TCHAD – Ma profession de foi d’électeur…

 

La ville de N'Djamena, la capitale du Tchad, vue de haut.La ville de N’Djamena, la capitale du Tchad, vue de haut.

 

Tout petit enfant innocent, j’avais été victime des événements de septembre 1963 à Fort-Lamy. En avril 1975, collégien naïf j’ai vécu le coup d’État sanglant du 13 avril 1975 non loin du domicile familial. En février 1979, des camarades de classe manipulés du lycée Félix Eboue se sont battus sur base de haine régionaliste et confessionaliste et une terrible guerre civile s’en est suivie. L’État était mort pour des années, laissant la place au régime des tendances politico-militaires. Les libérateurs de tous poils vont écumer le pays et faire couler des mares de sang jusqu’à février 2008 où, faute de sponsoring et par l’usure du temps et des arguments, la page de cette sinistre époque fut tournée. Ensuite, Boko Haram est venue rappeler à la modération les gladiateurs tchadiens infatigables et aux causes changeantes comme le caméléon. 

Avec ma famille victimes, nous avons relancé plusieurs fois nos vies dans les ruines et dans la douleur injuste.

 

Durant ce cinquantenaire de vie ou plutôt de survie, j’aurais entendu tous les discours. J’ai vécu tous les amalgames. J’ai vu mon peuple rejeter la sagesse et applaudir la folie. J’ai vu des élites se fanatiser pour soutenir la mégalomanie des hommes leaders qui incarnaient par leurs faits et gestes les maux qui ruinent le pays.
Combien de fois j’ai été impuissant à réagir devant les dérives collectives, faute surtout d’oreilles pour entendre?

 

Aujourd’hui, je ne me fais aucune illusion, je me contente de gérer la réalité ambiante! Dans cette période des grandes enchères où tous les coups seront permis et où il y aura au final plus de désamour que d’espérance, quelle est ma consigne de vote?
Après avoir été victime en continu des injustices, des préjugés, des discriminations, des violences, de la peur, des manipulations et de toutes sortes de frustrations, grâce à Dieu seul j’ai pu survivre à tout cela et me renouveler dans les valeurs spirituelles infaillibles.
Alors, la seule chose qui pourrait atténuer nos souffrances et permettre quand même la réalisation objective d’une attente légitime des uns et des autres, c’est la paix!
La paix et non le calme provisoire à mains armées qui n’est pas la paix! La paix qui s’appuie sur la justice sociale, le respect des droits du citoyen, le partage équitable de la richesse nationale, la reconnaissance du travail et du mérite…

 

S’il y a un bulletin de vote qui symbolise ces valeurs de la paix, sans manipulation, ce sera mon bulletin! L’expérience d’un cinquantenaire de vie publique chaotique et violente m’oblige! Le reste n’est que vanité et poursuite du vent, comme dit la Bible !

 

Enoch DjondangEnoch Djondang

Par Enoch Djondang

 

Enoch Djondang est ancien président-fondateur de la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH), ancien ministre, écrivain et essayiste.

 

 

A lire aussi:

 

AFRIQUE – De l’essoufflement des putschs armés au triomphe de la dictature constitutionnelle en Afrique.(Par Ciré Aw)

 

BENIN – Me Adrien Houngbédji: Opposant malgré lui

 

La chronique du blédard : En défense de BDS

 

BENIN – Merci à Lionel Zinsou

 

BURKINA – Pourquoi Yacouba Isaac ZIDA est un grand

Commentaires