Brexit : la leçon. Mais de quoi ?

 

Drapeau UE

Depuis hier c’est un long hurlement de meute qui pleure le départ annoncé des Anglais de l’Europe.

 

Aucun mot, aucune métaphore, aucun raccourci ne semblent trop forts pour fustiger la décision anglaise, qui, rappelons-le tout de même, est le résultat d’un vote démocratique des citoyens de ce pays. Ce tsunami majeur de vocabulaire ou d’expressions prouve deux choses : les mots n’ont visiblement plus de sens au pays d’une langue pourtant précise et la démocratie ne semble avoir de valeur que lorsqu’elle avalise l’opinion de «bien-pensants» fussent-ils minoritaires.

 

En vrac, ce résultat de référendum serait à cause des campagnards (sacrés pécores !), de la montée des « populismes » ( lire « potentiels fascismes ») et plus généralement d’une mauvaise information (sic) des électeurs (comprendre « échec de la propagande européenne »). L’Europe est en deuil, dévastée, frappée de séisme. A cause des Anglais elle risque de s’écrouler. Et nous serons alors tous – sans elle – livrés à la misère, la famine, la peste, le choléra, au retour des guerres napoléoniennes, au déchaussement des dents, à la gratouille de fion avec raccourcissement des bras, aux moisissures des yeux, à l’inflammation des sexes pour tous, à une épidémie de mycoses d’orteils, à l’empalement généralisé à coup sûr… et j’en passe.

 

J’exagère à peine tant la surenchère médiatique, qu’elle vienne des éditorialistes, des simples journalistes et des responsables politiques des partis traditionnels majeurs confine en ce moment au concours de caricatures catastrophistes.

 

Discuter de l’Europe, c’est un peu débattre du sexe des anges. Beaucoup de bruits, de passion et finalement peu de faits. Jusqu’à Jean-Claude Juncker, Président de la commission européenne au passé discutable, qui plutôt de de défendre un bilan de l’Europe s’est contenté d’une campagne d’invectives et de menaces de rétorsion ou de vengeance qui en dit long, finalement, sur la philosophie globale de la gouvernance européenne, qui semble s’affranchir de toute idée d’adhésion générale des peuples d’Europe à la politique suivie pour se contenter de s’imposer par la force. C’est peut-être là qu’il faudrait commencer par analyser le rejet d’une union aussi autoritariste et si peu respectueuse des populations directement concernées.

 

Car, depuis des semaines que dura cette campagne sur le «Brexit» combien étaient-ils les partisans de cette Europe devenue une sorte de conglomérat disparate, à avoir, factuellement et clairement, démontré les avantages et le bilan de l’Europe depuis sa création ? Quasiment aucun. Sorti des poncifs du genre «L’Europe c’est la paix» (ce qui est déjà discutable à moyen terme pour qui est attentif à l’actualité internationale à l’Est) ou « L’Europe c’est le bonheur de vivre tous ensemble » répété comme un espèce de refrain hippie mal joué à la guitare autour d’un feu de camp devant des chamallows grillés, une telle période aurait mérité une argumentation claire sur les avantages de faire partie de l’Europe, sur un bilan positif incontestable. Elle n’eut pas eu lieu.

 

Pire, ce Brexit, aujourd’hui, devant l’incontestable déficit de l’Europe au moins dans les opinions, amène ses partisans les plus convaincus à en demander « la réforme » au plus vite. Autant dire que le constat d’échec de cet espère de fédéralisme brouillon est acté par ceux-là même qui en sont les défenseurs. Un peu comme l’ont fait ceux qui ont voté pour le « out ».

 

Hors, en cette période de crise économique globale, les citoyens européens, pour une bonne partie, se défient déjà de leurs partis de pouvoir, dont ils ne peuvent que constater l’impuissance et/ou la médiocrité. Lesquels, par les voix hautaines de leurs hiérarques intouchables bottent en touche derrière les décisions européennes dans une vassalité de fait. Comment ces mêmes électeurs, pour une bonne partie, ne cultiveraient-ils pas logiquement le rejet de cette aristocratie européenne, née en même temps qu’elle, leur imposant sans cesse des normes, des lois, des obligations auxquelles ils ne sont jamais associés ? Le meilleur exemple du mépris des peuples par cette baronnie toute-puissante aux avantages multiples étant les traités transatlantiques dont les discussions demeurent totalement secrètes – tant les implications seront profondes et pour éviter tout débat – jusqu’à ce qu’ils soient tout bonnement imposés et indiscutables pour les premiers concernés, au nom d’intérêts dits « supérieurs » mais surtout financiers, industriels et extérieurs à l’Europe ?

 

Les donneurs de leçons, qu’ils soient issus du monde médiatique ou politique majeur (ce qui revient souvent au même tant leur collusion sur le sujet est apparente), peuvent aujourd’hui s’en donner à cœur joie dans l’expression de leur déconsidération méprisante pour les adversaires de l’Europe, forcément trop abrutis pour comprendre.

 

Et si un vote comme celui du Brexit était justement l’expression d’un ras-le-bol populaire et grandissant envers ces mêmes donneurs de leçons ?

Et si, tout simplement, ce n’était qu’un rejet pur et simple exprimé par ceux qui en ont marre d’être ouvertement et constamment pris pour des cons ?

 

Par Marc Louboutin

 

 

 

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