Le mandat présidentiel unique en question au Bénin

 

Patrice Talon lors de son investiture à Porto-Novo le 6 avril 2016Patrice Talon lors de son investiture à Porto-Novo le 6 avril 2016

 

Bien avant l’élection de l’homme d’affaires Patrice Talon à la présidence de la République du Bénin en mars dernier, la plupart des Béninois semblaient s’accorder – toutes tendances sociopolitiques et confessionnelles confondues – pour dire que le pays allait mal, voire très mal. Tant du point de vue politique qu’économique et social. Plombé qu’il était par dix ans d’errements et de cacophonies sociopolitiques du régime FCBE (Forces cauris pour un Bénin émergent) de l’ex-président Boni Yayi. Ce diagnostic étant fait, il fallait donc trouver des solutions pour y remédier.

 

Les réformes politiques que le candidat d’alors devenu maintenant président de la République avaient proposées dans son programme, prévoyaient notamment l’institution d’un mandat unique de sept (07) ans pour tout président de la République du Bénin dorénavant. Ou du moins, en cas d’adoption. Patrice Talon qui déclaré lors de sa première visite officielle au président français François Hollande qu’il a l’ambition de réaliser un miracle au Bénin en cinq ans, a aussi récemment dit à un confrère français: « je rêve que les Béninois me portent en triomphe dans cinq ans ». Ayant fait campagne sur le thème du mandat unique, c’est dont qu’il a délibérément choisi et promis aux Béninois de faire cinq ans au pouvoir. Et pour qui connaît les Béninois, il lui faudrait vraiment réaliser son « miracle » ou sa « magie » pour qu’ils se résolvent à le porter ainsi en triomphe à la fin de sa mandature en 2021. Soit.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a engagé tous azimuts et de plain-pied les réformes promises au cours de sa campagne électorale. Avec la question du mandat présidentiel unique au Bénin qui en devient la pierre angulaire et qui mérite vraiment débat. Un grand débat national, du reste.

 

Le petit pays du Golfe de Guinée qu’est le Bénin est manifestement un grand amateur de joutes politiques. La grande passion de ses habitants pour la chose politique les a emmenés à innover à plusieurs reprises au cours de son histoire. Ainsi qu’il en fut avec la présidence tournante à trois têtes ou « monstre à trois têtes » ou encore « triumvirat » au cours des premières années de son indépendance acquise en 1960, l’organisation de la Conférence des forces vives de la nation en 1990 pour passer d’une dictature militaro-marxiste à un régime de pluralisme politique sans effusion de sang, la création pour l’organisation des élections d’une Commission électorale nationale autonome (CENA), indépendante du ministère de l’Intérieur afin d’éviter que tout régime au pouvoir n’utilise les agents et services de l’Etat à ses propres fins, etc.

 

Au regard des élections qui viennent de se dérouler çà et là en Afrique, les craintes des citoyens béninois qui les conduisent à réfléchir sur l’institution d’un mandat présidentiel unique ne s’en trouvent que plus renforcées. Pour éviter qu’un jour, comme ailleurs en Afrique, un président de la République du Bénin n’en vienne à être traversé par ce mauvais génie qu’ont certains chefs d’Etat africains à s’incruster au pouvoir. En usant et en abusant des agents et des services de l’Etat pour truquer sempiternellement les élections. En somme, le Bénin est en train de se chercher un balisage parfait contre les dérives des révisions constitutionnelles et les tentations des présidences à vie.

 

Qu’à cela ne tienne, il faut organiser un grand débat national sur la question. Et si les Béninois veulent mon avis, au lieu de sept ans, je pencherais plutôt pour huit ans. Pour coller avec la durée de deux mandatures à l’Assemblée nationale et rallonger d’un an le mandat présidentiel. Dont acte !

 

Par Marcus Boni Teiga

 

 

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