MALI – Autorités intérimaires : La grosse prime faite aux groupes armés

 

Koulouba : Le Président de la République rencontre les leaders de la CMA et de la Plateforme (samedi, le 27 février 2016)Koulouba : Le Président de la République rencontre les leaders de la CMA et de la Plateforme (samedi, le 27 février 2016)

 

Le gouvernement, représenté par le ministre Hamadoun Konaté, vient de parapher une convention subsidiaire avec les groupes armés de la Plateforme et de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA). Contrairement à la loi votée, il y a deux semaines, à l’Assemblée nationale, la convention subsidiaire étend la mise en place des autorités intérimaires à toutes les collectivités des régions du nord du Mali. Aussi, les groupes armés et le gouvernement seront les seuls dirigeants de ces autorités dites intérimaires.

 

En regardant la composition que préconise ce document pour la mise en place des fameuses autorités intérimaires, on se demande si prendre les armes n’est pas le moyen le plus sûr de se faire entendre et d’avoir sa part du butin. On s’interroge si prendre les armes n’est pas l’unique moyen pour occuper des responsabilités politiques.

 

Dans cette convention qui jure avec tout ce qui a été dit légalement et officiellement des autorités intérimaires (loi votée récemment à l’AN et l’Accord de paix), c’est seulement les groupes armés et le gouvernement qui se partageront la gestion de l’ensemble des collectivités territoriales des cinq régions du Nord du Mali (Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni). Chacune des trois parties aura des postes de présidence et de vice-présidence.

Cependant, ni les chefferies et notabilités traditionnelles, ni la société civile ou encore la classe politique ne font partie du partage du « grand gâteau » qu’est devenu le nord et dont l’exécution risque de mettre le feu dans cette partie du Nord et pour toujours. La répartition faite et cautionnée par le gouvernement laisse entrevoir clairement que chaque groupe armé aura à diriger les localités actuellement sous son contrôle. Et on le sait, l’Etat est présent dans peu de localités dans cette partie du pays où il ignore complètement la musique qui s’y joue.

 

En excluant toutes les autres légitimités du nord, qu’espère véritablement le gouvernement ? En tout cas pas le retour d’une paix et d’une cohésion sociale durables puisqu’il est en train de légitimer le recours aux armes, à la violence tout simplement pour avoir du mérite. Penser que les groupes armés de la Plateforme et de la CMA sont représentatifs des populations du nord est une mauvaise et dangereuse lecture de la situation actuelle. « Faisons attention », a dit l’ancien premier ministre Moussa Mara à propos de la mise en place de ces fameuses autorités intérimaires où l’Etat malien oblige toutes les populations du nord à se soumettre au diktat d’autres personnes pour l’unique raison qu’ils se promènent avec une kalachnikov dans le boubou. D’énorme quantité d’armes circulent dans le nord du Mali et tout le monde peut s’en procurer, faisons donc attention.

 

Par ailleurs, il est aussi dit dans la convention que le président de chaque autorité intérimaire est le chef de l’exécutif local et aura la main mise sur « l’éducation, la santé, l’hydraulique rurale et urbain, l’industrie, le commerce, le transport, le tourisme, l’artisanat, l’environnement, l’agriculture, le développement social, la protection de la femme, de l’enfant et de la famille, l’élevage et la pêche ». Pire…ou mieux, selon l’oreille avec laquelle on l’entend, il est aussi « ordonnateur du budget de la collectivité » et ses décisions sont« exécutoires » dès qu’elles sont publiées et transmises au représentant de l’Etat. Comment peut-on parler d’autorités intérimaires ou transitoires et accorder de tels pouvoirs à cette même autorité dans les conditions que nous savons tous ? Qu’est-ce que le gouvernement peut et fera si un climat d’insécurité est maintenu qui ne permet pas l’organisation des élections quand on sait qu’il n’a même pas les moyens de se protéger lui-même ?

Ne mettons pas le feu dans nos propres cases !

 

Aboubacar DICKO

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