BENIN – Une si grande soif de rupture !

 

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Conformément à l’article 15 du Code électoral, la Commission Electorale Nationale Autonome – ainsi qu’elle s’y était engagée – a rendu publiques les grandes tendances générales qui se dégagent du premier tour de l’élection présidentielle du 06 Mars. Le taux de participation est évalué à 64,03% et le bloc des cinq majeurs est confirmé : Lionel Zinsou (28,44%), Patrice Talon (24,80%), Sébastien Ajavon (23,03%), Abdoulaye Bio Tchané (08,79%), Pascal Iréné Koupaki (05,85%).

 

Cette première phase et première escale réussies du processus électoral prennent leurs sources dans l’engagement et la détermination d’un certain nombre de facteurs mais surtout d’acteurs.

 

A César, ce qui est à César

 

Tout d’abord, il faut en savoir gré au Président de la CENA, Emmanuel Tiando et à ses collaborateurs immédiats et lointains. Ils ont résisté à toutes les tentations et aux compromissions dans lesquelles l’on a voulu les embarquer avant, pendant et après le vote du dimanche. Rappelons-nous, à titre illustratif, l’épisode de l’interdiction des téléphones portables dans les bureaux de vote, décrétée par le gouvernement et retoquée par la Commission Electorale, seule instance en charge de l’organisation des élections et donc à même de prendre une telle décision mais qui ne l’aurait jamais prise car cela reviendrait à réécrire le Code électoral sous nos yeux. Cette immixtion de l’Exécutif aussitôt contrecarrée n’est qu’une infime partie visible de l’iceberg. Dans son farouche acharnement à baliser le terrain pour l’installation de son candidat au Palais de la Marina, Boni Yayi se sera essayé à toutes les manœuvres imaginables et inimaginables.

 

Il y en a d’ailleurs une autre en expérimentation, en ce moment : le gouvernement vient de mettre sur pied une commission avec ordre d’auditer les Opérateurs GSM –Mtn et Moov précisément– à propos de transferts d’argent par téléphonie mobile qui auraient eu lieu le Dimanche 06 Mars, jour du vote à des fins d’achat de conscience, selon le régime Yayi. Alassani Tigri, le Secrétaire général du gouvernement qui n’en est pas à sa première bouffonnerie à la télé, est passé sur le plateau de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin, nous donner lecture de l’acte constitutif de ladite commission. Déjà le jour du scrutin, le Chef de l’Etat sortant après avoir accompli son devoir citoyen, s’est permis, devant micro et caméras de la presse nationale et internationale, de s’attaquer ouvertement à certains challengers de son poulain Lionel Zinsou, les traitant de « candidats indélicats ». En plein vote, sans une once d’égard pour les lois en vigueur !

 

Ensuite, il faut aussi savoir gré à tous les 33 candidats qui étaient en lice, pour leur esprit de compétition. Celle élection présidentielle est sûrement – en dépit des défaillances – la meilleure que nous ayons organisée ces 15 dernières années de par le niveau des débats d’idées, la juste mesure des enjeux par la CENA, la célérité dans le dépouillement et la centralisation du suffrage, et l’esprit de tolérance qui a prévalu sur tout malin vouloir le long du processus.

 

La part des électeurs

 

En fin de compte, il faut rendre hommage aux Béninois, tant ceux qui ont pu effectivement se rendre aux urnes que ceux qui n’en ont pas eu la possibilité malgré eux. Dans l’ensemble, les électeurs ont tenu droit dans leurs bottes, face à un Pouvoir qui a usé de tout pour les démoraliser et les démobiliser. Ils ne se sont pas laissé impressionner par la campagne de propagande absurde autour du « K.O assuré ». Une campagne portée par les affidés du Pouvoir de même que leurs nouveaux alliés, la RB et le PRD. L’un des membres influents du Parti du Renouveau Démocratique, Augustin Ahouanvoébla, est allé jusqu’à déclarer sur la Télévision nationale que le scrutin était déjà plié en faveur de Lionel Zinsou alors qu’il était le président en exercice du COS-LEPI, la structure qui a piloté l’élaboration de la liste électorale et la production des cartes d’électeur. Il n’y aura pas de second tour, jurait-il presque, pendant que ses autres compagnons (d’infortune) additionnaient les nombres de députés, de conseillers communaux et élus locaux issus de l’alliance dite républicaine (RB-PRD-FCBE) pour y trouver les paramètres d’un « K.O inévitable ». Leurs activistes qui avaient pour consigne de matraquer ces fadaises sur les réseaux sociaux ont perdu leur latin au lendemain du 06 mars. Pourtant, point n’était besoin d’être un génie pour se rendre compte qu’il devait y avoir un second tour. De toute évidence, ils avaient pris appui sur des leviers rouillés et la force de conviction des électeurs a achevé de les mettre en déroute.

 

Depuis la fermeture des bureaux de vote, Lehady Soglo est dans l’œil du cyclone. On reproche avec insistance au président de la Renaissance du Bénin et aux cadres du parti de n’avoir pas suffisamment mouillé le maillot pour Lionel Zinsou, Patrice Talon ayant fait le plein de voix dans ce qui était jusqu’ici les fiefs traditionnels de la RB (Abomey, Abomey-Calavi, Cotonou, Bohicon et j’en passe). Mais au fond, les insuffisances de résultats imputables à Lehady Soglo et Compagnie ne résident pas dans une nonchalance dont ils auraient fait montre durant la campagne électorale. Il y a plutôt que le peuple se sent de moins en moins lié par les choix des acteurs de la scène politique, qu’ils soient chefs de parti en activité ou politicards au chômage recrutés sur le tard. A Porto-Novo, il s’est avéré impérieux pour le vétéran et blessé de guerre Adrien Houngbédji d’aller lui-même transpirer sur le terrain afin de pouvoir permettre au candidat Lionel Zinsou de sortir la tête dans la capitale béninoise et dans le département de l’Ouémé en général avec un score qui reste néanmoins en deçà des performances habituelles du PRD dans cette région du pays.

 

La faute à Sébastien Ajavon

 

Il ne fallait pas aller le chercher, celui-là. Il a littéralement pulvérisé les tchoco-tchoco dans les zones où ces derniers régnaient en maîtres, il y a peu. Le cas de la ville de Sèmè Kpodji définit bien cette débâcle des PRDistes sur leurs terres.

 

Le hic chez Ajavon, c’est qu’il était absolument persuadé d’opérer la même razzia partout sur le territoire national, fort de ses soutiens, sommités politiques dans leurs régions. Rachidi Gbadamassi dans le Borgou, Sabaï Katé dans l’Alibori, Janvier Yahouédéhou en pays Agonlin, Parfait Houangni à Djidja, Mathurin Nago à Bopa et périphérie, Domingo Cyriaque à Houéyogbé, Valentin Houdé dans le périmètre de Zè, Claudine Prudencio à Godomey, Sacca Fikara dans la région de Dangbo etc… Ils font une pléthore. La plupart de ceux-là que nous désignons abusivement sous l’appellation de ‘‘Grands électeurs’’ avaient été embauchés par le roi de la volaille pour finalement échouer à créer l’exploit autour de lui. Ils auront tout juste réussi à frôler le deuxième tour. L’aspiration du peuple à une rupture radicale d’avec le mode de gestion actuel du Bénin a neutralisé leur capacité de mobilisation et de nuisance.

 

En Patrice Talon, les électeurs ont vu l’incarnation de cette rupture ardemment désirée. Dès lors, il n’y a plus que deux options possibles pour ceux qui se disent opposés au yayisme : suivre le mouvement ou se mettre à découvert.

 

 

Par Deo Gratias Kindoho

 

 

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