BENIN – La Pendjari, un éden béninois

Dans le Nord-Ouest du Bénin (ex-Dahomey), subsistent un terroir et une culture originales. Un journaliste béninois redécouvre avec bonheur sa région d’origine. Voyage au coeur de l'Atacora, une région plus connue par ses sites touristiques que son patrimoine historique et culturel.

 

La stéle de kaba à l'entrée de la ville de Natitingou, chef-lieu du département de l'Atacora.La stéle de Kaba à l’entrée de la ville de Natitingou, chef-lieu du département de l’Atacora.

Mon métier de reporter m’avait tenu éloigné du nord-ouest du Bénin et de sa riche culture : son habitat atypique, ses merveilleux paysages et ses sites touristiques. Au Bénin, comme ailleurs en Afrique, lorsqu’on est journaliste dans la presse indépendante, prendre des vacances n’est pas chose facile avec une rédaction réduite au strict minimum. Mes seuls moments d’évasion se limitaient donc aux voyages dans le sud du pays, proche de mon lieu de travail – Cotonou, la capitale économique. Qu’à cela ne tienne, en dehors des belles plages de Cotonou, où se rassemblent tous les week-ends les Béninois et autres expatriés que la pollution des zémidjan [motos-taxis] et le stress permanent amènent en quête d’air pur ou de distraction, je m’inventais de temps à autre mes propres circuits touristiques, au gré de mes curiosités. Mais rien de tout cela ne parvenait à remplacer dans mon cœur la chaleur des hommes ni la beauté du Nord-Ouest, qui fascinent toujours le fils du pays que je suis tout comme l’étranger qui y débarque, et qui fait que l’envie de retourner dans cette région sonne toujours comme un appel irrésistible.

Une habitat typique de l'Atacora appelé communément "Tata Somba", mais dont le nom originel et traditionnel est "Takienta".Une habitat typique de l’Atacora appelé communément « Tata Somba », mais dont le nom originel et traditionnel est « Takienta ».

Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, a décidé – à juste raison – de faire du développement et de la promotion du tourisme la priorité de ses priorités. En effet, en dépit de son énorme potentiel dans ce domaine, le Bénin est une destination méconnue non seulement en Occident mais aussi en Afrique. Pour ce retour au bercail, mon voyage ne s’arrête pas à Natitingou. Il me faut cependant marquer une halte. La nuit est tombée sur la petite ville. A chaque saison touristique, qui s’ouvre le 15 décembre pour se refermer fin juin, elle est le réceptacle de tous les touristes – en provenance, pour la plupart, d’Europe ou d’Amérique.

 

Généralement, c’est à partir d’ici qu’ils se déploient en direction des sites touristiques, entre autres le musée de Natitingou, les grottes et les villages tanéka, la chute de Kota, le belvédère de Koussoukouangou, les tatas somba [habitations en terre à étages et à tourelles] de Boukoumbé et ses environs, les vestiges du champ de bataille et la grotte de Datawori, le campement de chasse de Porga, les cascades de Tanougou, le Parc national de la Pendjari. Tanguiéta est un passage obligé sur le chemin des chutes de Tanougou et du parc national de la Pendjari. Pour y entrer, il faut passer par une porte mystérieuse – une longue chaîne de montagnes qui se prolonge vers le Togo.

 

Les chutes de Kota.Les chutes de Kota.

En dehors des nombreuses chutes d’eau que l’on rencontre dans les massifs montagneux de l’Atacora, il existe également plusieurs grottes, notamment celle de Taiacou, située à dix kilomètres à l’ouest de Tanguiéta. Mais le culte dont les habitants de ce petit village entourent ce site, qui fut leur refuge lors de la guerre de résistance contre la pénétration coloniale française (1914-1917), est tel que l’endroit n’est pas encore ouvert aux touristes. Contrairement aux grottes de Datawori, où la résistance des combattants de Kaba (héros national) s’acheva par une bataille homérique suivie d’une reddition aux troupes françaises. Un véritable musée à ciel ouvert, accessible à tous, qui vaut un crochet.

 

Cap sur Porga. Il fait un temps ensoleillé en cette mi-journée. Le ministre chargé du Tourisme, et la délégation ministérielle ne s’y attardent pas et rebroussent chemin pour rejoindre Tanougou via Tanguiéta. Le véhicule qui me conduit, franchit l’entrée du Parc national de la Pendjari pour prendre la piste de chasse qui doit nous mener jusqu’aux cascades de Tanougou. La visite d’un chantier sur les hauteurs de la mare Bori, jouissant d’une vue panoramique sur le parc, nous oblige à ce détour. Parvenus à Tanougou en début d’après-midi. Ensemble, nous nous rendons au pied de la montagne. Il faut escalader des rochers pour découvrir la petite cascade d’abord, puis la grande, qui est la plus fabuleuse. L’eau qui jaillit de là et la vaste piscine qui s’étend en bas créent un microclimat doux et rafraîchissant, dans un cadre de végétation luxuriante. Inutile de dire que c’est un endroit idéal pour le repos, par son calme et la pureté de l’air qu’on y respire, mais aussi pour la baignade.

Les chutes de Tanougou.Les chutes de Tanougou.

Batia est à une dizaine de kilomètres de la seconde entrée du Parc de la Pendjari. Après un déjeuner pris au restaurant du campement à notre retour de la cascade, nous reprenons nos véhicules. Mais notre 4 x 4 est vieux, et nous sommes vite distancés. Comme pour nous souhaiter la bienvenue, c’est un troupeau de la plus belle espèce d’antilope au monde que nous rencontrons : des hippotragues, des antilopes à la stature de chevaux. Ensuite passent sous nos yeux des cobs de Buffon et des waterbucks [antilopes] tout au long du parcours en direction de la mare Bali.

 

Un lycaon dans le Parc national de la Pendjari.Un lycaon dans le Parc national de la Pendjari (Photo: Philippe Huet).

 

Le parc compte plusieurs mares – la mare Bali, la mare Diwouni, la mare Yanguali, la mare Bori –, où il est loisible d’observer les animaux à partir d’un mirador lorsqu’ils viennent s’abreuver quand on n’a pas eu la chance de les voir sur les pistes des différents circuits proposés aux visiteurs. Nous croisons une longue procession de cynocéphales qui convergent vers ce point d’eau de façon disciplinée. Le mirador me donne une vue panoramique sur la mare, où des crocodiles et des hippopotames se déplacent dans tous les sens. Un concert de chants d’oiseaux s’élève du côté opposé. Mes connaissances limitées en ornithologie ne me permettent pas d’identifier toutes les espèces de façon formelle – sauf le pique-bœuf, plutôt taciturne. Tout autour, un nombre impressionnant de cynocéphales se regroupent sans se soucier de notre présence, comme pour nous dire que nous sommes sur leur territoire. Nous reprenons la piste en direction du campement de la Pendjari, en empruntant l’itinéraire d’un circuit.

Un troupeau d'éléphants dans le Parc national de la Pendjari.Un troupeau d’éléphants dans le Parc national de la Pendjari.

En cette fin de journée, le soleil commence à décliner. Le fleuve Pendjari, qui a donné son nom au parc et qui constitue la frontière naturelle entre le Bénin et le Burkina Faso, est à sec. Néanmoins, il y a encore quelques points d’eau dans son lit. Sur notre passage, nous rencontrons des cynocéphales, des cobs de Buffon, des phacochères. A l’approche du campement, nous apercevons un éléphant solitaire sur l’une des rives de la Pendjari. Imperturbable, il continue de chercher sa subsistance en jetant de temps en temps des coups d’œil furtifs dans notre direction. Son odorat fort développé l’a averti de notre présence. Un couple de touristes européens arrive sur les lieux et filme le spectacle de l’éléphant qui continue son repas. Nous poursuivons notre chemin, pour découvrir deux grands buffles dans une clairière. Les bêtes ne se montrent pas du tout disposées à s’accommoder de l’arrêt que nous marquons pour les contempler de plus près. Nous en prenons acte, mais pas avant d’avoir satisfait notre curiosité.

 

A notre arrivée au campement-hôtel de la Pendjari, on nous apprend que nous avons raté le passage d’un lion. Peu à peu, le crépuscule tombe. Le temps d’une visite, j’ai l’impression d’être l’unique propriétaire des paysages et des animaux que mes yeux fixent, et que rien d’autre n’existe au monde. L’atmosphère de calme absolu qui règne est telle qu’il est difficile d’imaginer meilleur endroit pour le repos. Ni téléphone, ni bruit, ni pollution… La nuit est paisible. Nous nous réveillons de bonne heure, comme convenu la veille, et partons sur les pistes. A peine sortons-nous du campement qu’un impressionnant troupeau de buffles vient à passer devant nous, laissant derrière lui une traînée de poussière. Un tour par les mares les plus proches dans l’espoir de surprendre un lion ou un guépard reste infructueux.

Des lions dans le Parc national de la Pendjari.Des lions dans le Parc national de la Pendjari.

Retour au campement. Le petit déjeuner pris à la sauvette, nous prenons le chemin du retour en direction du campement de chasse de Porga. Il ne nous faudra pas aller loin pour faire notre plus fabuleuse rencontre : un troupeau d’une trentaine d’éléphants. De quoi se délecter longuement du spectacle que ces géants et leurs petits offrent sans paraître dérangés. Les uns et les autres se caressent avec leurs longues trompes. Les petits sont sous protection, entre les pattes de leurs mères. Au risque de passer une seconde nuit dans le parc, nous poursuivons notre voyage. Nous laissons quelques kilomètres derrière nous et tombons nez à nez avec un troupeau d’une quarantaine d’hippotragues.

 

La surveillance antérieure a permis la protection et la multiplication des guépards dans le Parc national de la Pendjari.La surveillance antérieure a permis la protection et la multiplication des guépards dans le Parc national de la Pendjari.

Quand on a une fois visité le Parc national de la Pendjari, on ne peut que donner tout son sens aux notions de chance et de hasard. Car rien de rationnel ne vous permet d’être au bon moment à un endroit précis pour voir telle ou telle espèce animale. Et c’est ce suspense de la recherche et l’explosion de joie de la découverte qui, à l’opposé de bien d’autres parcs du continent où l’on retrouve groupées en un seul endroit toutes les espèces animales, font le charme de la Pendjari. Ainsi, malgré tous nos vœux et toutes nos prières, nous ne verrons pas le guépard (l’animal culte du parc) ou le lion que d’autres touristes encore présents dans la réserve ont eu le plaisir de filmer. A chacun son jour de chance. Ça n’est donc que partie remise. Au revoir, Pendjari.

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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Commentaires

  1. Le , Roch NEPO a dit :

    Je me rends bien compte, après la lecture de cet article fort instructif, qu’au plan touristique et à travers le patrimoine inestimable que représente la PENJARI, que mon pays le Bénin, ressemble davantage à ce pauvre hère assis sur une mine d’or et auto-condamné, par ignorance, à mourir de faim. C’est bien triste! Il est vraiment grand temps, je crois, que soit initié un vrai plaidoyer en vue de la préservation de ce patrimoine national et africain.

  2. Le , Prof Kalamba Nsapo a dit :

    Impressionnant!