TCHAD / PRESIDENTIELLE – La jeunesse, enjeu et arbitre de la vie publique

 

 

Enoch DjondangEnoch Djondang

 

La majorité de la population tchadienne a moins de 25 ans, donc n’a pas connu les régimes précédents. Les dates sombres de l’Histoire du pays ne leur dit pas grand-chose (1963, 1965, 1979, 1980, etc.). Sauf les dates récentes comme février 2008 !
Il faut comprendre ces jeunes dont la vie a été empoisonnée par tous ces incidents violents de parcours qui ont écumé le pays depuis 1991. N’ayant pas connu d’autres modèles de gouvernance, ils aspirent à vivre selon leur temps, le temps des nouvelles technologies et de la fin des idéologies.

 

Ces jeunes sont plus intelligents que les adultes parce qu’ils n’ont pas de complexes cumulés en eux-mêmes. Par contre, ils ont majoritairement, à tort ou à raison, le sentiment que c’est la génération des parents qui s’est érigé en obstacle à leur émergence dans la vie. Et ils ont aussi raison : tous ces gâchis, ces aventures sanglantes, ces violences gratuites, ces injustices et frustrations, ils les ont vécus dans leurs familles.
Constatant l’inertie et la peur de leurs parents tétanisés, ils sont prêts à tout défier pour changer leur destinée sombre. En effet, ils ont pour partage le chômage et en réalité, il n’y aucun vrai programme d’envergure qui puisse infléchir la courbe dans la plupart des pays. Même les candidats en lice, conscients qu’ils ont besoin des votes des jeunes, leur promettent tous … la fonction publique, cette machine essoufflée, gangrénée et qui a été longtemps le gâteau à partager entre les prédateurs de tous poils !

 

Ces jeunes ont plusieurs fers au feu : les parents ne peuvent rien contre eux, idem pour ceux qui croient les réprimer par la force. Ils sont aujourd’hui les plus nombreux et les plus valides dans le pays. Ils ne peuvent plus accorder des prolongations aux élites politiques pour continuer à les ignorer. Les terroristes l’ont compris, courtisent et recrutent les plus marginaux avec succès ! Campagne électorale ou pas, ces jeunes ôtent le sommeil à tout le monde !

 

Quel parent, ministre, policier, militaire, fonctionnaire, militant zélé d’un parti, n’abrite pas chez lui un échantillon de cette cinquième colonne ? Qui n’est pas préoccupé par le sort de sa progéniture ? Il faut éviter que le changement vienne par un conflit générationnel violent car cela risque de tout emporter, le bon comme le mauvais et sans passation de témoins entre les générations !

 

Alors, je nous exhorte les adultes, toutes tendances confondues, d’être humbles et de prendre en compte les préoccupations de cette jeunesse déboussolée, sans chercher à les tromper, comme nous l’avions fait entre nous depuis des décennies avec les conséquences. Comme le dit la Bible : « les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été agacés ». Nous sommes collectivement responsables du désarroi de nos jeunes aujourd’hui !

 

 

Par Enoch Djondang

 

Enoch Djondang est ancien président-fondateur de la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH), ancien ministre, écrivain et essayiste.

 

 

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