BENIN – Pourquoi je ne voterai pas Zinsou

 

Le Premier ministre Lionel Zinsou saluant son mentor, le président Boni Yayi lors de son investiture comme candidat de la coalition FCBE au pouvoir.Le Premier ministre Lionel Zinsou saluant son mentor, le président Boni Yayi lors de son investiture comme candidat de la coalition FCBE au pouvoir.

 

En ce dernier jour de la campagne électorale, interpellé par nombre de mes amis qui voulaient savoir le candidat pour lequel je voterai, je me décide à ouvrir le fond de ma pensée. Je crois avoir déjà donné les critères qui guident mon choix. Ces critères résultent du diagnostic que je fais de la situation politique actuelle après dix ans du pouvoir de Yayi Boni.

 

  • Le premier critère est celui de la conscience qu’a le candidat des fractures de la société béninoise et des initiatives qu’il envisage de prendre pour une nouvelle démarche de construction de notre pays. L’échec dans l’application de la constitution de 1990 doit être reconnu pour impulser une nouvelle dynamique de la gouvernance du pays.

 

  • Le second est l’orientation et le programme de gouvernement qui nous sont proposés. A ce sujet je récusais les lieux communs qui traduisent un conformisme de langage pour plaire à certaines couches de la population. Les aspects économiques devraient s’adosser à une vision claire des maux dont souffrent les efforts de développement du Bénin. Sur le plan de l’emploi, la conscience claire que ce sont les entreprises qui créent l’emploi, et donc la politique d’incitation prévue pour elles. Sur le plan de l’éducation, l’objectif devrait être de former des béninois qui soient fiers de leur pays et des cultures des populations, tout en étant ouverts à tous les pays sans préférence particulière, sauf les pays africains.

 

  • Le troisième critère est celui de l’équipe dont est entouré le candidat : ces personnes sont-elles fiables, patriotes ? Ont-elles des raisons valables moralement de s’engager aux côtés du candidat ? Sont-ils honnêtes ou traînent-elles des casseroles ?

Ces principaux critères m’ont semblé suffisants. D’autres auraient pu s’y ajouter ; ils permettent en tout cas de départager les 33 prétendants au poste de Président de la République.

 

Il a fallu attendre que chacun d’eux présente son ‘’projet de société’’, plus exactement les grandes décisions qu’il entend initier. Pour moi, un projet de société est de connotation idéologique et ne se résume pas à un catalogue de mesures envisagées pendant le quinquennat.

 

C’est maintenant chose faite. Je peux donc oser justifier un choix, celui de voter pour un candidat ou de ne pas voter pour l’un ou plusieurs d’entre eux.

Je reste fidèle à ma décision de ne pas révéler celui sur qui portera mon vote, le bulletin de qui je mettrai dans l’urne.

Il y a une certitude cependant : je ne voterai pas pour Lionel Zinsou et voici pourquoi.

 

Dans tout son discours électoral, il a toujours évité de faire le bilan de la gouvernance récente du pays. Il se considère comme étant dans la continuité de la gestion de Boni Yayi. Or, contrairement à mon ami Eric Houndété qui a changé d’appréciation par rapport à cette gestion, je considère qu’elle a été calamiteuse et porteuse de germes de division du Bénin. L’improvisation permanente, la mystification à outrance des populations, les mensonges éhontés, la corruption généralisée et tolérée au plus haut niveau, le non-respect des lois et règlements de la République, la mise au pas des institutions dites de contre-pouvoir, les scandales répétitifs, etc., ont caractérisé la gestion du pays sous Boni Yayi. Un tel diagnostic, objectif, nécessite une remise en cause des certitudes vétustes qui ont inspiré le projet issu de la conférence nationale des forces vives de la Nation. Ne pas en avoir conscience disqualifie un candidat à la direction du pays. C’est le cas de Lionel Zinsou. Il ne remplit pas le premier critère en fin de présentation de ses intentions pour le Bénin. Je ne saurais voter pour lui.

 

S’agissant de son programme, j’ai été désagréablement étonné d’entendre ce candidat s’accrocher à la solidarité, au partage, à la distribution équitable ; comme si c’est le principal handicap au développement économique du Bénin. Lors de la présentation de son programme sur Radio Frisson, j’ai été sidéré par l’accent qu’il a mis sur cette vision des maux dont nous souffrons ; ma conclusion fut qu’il est bien léger dans ses analyses du phénomène du décollage économique. La réputation qu’on lui a faite est en porte à faux par rapport à sa prestation sur les ondes. Pire, durant toute sa campagne, il s’est refusé à tout développement sur les résultats de la table ronde de Paris, initiée et dirigée par lui, sur les 5.000 milliards d’engagement ‘’obtenus’’. Il s’agissait d’un bluff organisé aux frais du pays pour la propagande politique de Boni Yayi. Il a même eu à renier le projet de distribution de lampes conduit par un de ses conseillers français à la primature en l’attribuant au gouvernement, comme si c’était de la fonction d’un Premier Ministre de conduire un tel projet.

 

Nous avons su que ce conseiller a entrepris de tenter de recruter les opérateurs économiques pour le soutien à la candidature de Zinsou en échange d’une part du marché qui leur serait attribuée. Une forme de chantage éhonté semblable à la pratique sous Boni Yayi. Le groupe d’investisseurs qu’il a eu à présenter sur notre chaine de télévision nationale faisait pitié ; d’abord, c’était uniquement des français dans un monde où la production et la compétence françaises sont hypothétiques. Ensuite, les domaines dans lesquels ces prétendus investisseurs semblent se situer ne sont nullement porteurs de croissance. J’ai eu honte pour mon pays face à cet amateurisme perceptible à un non spécialiste comme moi. La compétence de Lionel Zinsou aurait pu se démontrer de manière plus convaincante. Je ne saurais porter mon vote une personne qui ne démontre pas sa compétence en dehors des idées traditionnelles ressassées depuis des lustres. Aucune référence n’a été faite aux études nationales de prospectives. Par ignorance de son existence ou par opposition de son orientation en priorité en faveur du Bénin et non de l’ancien pays colonisateur et nouveau maître.

 

Lionel Zinsou.Lionel Zinsou.

 

Le troisième critère écarte lui aussi ce candidat. Il est porté par Boni Yayi à qui il jure fidélité et engagement à assurer la continuité de son régime. Il est entouré par des prédateurs pointé du doigt par l’opinion publique. Kassa Barthélémy, Okounlola, Leady Soglo, Edmond Agoua (il devrait des sommes faramineuses à l’Etat), etc. Au cours de sa prestation sur les ondes de Radio Frisson, il a invité les électeurs de Cotonou à voter pour ne pas être de l’opposition. Le décryptage de ce message insistant laisse perplexe. Il s’agit de quelle opposition ? Puisqu’il n’est pas le Président, en tout cas pas encore, il ne peut s’agir que par rapport à Boni Yayi. Cette recommandation est donc révélatrice de son opinion favorable sur la gestion de ce dernier. Nous avons vécu les faits mieux que lui et nous pouvons en juger. Si c’est bien cela, alors je ne saurais porter mon vote sur lui. Dans le cas, improbable, où l’opposition serait par rapport à son règne, alors c’est inquiétant : voici en effet un candidat qui est certain qu’il est déjà élu, un candidat pour qui le Président de COS-LEPI prévoit un KO en sa faveur, prenant déjà ainsi la posture du Président du Bénin. La moralité de ce candidat est a priori douteuse. Je ne saurais voter pour celui-là.

 

Enfin, je considère que les positions de Lionel Zinsou sur l’avenir économique du Bénin sont motivées par ses ancrages français. Je considère aussi qu’il est un adversaire de l’intégration régionale parce qu’il ne la voit que dominée par les intérêts de la France et du trésor français. Notamment sa position sur la création d’une monnaie de la CEDEAO. Il bloquera au nom du Bénin, s’il est élu, cette avancée de l’intégration. Sa seconde patrie craint en effet l’attrait de notre voisin, première puissance économique de l’Afrique, a-t-on dit. Nous savons tous l’effet bénéfique du voisinage nigérian sur notre économie et sur les débouchés de notre agriculture. C’est donc le sabotage de l’avenir du Bénin que nous prépare ce candidat au profit de la France.

 

Pour toutes ces raisons, je ne voterai pas Zinsou. A mes ‘’amis’’, je n’envisage pas leur indiquer leur choix ; mais par honnêteté, je crois devoir répondre à leurs questions relatives à mon futur vote le 06 mars et ensuite. Ceux d’entre eux qui ont décidé de voter pour Zinsou, je dis tout simplement qu’après le vote les échanges continuent. Un pays est fait de citoyens dont les opinions peuvent être divergentes ; un seul engagement doit les lier : celui de servir leur pays de bonne foi.

 

Par Sylvain Akindès

 

 

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