PROJET DE FORMATION D’UN GOUVERNEMENT PARALLELE AU TCHAD: L’opposition ira-t-elle jusqu’au bout de son idée ?

 

Dadnadji-Gali-et-AlHabo

 

Les candidats de l’opposition à la présidentielle du 10 avril 2016, on se rappelle, avaient menacé de former un gouvernement de salut national si la Commission électorale nationale indépendante (CENI) déclarait gagnant le candidat Idriss Deby Itno dès le premier tour. L’annonce avait été rendue publique au cours d’un point de presse, le mardi 20 avril dernier. Les termes utilisés pour traduire ce coup de gueule, en tout cas, ne souffrent d’aucune ambiguïté. Les contestataires, par la voix de Mahamat Ahmat Alhabo, ont clamé haut et fort qu’ils «mettent en garde la CENI et le Conseil constitutionnel contre toute tentative d’avaliser ce hold-up électoral… ». Mieux, ils ont décidé« de ne pas reconnaître toute institution » qui en serait issue. Saleh Kebzabo et ses camarades envisagent même, le cas échéant, de mettre en place un gouvernement parallèle pour, disent-ils, « répondre aux aspirations du peuple tchadien souverain ».

 

En Afrique, les gouvernements parallèles n’ont jamais prospéré

 

La grande question qui taraude les esprits est de savoir si l’opposition ira jusqu’au bout de son idée ou si elle va y renoncer. Cette question est d’autant plus pertinente aujourd’hui que la CENI a déjà déclaré la victoire du président sortant, avec un score de plus de 60%. Et sauf cataclysme, le Conseil constitutionnel se prononcera dans le sens de la CENI. De ce point de vue, Idriss Deby Itno n’attend plus que le jour où, en présence vraisemblablement de certains de ses pairs africains, il célébrera en grande pompe son énième investiture en tant que président du Tchad. En attendant la réaction de l’opposition face à cette réalité, l’on peut se risquer à affirmer, dans l’hypothèse où les opposants seraient tentés de traduire leurs menaces dans les faits, qu’ils peuvent déjà faire le deuil de leur projet de mise en place d’un gouvernement parallèle au Tchad. Et pour cause. D’abord, l’histoire nous enseigne qu’en Afrique, les gouvernements parallèles n’ont jamais prospéré. A titre d’illustration, l’on peut citer les cas de la RDC et du Gabon. Dans le premier pays, l’on se souvient du sort qui avait été celui du gouvernement parallèle mis en place par Etienne Tshisekedi en guise de contestation de la victoire de Kabila fils, jugée, à ses yeux, de hold-up électoral. De guerre lasse, le vieux lion avait fini par s’exiler en Belgique pour ruminer l’échec de son projet. Bien avant l’avènement de Joseph Kabila, l’opposant historique congolais avait enregistré le même échec à l’époque du Maréchal Mobutu. Au Gabon, André Mba Obame avait également vécu l’expérience amère des gouvernements parallèles lorsqu’il en avait mis un en place pour dénoncer la légitimité de la victoire d’Ali Bongo. Ensuite, la deuxième raison qui incite au scepticisme quant aux chances de succès d’un gouvernement parallèle au Tchad, peut être liée à ceci : il pourrait être difficile pour les opposants tchadiens de dégager une personnalité consensuelle en leur sein pour prendre les rênes d’un tel gouvernement. En outre, pour le partage des  maroquins, l’on pourrait s’attendre à des querelles de chiffonniers entre les membres de l’opposition. Et, de bonne guerre, Idriss Deby pourrait profiter de cette lutte byzantine et d’ego pour débaucher certaines têtes d’affiche et in fine  torpiller l’unité du groupe. Et cela n’est pas propre à l’opposition tchadienne. Il en est de même pour la plupart des oppositions africaines. Sous nos tropiques, en effet, l’on peut faire le constat que bien des opposants politiques sont prompts à vendre leur âme au diable, rien que pour des strapontins.

 

L’opposition ne doit pas nourrir la moindre illusion quant à ses chances d’être prise au sérieux dans son projet de gouvernement parallèle

 

Enfin, la troisième raison qui fait dire qu’un gouvernement parallèle est voué d’avance à l’échec au Tchad, tient à ceci : Idriss Deby est l’actuel président en exercice de la fameuse UA (Union africaine). Et cette institution a déjà apporté sa caution politique à sa réélection par l’entremise des observateurs qu’elle a dépêchés dans ce pays, à l’occasion du scrutin. Ces derniers, fidèles à leurs habitudes, ont tous reconnu à l’unanimité, que la réélection de leur« chef » ne souffre d’aucune tache. De ce point de vue, l’on peut dire que les opposants tchadiens ont intérêt à ne pas rêver. Car, toute agitation de leur part, en guise de contestation de la légitimité de la réélection du maître de N’Djamena, à coup sûr, sera perçue par l’UA comme une plaisanterie de mauvais goût et traitée comme telle. En tout état de cause, les opposants tchadiens doivent se rendre à l’évidence qu’un satrape ne s’encombre ni de légitimité ni de légalité pour se faire élire. La seule reconnaissance de sa victoire électorale par les institutions fantoches qu’il a mises en place, lui suffit pour exercer sans gêne et sans complexe, son pouvoir. Et dans le cas d’espèce, non seulement Deby a déjà reçu l’onction de la CENI, mais aussi la caution de l’Union africaine. Et si l’on prend en compte la place importante qu’il occupe aujourd’hui dans le dispositif de lutte contre Boko Haram et contre les djihadistes au Nord-Mali, l’on peut affirmer que ce n’est pas demain la veille que la communauté internationale va s’offrir le luxe de remettre en cause sa réélection. L’opposition ne doit donc pas nourrir la moindre illusion quant à ses chances d’être prise au sérieux dans son projet de gouvernement parallèle. Car, ce serait un combat d’arrière-garde qui s’apparenterait au réflexe du naufragé qui s’accroche à tout pour échapper à la mort. Le seul bénéfice qu’elle pourrait tirer de ce projet, si c’en est un, est le grand tapage pour alerter l’opinion internationale. En tout état de cause, face aux menaces de l’opposition, Idriss Deby est certainement en train de boire son petit lait, convaincu qu’il dispose de toutes les cartes pour gérer, en sa faveur, la situation. Une de ces cartes pourrait consister à associer certains opposants alimentaires dans un gouvernement d’union nationale. L’autre carte serait d’opter pour la répression à l’effet de tuer dans l’œuf toute idée de mise en place d’un gouvernement parallèle. Mais à propos de cette dernière carte, Deby serait bien inspiré d’y renoncer pour la raison suivante : de l’indépendance du Tchad jusqu’à nos jours, l’on peut faire le constat que tous les présidents qui se sont succédé à la tête du pays, ont été chassés du pouvoir soit par une rébellion armée soit par un putsch. Le dernier qui a subi ce sort est Hissène Habré. Et au rythme où vont les choses, la liste pourrait s’allonger.

 

« Le Pays »

 

 

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