RD CONGO / ASSEMBLÉE NATIONALE – Levée d’immunités des opposants Samy Badibanga, Mohindo Nzangi et Fabien Mutond: La démocratie est en danger

Plutôt que d'être «le temple de la démocratie», l'Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC) est devenue un instrument au service de la forfaiture.

 

Badibanga Mohindo 2

 

Au centre de cette orchestration funeste se dresse le speaker de la chambre basse du parlement, lequel prend de plus en plus la posture de quelqu’un qui a levé l’option de fragiliser, voire neutraliser tous ceux qui tentent de tenir tête aux plans machiavéliques de la MP. Il a choisi délibérément de livrer trois députés de l’Opposition au procureur général de la République en levant leur immunité.  La démocratie est véritablement en danger !

 

La rentrée parlementaire qui a eu lieu depuis le 15 mars promet d’être chaude. Alors que le pays est englué dans une chronique annoncée avec la CENI qui se dit d’ores et déjà incapable d’organiser l’élection  présidentielle de 2016 dans le délai constitutionnel, on apprend que certaines officines proches du pouvoir ont ourdi un plan visant à déstabiliser l’Opposition en la décapitant au niveau de l’Assemblée nationale.

 

Ce qui se trame à la Chambre basse du Parlement contre l’Opposition devrait interpeller  tout patriote congolais, voire la communauté internationale. L’on tend inexorablement vers la résurrection du Comité central du MPR où les débats se faisaient à sens unique.

 

En effet, il nous revient que, depuis le 21 novembre 2015, le procureur général de la République a adressé une réquisition afin d’obtenir la levée de l’immunité parlementaire de trois députés de l’opposition, parmi les principaux responsables des groupes parlementaires. Il s’agit de Samy Badibanga, président du groupe parlementaire UDPS et Alliés, Fabien Mutomb Kan Kato, premier vice-président du même groupe, et Nzangi Muhindo, président du groupe parlementaire MSR et Alliés. Et pour cause. Ils auraient, selon lui, commis un faux en imitant la signature de leur collègue Yala Tutu, passé du côté du pouvoir alors même qu’il était suppléant de l’opposant emprisonné Diomi Ndongala. «Nous dépassons toujours le cap de 50 signatures, pourquoi imiter une signature là où nous en avions 63?», se demande un élu.

 

L’affaire Yala Tutu

 

S’il y en a un qui aura décidé d’entrer dans la chronique populaire de façon inattendue, c’est bien celui-là. Ancien avocat et suppléant de Diomi Ndongala, aujourd’hui passé à la MP avec armes et bagages, Yala Tutu affirme que ses collègues auraient imité sa signature.

 

C’était lors de la session de septembre 2015, lorsque l’opposition ayant constaté que le basculement des anciens partis de la MP (ARC, MSR, UNAFEC, UNADEF, MSDD, ACO et PDC) dans l’opposition modifiait l’équilibre des forces au niveau de la représentation nationale, avait exigé la reconfiguration du bureau de l’Assemblée nationale. Surtout que celui-ci devrait tenir compte de la représentativité des forces en présence.

 

Après le refus du président Aubin Minaku, en date du 16 octobre 2015, les députés de l’opposition initieront  alors une pétition contre le bureau de l’Assemblée nationale pour plusieurs raisons. Notamment avoir «confisqué la liberté à l’Assemblée nationale» et avoir «caporalisé» l’institution parlementaire, suite au rejet par obstruction de la motion de défiance enclenchée contre le ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab.
Les députés de l’opposition dénonceront également le manque de débat au cours de l’examen de cette motion de défiance.

 

Pour être déclarée recevable, cette pétition  nécessitait 50 signatures conformément au Règlement  intérieur de l’Assemblée nationale. Mais la pétition recueillera au total 64 signatures. Le jour du traitement de la pétition en plénière, il y eut un coup de théâtre : conformément à une tradition MP bien ancrée, des subterfuges seront utilisés pour en bloquer le bon aboutissement.

 

Très souvent, il était question que des signatures à la barbe copieusement mouillée retirent spectaculairement leurs signatures, afin de rendre la motion irrecevable. Mais à force d’être usée, cette technique avait fini par paraître ridicule. Il fallait recourir à autre chose. Cette fois-ci, c’est un député qui prétend donc que sa signature avait été imitée. Ce qui conduirait au faux et usage de faux.

 

Impliqué dans la démarche funeste de la MP, le procureur général de la République ne s’est pas prier deux fois. Il a cru sur parole les détracteurs de l’Opposition, et tout de go, il a déclenché le mécanisme pour traduire en justice les présumés coupables.
Le scénario est trop beau pour être crédible. D’abord, parce que, parole contre parole, neuf autres députés, dont Ambatobe Nyongolo, Martin Kabuya, Guy Kabongo, Corneille Maswaswa, Basile Olongo, Yvon Dangbele, et Freddy Kalombo ont, en date du 28 décembre 2015, écrit au président de l’Assemblée pour attester avoir effectivement vu leur collègue Yala Tutu signer la motion. Pourquoi croire l’un et pas les autres ? Mystère !
Branle-bas de combat

 

Ensuite, par sa plénière, qui est souveraine, l’Assemblée nationale s‘était déjà saisie de l’affaire. Jean-Claude Vuemba avait même exigé l’expertise d’un graphologue pour trancher et le 10 décembre 2015, une commission fut créée pour tirer cette affaire au clair.  Mais voilà qu’Aubin Minaku profite des vacances pour contourner la procédure parlementaire en cours.

 

A l’opposition, c’est le branle-bas de combat. Remontée à bloc, elle dénonce, tous groupes parlementaires confondus, une tentative du pouvoir en place de la museler. «Le PGR accuse les leaders de l’Opposition parlementaire sans avoir ni mené l’enquête, ni rapporté la preuve de ce que « certaines signatures s’avèrent être fausses ». Ni même avoir cherché à établir qu’une seule signature aurait été falsifiée, puisqu’aucune expertise graphologique n’a été effectuée.

 

Accuser sans preuve est un fait extrêmement grave, dans le chef d’un député comme dans celui d’un Procureur. Quel pourrait donc bien être l’intérêt pour des députés de falsifier une signature sur une pétition qui en a déjà recueilli 63 signatures sur les 50 nécessaires ?

 

Que vaut la déclaration calomnieuse du député Yala Tutu. Et la réquisition du PGR alors que le président de l’Assemblée nationale a en sa possession le témoignage écrit de neuf députés attestant avoir vu le député en question signer la pétition ?», explique un député de l’opposition.

 

«C’est de l’arbitraire qui pue à mille lieues, et l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques saute aux yeux de quiconque», s’emporte un autre élu de l’Opposition. Dans les allées du Palais du peuple, nombreux en viennent à regretter l’époque où Vital Kamerhe dirigeait cette institution de la République. «L’AMP était certes majoritaire, mais les coups bas n’étaient jamais descendus aussi bas», se désole un élu.
Pour l’heure, l’opposition est résolue d’user de tous les moyens légaux pour se défendre contre un pouvoir qui s’érige en rouleau compresseur des droits et de la démocratie. En toute logique de séparation des pouvoirs, la procédure en cours à l’Assemblée nationale devrait éteindre celle du Procureur. Sinon, la démocratie est véritablement en danger.

 

 

Source : http://www.lepotentielonline.com

 

Le Potentiel (RD Congo)
 

 

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