Lionel Zinsou et nous (Par Karfa Sira Diallo)

Quand François Hollande rajoute de la confusion à la confusion…

 

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Quel est vraiment l’objectif poursuivi par François Hollande en nommant l’ancien premier ministre béninois président de la mission de préfiguration d’une fondation sur l’esclavage? Que penser de la “fierté” manifestée par le candidat malheureux à l’élection présidentielle béninoise suite à cette annonce française?

 

Lionel Zinsou qui était une curiosité pour les africains est en train de devenir une sorte d’énigme difficilement décodable pour les observateurs du monde entier.

Arborant un pedigree et un cv impressionnant ce grand patron aime les fondations. C’est d’ailleurs avec ces dernières qu’il s’est cherché et trouvé une légitimité et une visibilité nationales et internationales.

Bombardé premier ministre par l’ancien président béninois, Yayi Boni, il a dirigé pendant quelques mois le prestigieux gouvernement d’un pays dont l’expérience démocratique fait la fierté de tous les africains.

 

Arrivé tard dans la course, visiblement empêtré dans la fange d’une classe politique redoutable et complexe, il a indéniablement tenu son rôle et essayé, certes avec quelques maladresses, de corriger l’image d’un parachuté ignorant les réalités africaines et trop pressé. N’ayant pu se débarrasser du complexe de supériorité, tare française visiblement contagieuse surtout pour l’élite africaine ayant fréquenté ses grandes écoles, Lionel Zinsou tentera tant bien que mal d’aller au bout d’une élection qui lui aura appris qu’être africain n’est pas un extrait de naissance mais un extrait de conscience.

 

Devant les attaques assez méprisables, il faut bien en convenir, tenant à ses ascendances occidentales, l’ex-banquier met en avant ses réussites économiques et la nécessité d’un changement que son alliance avec Yayi Boni discréditait.

 

Revenu à Paris dès le lendemain de sa défaite, c’est d’abord à Bordeaux qu’il apparaît aux Journées Nationales de la Diaspora Africaine aux côtés d’Alain Juppé. Proche du candidat aux primaires républicaines, Lionel Zinsou coache une certaine élite africaine assez influente en France. Beaucoup d’élus et de patrons afro-descendants lui doivent une partie de leur carrière. Principal promoteur de ces journées organisées depuis trois ans à Bordeaux par un adjoint maire d’origine camerounaise, Lionel Zinsou y réunit tout ce que la France compte d’ambitieux et de carriéristes décidés à se faire une place au soleil français.

 

Et, c’est peut-être ici qu’il faut trouver compréhension de la tonitruante décision de François Hollande. En faisant de Lionel Zinsou le president de sa nouvelle mission de préfiguration d’une fondation pour un mémorial de l’esclavage, le président français tente de résoudre plusieurs équations.

 

D’abord il repart à la pêche aux voix. A dix mois de la prochaine élection présidentielle française, François Hollande essaie de rattraper l’image d’un président ayant déçu tous ses électeurs issus des minorités à qui il aura beaucoup promis et qu’il a finalement oublié pendant son quinquennat.

 

Le droit de vote des immigrés aux élections locales remplacé perfidement par la déchéance de nationalité, le marasme économique antillais abandonné en rase campagne, des déclarations amoindrissant l’histoire de la traite des noirs (comme celle du 25 janvier 2015 que “la Shoah est le plus grand crime contre l’humanité”), une politique française en Afrique guerrière et mimétique des précédents gouvernements français, etc.

 

Ensuite il y a l’équation incarnée par Alain Juppé. Le puissant ancien premier ministre et maire de Bordeaux est le favori des sondages. Cultivant une image de modération que l’opinion française lui reconnait et alimentant des réseaux ultramarins et africains extrêmement influents, Alain Juppé creuse son écart. En récupérant Lionel Zinsou dans l’entourage de l’Etat français, François Hollande croit ainsi neutraliser l’influence de Zinsou et confondre davantage ses soutiens et affidés.

 

Enfin il y a quand même l’esclavage. A quoi peut bien servir un ancien premier ministre qui, fut-il béninois, n’a jamais travaillé sur la question, ne s’est jamais prononcé sur les grands débats autour des héritages de cette histoire et surtout n’a guère usé de son influence pour faire voter par le Bénin une loi pour déclarer la traite des noirs et l’esclavage crimes contre l’humanité?

 

Et l’on voit aussitôt que les militants français devraient refréner leur enthousiasme. En effet, Hollande, dans sa stratégie électoraliste, s’est arrangé pour saborder avant sa naissance tout succès d’une mission que le Memorial ACTe guadeloupéen pouvait tout aussi bien remplir. Que le comité national français pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage était le mieux placé pour mener à terme.

Encore une fois, on met la charrue avant les bœufs. Au lieu d’améliorer l’existant, on crée de nouveaux machins qui ne feront que rajouter de la confusion.

 

Pour mémoire, la première fondation sur le sujet est la fondation du mémorial de la traite des noirs. Créée en 2006, à l’assemblée nationale française, présidée par Patrick Chamoiseau, Roni Brauman et Françoise Vergès. Par défaut de soutien de l’Etat français, ses promoteurs la dissolvent en 2015. Et, il y a justes quelques semaines, la puissante association antillaise, CM98, annonçait une «fondation esclavage et réconciliation».

Les enjeux de cette mémoire, que la France reste, il faut aussi la lui reconnaître, l’un des rares pays à honorer, sont ailleurs….

 

Karfa Sira Diallo (EDITO), Bordeaux, 12 mai 2016

 

 

Source : http://www.senenews.com

 

Senenews (Sénégal)

 

 

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