BURKINA – Militaires radiés : « Nous allons suspendre la lutte parce que personne ne nous écoute »

Des militaires radiés lors des mutineries de 2011 ont rencontré la presse ce jeudi 11 février 2016 à Ouagadougou. Objectif : Plaider une fois de plus leur cause. Mais s’ils ne sont toujours pas entendus, ils suspendront leur lutte en désespoir de cause pour s’occuper à autre chose.

 

Radié 1

 

Depuis 2011, les années se succèdent et se ressemblent pour les militaires radiés. Identifiés comme instigateurs ou acteurs des mutineries qui avaient fait des morts et d’importants dégâts matériels, 560 militaires ont été retirés des effectifs de l’armée. Depuis lors, ils font des pieds et des mains, multiplient les conférences de presse et les demandes d’audience mais visiblement rien n’évolue pour eux.

 

Participation aux différentes manifestations

 

Leurs noms sont souvent cités parmi les acteurs de terrain qui ont provoqué l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a entrainé la chute du président Blaise Compaoré. « Après cela, nous avons juste été reçus par Chérif Sy alors président du Conseil national de la transition (CNT). A part lui, aucune autre autorité civile ou militaire ne nous a encore reçus alors que nous avons déposé des demandes d’audience à plusieurs ministères », a expliqué Hervé Tapsoba, le président de l’association.

 

Lorsque les éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont tenté un coup d’Etat en prenant en otage le président de la Transition, Michel Kafando, son premier ministre, Yacouba Isaac Zida et d’autres ministres, ils disent avoir encore contribué à leur manière pour mettre en déroute l’armée du Général Gilbert Diendiéré. « Mais qu’est-ce que nous avons gagné en retour ? Rien. Pire, personne même ne veut nous recevoir en audience », s’offusque le conférencier.

 

Radié 2

Comparaison avec le RSP

 

En débutant la rencontre avec les Hommes de médias, ils ont renouvelé leur demande de pardon à l’endroit de la population pour les désagréments que cette dernière a subis lors des mutineries. « Après les mutineries, beaucoup de choses ont été dites à notre sujet pour nous salir. Nous endossons cela même si ce qui est dit n’est pas vrai », a regretté Hervé Tapsoba pour qui des exactions qu’on leur reproche n’ont pas véritablement été commises par eux. « Selon ce qui avait été convenu, les mutineries ne devaient pas sortir des camps et toucher la population civile. Mais comprenez que nous n’avons pas tous les mêmes tempéraments. Ce qui fait que nous endossons ce qui se dit », a révélé le conférencier.

 

Comparant le traitement qui leur a été réservé et celui servi aux soldats de l’ex-RSP, les militaires radiés déplorent que la justice soit à deux vitesses au Burkina. « Selon les règles militaires, l’ordre s’exécute à l’instant sans murmure. Et celui qui donne l’ordre assume la responsabilité. Mais les militaires du RSP ont refusé de se soumettre à l’autorité. Pire, ils ont séquestré le président du Faso, son premier ministre et des ministres. Pour leur cas, on a mis en place un comité de réflexion piloté par leurs chefs. Et après tout cela, ils ont été simplement mutés dans d’autres garnisons pourtant ils ont aussi fait des victimes au sein de la population civile. Nous n’avons pas fait le quart de ce que certains ont fait mais nous avons été sanctionnés avec la dernière énergie », a déploré Hervé Tapsoba.

 

Pour eux qui « ne demandent qu’à servir l’Etat burkinabè », leur souhait est d’être réintégrés au sein des Forces armées nationales. Afin de convaincre ceux qui craignent des problèmes, ils rassurent : « Nous n’avons pas d’ennemis. Il n’y a donc pas de raison de penser que nous allons nous venger de ceux qui nous ont fait radier ».

 

Radié 3

 

Mais si cela ne suffit pour rassurer les nouvelles autorités et les responsables militaires, et s’ils ne parviennent toujours pas à obtenir des rendez-vous pour parler de leur problème, ils vont se résoudre à « suspendre la lutte ». « Mais nous tenons à préciser que nous suspendons notre lutte parce que nous ne trouvons pas d’oreille attentive. Sinon nous ne disons pas que si nous suspendons la lutte, nous allons mener d’autres actions. Nous nous consacrerons aux différentes occupations que nous exerçons depuis maintenant cinq ans que nous ne sommes plus militaires », a précisé Rasmané Mongmèga, l’un des conférenciers du jour.

 

Jacques Théodore Balima

 

 

Source: http://www.lefaso.net

 

Lefaso.net (Burkina)

 

 

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