MUSIQUE – PAPA WEMBA : Une voix hors du commun qui manquera à l’Afrique

La nouvelle est tombée comme un coup de massue. Et l’Afrique et le monde entier réalisera, passé la stupéfaction et l’émotion, que le roi de la rumba congolaise, Papa Wemba n’est plus de ce monde. Il est mort sur scène comme déjà, il y a quelque temps, Myriam Makéba. Et c’est à Abidjan en Côte d’Ivoire que le grand Papa Wemba a fait ses adieux à son public africain…en plein Festival des musiques urbaines d’Anoumambo (FEMUA) le 24 avril dernier.

 

Papa-Wemba

De son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, Papa Wemba a vu le jour le 14 juin 1949 à Lubefu dans l’ancien Congo belge devenu Zaïre puis aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC).

 

Quand naît l’homme qui allait devenir le célèbre artiste que le monde musical regrette maintenant, ses parents vont s’installer à Léopoldville (actuelle Kinshasa). C’est que le père de Papa Wemba est un ancien de l’armée coloniale belge et un ancien combattant de la Deuxième guerre mondiale. Et comme nombre de ces anciens, la chasse est leur passion.

 

Quand le métier est une passion

 

Quand le père va assouvir sa passion en forêt, la mère de Papa Wemba qui fait office de pleureuse professionnelle lors de différentes veillées funéraires ou mortuaires part avec son fils. Là où elle-même va assouvir la sienne. C’est la mère de Papa Wemba qui donne à son enfant la passion de la chanson, et par conséquent de la musique.  Il s’y plait et découvre que pour chanter, il faut savoir jouer de la voix. Un secret qui fera la touche particulière de Papa Wemba par la suite.

 

En ces temps-là, ils ne sont pas nombreux en Afrique les parents qui rêvent de voir leur progéniture faire carrière dans la musique. Le père de Papa Wemba le destine à d’autres métiers, notamment celles d’avocat ou de  journaliste. Mais son enfant, lui, sait qu’il a découvert sa voix et sa voie. Il va s’y accrocher. Quand son père  décède en cette année 1966, le jeune homme a déjà à son actif plusieurs prestations dans des groupes musicaux de Kinshasa. Il sait qu’il doit désormais voler de ses propres ailes et assumer ses responsabilités. Il joue dans la chorale de la paroisse à l’Eglise St Joseph. C’est là qu’il travaillera les différentes gammes de sa voix. Et en particulier sa voix très haute qui restera sa marque de fabrique.

 

Une expérience exceptionnelle

 

L’année 1969 est décisive dans le parcours du jeune Papa Wemba. Ensemble, avec d’autres jeunes congolais de sa génération, ils vont fonder le fameux orchestre dénommé « Zaïko Langa Langa ». Ils ont, entre autres, noms : Evoloko, Pépé Felly et Andy Bimi Ombalé, Jossart N’yoka Longo. Papa Wemba en devient très vite l’une des figures de proue. mais cela ne va pas durer. Beaucoup de choses commencent à germer dans son esprit. Et il a hâte de faire ses propres expériences.

 

Au des années 1970, Papa Wemba décide vraiment de voler de ses propres ailes musicalement parlant. Il quitte le groupe « Zaïko Langa Langa » pour fonder son groupe qu’il baptise du nom de « Isifi Lokolé ». Il est composé de l’acronyme Isifi qui veut dire : Institut du savoir idéologique pour la formation des idoles et de Lokolé qui désigne les tams-tams du Kasaï dont il est originaire. Mais il change de nom quelque temps après en l’espace d’une année pour finalement l’appeler « Yoka Lokolé ». C’est à cette époque que le musicien de génie lance son mouvement de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE). La mode accompagne désormais la musique dans sa vie. Dans les quartiers populaires de Kinshasa, beaucoup de jeunes suivent Papa Wemba dont la popularité et l’aura sont incontestables. Du reste, il en arrive à créer même un village de sapeurs dénommé, « Le village de Molokaï », avec ses canons vestimentaires. Le béret est son emblème et lui, se fait couronner le chef coutumier.

 

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Viva la Musica

 

En 1977, Papa Wemba lance son propre label qu’il désigne du nom éminemment symbolique de « Viva la Musica ».  C’est avec ce groupe que le label Real World de Peter Gabriel le rend encore plus célèbre sur la scène internationale. Car il signe avec Papa Wemba. Le deuxième congolais à avoir eu cet honneur, après Tabu Ley Rochereau. Il pose alors ses valises en permanence en France à compter de 1986 et effectue de nombreuses tournées dans le monde en même temps qu’il sort plusieurs titres : Le Voyageur (1992), Emotion (1995), Molokaï (1998). En 1999, le talent de l’artiste veut que deux de ses titres, en l’occurrence « Maria Valencia » et « Le Voyageur » figurent parmi les sélections du réalisateur italien Bernardo Bertolucci pour son film Paradiso e inferno.

 

Malgré quelques déboires et autres ennuis judiciaires dans son parcours, Papa Wemba est resté une légende vivante pour un grand nombre d’Africains. Son talent, son humour, sa répartie, sa philosophie et sa joie de vivre communicative font de son parcours d’artiste l’un des plus remplis dans son domaine et de son époque.

 

L’artiste qui disait encore récemment qu’il se sentait partir sur scène, a effectivement fait ses adieux à ses fans et à son public africain sur la scène du Festival des musiques urbaines d’Anoumambo (FEMUA). Il n’est pas sorti de scène, il est juste entré en scène de l’autre côté. Car les grands artistes ne meurent jamais. Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba dit Papa Wemba laisse derrière lui une famille orpheline, mais aussi la communauté d’artistes de la RDC et d’Afrique. Aux artistes de son pays surtout, un lourd héritage dont les suivants doivent s’en montrer dignes. Salut et adieu l’artiste !

 

Par Abdul Yazid

 

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