par le pouvoir en place. Pourquoi le président congolais serait illégitime à se représenter aux élections ?

 

Andrea NGOMBET – Le peuple a voté ? Quel peuple ? Les observateurs internationaux sérieux qui étaient sur place et même Sassou Nguesso lui-même dans une interview reconnaissaient que la participation était faible. Nous affirmons qu’elle n’a pas dépassé les 5%. Le peuple ce n’est pas la somme des fanatiques et des mercenaires du PCT.

Sassou à notre sens serait illégitime à se présenter aux élections en raison de son bilan catastrophique et du simple bon sens qui veut qu’en 30 ans règne quand on a pas été capable de mettre en place un système d’égouts ou l’eau potable à son peuple, on doit laisser la place à d’autres. L’état est une continuité.

 

L’adoption d’une nouvelle constitution par référendum et l’institution d’une nouvelle commission électorale sont-elles de nature à garantir un scrutin démocratique au Congo ? 

 

Andrea NGOMBET – Nous l’espérons sans naïveté car le PCT nous a habitué à sa fourberie et sa propension à la tricherie. La commission n’est pas encore réellement indépendante. Elle ne répond pas aux standards internationaux. Elle ne répond même pas simple pré-requis de neutralité et de parité entre les forces politiques du pays. Le PCT sait qu’une commission vraiment indépendante comme celle de 1992 signera la fin du pouvoir pour eux.

Permettez-moi de citer Thatcher : “I will never negotiate with people who use coercion and violence to achieve their objectives. They are the enemies of democracy; they are not interested in the future of democracy. They are trying to kill democracy for their own purposes» – Thatcher, about communist union»
Le PCT n’est pas intéressé par la démocratie. Il l’assassine pour son propre objectif : Faire du Congo une véritable Corée du Nord Tropicale.

 

Les atermoiements et hésitations de l’opposition congolaise qui n’a toujours pas réussi à aplanir ses divergences ne sont-elles pas de nature à renforcer les arguments des tenants du pouvoir ?

 

Andrea NGOMBET – L’opposition congolaise a montré jusqu’à présent sa responsabilité. Elle refuse d’entrer dans la logique du régime qui est celle du pouvoir au bout du fusil. L’opposition pense, et en cela elle a raison, que l’élection reste la démarche la plus pacifique pour la dévolution du pouvoir. Elle espère un scénario à la sénégalaise où malgré la modification de la constitution par Abdoulaye Wade, ce dernier avait été battu dans les urnes par son propre dauphin le président Macky Sall. Dans le scénario congolais que nous construisons, nous pensons que la société civile sera la grande surprise pour tous les observateurs. Elle va se prendre en charge.

 

L’indifférence de la communauté internationale et la relative apathie des populations congolaises ne remettent elles pas en cause la crédibilité de la stratégie d’opposition systématique ?

 

Andrea NGOMBET – Indifférence de la communauté internationale ? Je ne crois pas. Le Congo Brazzaville est un baromètre de l’Afrique. La démocratisation du Congo par la chute du régime totalitaire de Sassou Nguesso peut être un signal encore plus formidable que la révolution Burkinabé. Il y a donc un intérêt fabuleux pour la situation congolaise. Nous ne comptons plus la liste des articles dans la presse internationale en italien, Suedois, Portugais, Anglais etc. qui décrivent la situation.

Apathie des populations congolaises ? Détrompons-nous. La population n’a souvent pas accès au média pour montrer sa protestation. La fronde sociale s’accélère, des opérations anti-régimes se multiplient. Les Congolais avaient déjà surpris le régime en 1989, ils s’apprêtent encore une fois à surprendre le Monde. Le peuple Congolais est un peuple hautement révolutionnaire, l’histoire de ce pays le démontre. Si nos ancêtres ont pu faire plier la tyrannie coloniale, nous arriverons, je vous rassure il réussira à faire plier la tyrannie «loco-coloniale» de Sassou Nguesso.

 

Vous avez crée le mouvement Sassoufit. Comment fonctionne t-il, est il bien perçu par la population congolaise et êtes vous en lien avec d’autres mouvements de la société civile africaine?

 

Andrea NGOMBET – Si vous avez vu les images de la mobilisation du 27 septembre 2015, sassoufit a été le slogan fédérateur de la population. Il exprime le plus simplement et directement l’état d’esprit de la majorité du peuple : 30 ans ça suffit, le congo doit tourner la page Sassou.  Il fonctionne comme une plateforme de coordination des mouvements anti-sassou sur la toile et sur le terrain.

Nous mutualisons nos efforts et nos ressources.  Nous travaillons avec le mouvement ras-le-bol au congo et faisons parti du réseau des Africtivistes qui réunit Sunu Sénégal, Yenamarre, Balai citoyen etc.

 

 

Propos recueillis par Karfa Sira Diallo, dir pub de Senenews

 

 

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