Pr JACQUES GUEDA OUEDRAOGO, ECONOMISTE, A PROPOS DE LA DEPRECIATION DU NAIRA : « Les premiers moments seront difficiles mais… »

 

Jacques Guéda Ouédraogo : « Je suis surpris que cette mesure ait pu être prise au Nigeria »Jacques Guéda Ouédraogo : « Je suis surpris que cette mesure ait pu être prise au Nigeria »

Le Nigeria, première puissance économique de la CEDEAO, a autorisé la dévaluation de sa monnaie, le Naira. Quel impact cette décision aura-t-elle sur l’économie du Nigeria et de la sous-région ? Afin de répondre à ces questions, nous avons rencontré Pr Jacques Guéda Ouédraogo, économiste, enseignant à l’université Ouaga2. Lisez plutôt !

 

Le Naira vient d’être dévalué. Quelles en sont les raisons selon vous ?

 

La dévaluation est un instrument de politique commerciale qui a les mêmes effets que l’augmentation du tarif douanier. Elle stimule les exportations et donc la production, et elle freine les importations. Ce qui a tendance à créer un excédent commercial ou à en diminuer le déficit. Donc, les raisons se trouvent à première vue dans la recherche de la compétitivité au niveau du commerce international. Mais, le taux de change fixé par le gouvernement nigérian surévaluait le Naira. En effet, alors que le taux de change fixé par le Gouvernement nigérian était de 197 Nairas pour un Dollar, il était de 370 Nairas pour un Dollar sur le marché parallèle. Alors, regardez : si j’étais au Nigeria et que j’en avais la possibilité, j’achèterais les Dollars à la Banque centrale du Nigeria, je les revendrais sur le marché parallèle ; et j’en retirerais un bénéfice de 173 Nairas par Dollar !  Et ce faisant, le stock de Dollars de la Banque Centrale du Nigeria diminue. Je suis surpris que cette mesure ait pu être prise au Nigeria. Dans un contexte de marchés parallèles importants, il est évident que le régime de change fixe n’est pas un instrument efficace de lutte contre l’inflation importée.

 

Quelle incidence cela peut-il avoir sur l’économie nigériane et sur celle de la sous-région ?

 

L’économie du Nigeria est la plus forte des pays de la CEDEAO. Avec l’intégration qui est en marche, un choc sur cette économie se répercutera sur les autres économies. Donc, si elle prospère, il y aura des effets bénéfiques sur les autres économies. Pensez, par exemple, au bétail que nous vendons au Nigeria !

 

Pensez-vous que cette dévaluation pourrait entraîner la dévaluation d’autres monnaies de la sous-région ?

 

Je ne connais pas d’autres pays de la sous-région qui pratiquent un régime de change fixe, en dehors des pays de l’UEMOA. Mais le régime de change fixe en vigueur dans l’espace UEMOA est plutôt atypique : grâce à la couverture française, la Banque Centrale n’a pas les mêmes contraintes que la Banque Centrale du Nigeria. L’enseignement qu’on peut tirer de l’expérience du Nigeria, c’est que le taux de change fixe n’est pas tenable pour des pays comme les nôtres. Si un pays ou une zone économique est amené à décider du régime de change à instaurer, il faut aller courageusement vers le régime de change flexible. Les premiers moments ne seront pas faciles mais une fois que l’équilibre est atteint, les variations ne seront plus importantes, en dehors d’évènements catastrophiques. Et les devises qu’on obtiendra dans les échanges internationaux pourront être utilement affectées plus à des projets de développement qu’à défendre un taux de change.

 

Avez-vous quelque chose d’autre à ajouter pour une meilleure compréhension de cette dévaluation ?

 

Pour être précis, dans le cas dont nous parlons, il ne s’agit pas d’une dévaluation mais d’une forte dépréciation qui est attendue du fait de l’instauration d’un régime de change flexible. Les effets de cette dépréciation seront les mêmes que ceux d’une dévaluation. On parle d’une dévaluation quand l’Autorité monétaire diminue la valeur extérieure de sa monnaie ; et d’une dépréciation quand cette diminution vient du marché. Dans les faits, il n’y a pas eu de dévaluation du Naira mais l’instauration d’un régime de change flexible, c’est-à-dire que le taux de change du Naira variera quotidiennement en fonction de l’offre et de la demande. Et comme la monnaie était surévaluée, elle aura tendance à se dévaluer d’elle-même jusqu’à l’équilibre que déterminera le marché. L’équilibre indiqué par le marché avant la mesure était de 370 Nairas pour un Dollar. Si la dépréciation atteint ce niveau, le taux de dépréciation, équivalent à une « dévaluation par le marché », atteindra 87,82%.

 

 

Propos recueillis par Thierry Sami SOU

 

 

Source: www.lepays.bf

 

 

Le Pays (Burkina)

 

 

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