CENTENAIRE DE LA BATAILLE DE VERDUN : L’Afrique payée en monnaie de singe

 

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Il y a cent ans, se sont déroulés sur le sol français, plus précisément à Verdun, les combats les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale. En effet, entre février et décembre 1916, la France, au prix de 362 000 victimes, blessés et tués cumulés, résista victorieusement aux violentes offensives allemandes sur les rives de la Meuse. Un siècle après, certes, les souvenirs restent vivaces, mais les deux nations en belligérance à l’époque ont décidé de célébrer l’événement sous le signe de l’espérance. En témoigne l’acte symbolique posé par François Hollande et Angela Merkel qui ont signé tous les deux, le livre de la paix de la ville qui a vécu dans sa chair, le drame. L’Afrique, à son corps défendant, a été entraînée dans cette tragédie où ses enfants ont payé un lourd tribut en termes de blessés, de morts fauchés non seulement par les balles allemandes, mais aussi par la rigueur du froid et les conditions de vie intenables des tranchées. Tous ces morts du continent noir (et l’histoire n’a pas pu déterminer leur nombre exact, par omission ou par mépris) reposent dans l’anonymat, dans les entrailles du sol français.

 

Les manuels d’histoire de la France n’évoquent pratiquement pas la contribution des Africains

 

Le seul honneur auquel ils ont eu droit, si l’on peut l’appeler ainsi, ce sont les épitaphes au fronton de leurs supposées dernières demeures avec notamment la mention « Soldat inconnu ». Pire, les rescapés de cette tragédie, démobilisés à la fin de la guerre et renvoyés dans leurs villages respectifs, ont fini leur vie avec des pensions de misère. Et ces infortunés pouvaient s’estimer heureux, puisque bien d’autres  ont tiré leur révérence sans toucher le moindre kopeck à la fin de leur incorporation forcée dans le fameux corps des « tirailleurs sénégalais », constitué dans la précipitation et expédié dans la boue des tranchées et la grisaille pour servir de chair à canon. Et la suprême injure faite à la mémoire de ces « poilus » africains dont le dernier a quitté ce monde en 1998 au Sénégal, est que les manuels d’histoire de la France n’évoquent pratiquement pas leur contribution dans la Première Guerre en général et dans la bataille de Verdun en particulier. Toute chose qui a pu conduire Nicolas Sarkozy, lors de son discours de Dakar alors qu’il était à l’Elysée, à marteler devant un auditoire médusé, que l’Afrique « n’était pas suffisamment entrée dans l’histoire ». Pour toutes ces raisons, le moins que l’on puisse dire par rapport à la contribution des « poilus » du continent noir dans cet épisode sanglant, est qu’ils ont été payés en monnaie de singe par la France. Et c’est le même sort  qui a été réservé aux contingents africains à la fin de la Deuxième guerre mondiale. En effet, bien des anciens combattants de cette autre tragédie de l’histoire, ont eu droit, après leur démobilisation, à une portion congrue en guise de pension. Et cela a duré pendant pratiquement un demi-siècle. Toutefois, ce grand tort de l’histoire a été quelque peu rattrapé par Nicolas Sarkozy. Ce dernier, on se souvient, en 2010, avait procédé au dégel de leur pension. Mais peu en avaient profité puisque le temps avait eu raison de la plupart d’entre eux. A cela, il faut ajouter la répression sanglante dont certains ont été l’objet dans le camp de Thiaroye, alors qu’ils revendiquaient de meilleures conditions de vie après leur démobilisation.

 

Le renforcement de l’axe Paris-Berlin peut contribuer à éviter à l’humanité une troisième grande tragédie

 

Au moment où François Hollande et Angela Merkel sont en train de transcender cet épisode tragique de l’histoire de leurs deux pays en commémorant ensemble le centenaire de la bataille de Verdun sous le signe de l’espérance et de la jeunesse, la France n’a toujours pas réparé comme il le faut, les injustices faites à l’Afrique à propos de sa participation à ses côtés lors des deux guerres mondiales. Ce passé doit donc être impérativement soldé par la France. En attendant ce moment, l’on peut saluer le fait que Français et Allemands aient décidé de s’appuyer sur les conséquences tragiques de ces deux guerres, pour accélérer la construction de l’Europe et lier leur destin pour éviter que l’histoire se répète pour la troisième fois. En effet, l’humanité, de toute évidence, n’a pas tiré suffisamment leçon de la drôle de guerre de 1914-1918. Le résultat est qu’une autre tragédie s’est produite entre 1939 et 1945. Le renforcement donc de l’axe Paris-Berlin peut contribuer à éviter à l’humanité une troisième grande tragédie qui pourrait lui être fatale. Mais pour véritablement conjurer cela, ces deux pays locomotives de l’Europe doivent prendre langue avec les autres puissances de l’Occident de manière à aider à réparer les grands torts faits aux peuples de par le monde, le plus souvent avec leur complicité ou leur silence coupable. Le tort fait aux Palestiniens en est une illustration parmi tant d’autres. D’ailleurs, l’on peut affirmer sans grand risque de se tromper, que c’est cette grande injustice qui nourrit en partie le terrorisme auquel l’Occident fait face aujourd’hui.

 

 

« Le Pays »

 

 

Source: www.lepays.bf

 

 

Le Pays (Burkina)

 

 

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